David Goodis
Cassidy's Girl
Première édition : Fayard - 1982
un avis personnel...
Publié le 14 novembre 2009
James Cassidy est chauffeur de car, un boulot qu'il assure tant bien que mal entre deux bitures, sans gloire, mais consciencieusement. Toutefois, il n'en a pas toujours été de même. Il fut un temps où Cassidy était un célèbre pilote d'avion, jusqu'au jour de l'accident qui coûta la vie à bon nombre de ses passagers. Cassidy n'était pas réellement responsable, mais la vindicte populaire en a néanmoins fait un coupable. Depuis, il s'est retiré du côté de Philadelphie, dans un quartier miteux le long des docks, et se cache au fond de sa bouteille en compagnie de sa femme Mildred.
Avec elle il partage ce penchant pour l'alcool, mais sans doute est-ce la dernière chose qu'ils ont en commun. Ça, et peut-être le lit.
Mildred était une bête sauvage, un paquet de dynamite vivante qui explosait périodiquement et Cassidy explosait par contrecoup, et cet appartement était plus un champ de bataille qu'un foyer.
Il regardait cette femme avec qui il était marié depuis presque quatre ans, dans le lit de laquelle il dormait chaque nuit, mais ce qu'il voyait, ce n'était pas sa femme. C'était une véritable obsession, impérieuse, insupportable.
Vient la rencontre avec une jeune femme à l'apparence fragile, complètement abandonnée à sa bouteille, et l'envie pour Cassidy — comme une rédemption par tierce personne — de l'aider, de la sauver. De lui donner une nouvelle raison de vivre, à elle comme à lui-même.
Une petite femme, pâle et fragile. Elle semblait avoir vingt-cinq à trente ans. Cassidy fut frappé par sa simplicité, sa douceur. Il vit en elle quelque chose de bon, de gentil. Quelque chose de sain. Et pourtant, tandis qu'il l'observait, à voir de quelle façon elle levait son verre, il sut tout de suite qu'elle était alcoolique.
Doris a elle aussi un lourd passé ; se rendant responsable de la mort de son mari, de ses enfants, brûlés dans l'incendie de leur ferme alors qu'elle-même, qui en a réchappé, s'était endormie une cigarette à la main.
Les perdants ont toujours ce côté magnifique lorsque c'est David Goodis qui les met en scène. Cassidy ne déroge pas à cette règle qui guide les romans de celui que Michel Lebrun a surnommé le Lautréamont du polar. On est dans le schéma classique : d'abord la déchéance subie, le descente au enfers, le désespoir le plus profond ; il y a la femme fatale, personnifiée ici par Mildred, manipulatrice, qui fait figure de parfaite garce ; il y a l'entourage, toujours glauque, d'un quartier perdu, loin des lumières de la ville ; et puis l'étincelle d'espoir : Doris.
Deux être au creux de la vague, aux parcours similaires — bien que Doris semble encore plus éloignée du rivage que l'est Cassidy — et la volonté pour ce dernier de la ramener vers la terre ferme. D'y croire à nouveau. Mais lorsque la fatalité veille, nul n'est besoin de combattre. La ligne tracée ne changera pas de direction. Cassidy aura beau tenter de retrouver la lumière du soleil, c'est vers l'obscurité qu'il poursuivra sa route, inexorablement.
Cassisy's Girl est un roman d'une intensité exceptionnelle. Un roman qui répète ce que David Goodis a déjà écrit dans d'autres (comme le rappelle James Salis dans sa préface) :
— Je n'ai pas demandé qu'on m'aide. Je suis seul et je veux le rester. Je veux qu'on me laisse tranquille.
— Tu es vraiment mal parti.
— Tant mieux. J'aime ça, moi, être dans le pétrin. Ça me plait.
— Tu n'es pas le seul, dit Shealy. On aime tous ça, nous, les paumés, les épaves. On en arrive tous à prendre du plaisir quand on descend la pente, pour arriver en bas, au fond, là où c'est doux, dans la boue.
Davis Goodis ne fait pas grandes phrases, il écrit simplement, sans fioritures, mais décrit avec une acuité de tous les instants les trajectoires descendantes de ses absolus anti-héros. Et c'est bouleversant.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
C'est une évidence : les autres romans de Davis Goodis.
les dix premières lignes...
Il pleuvait à verse sur Philadelphie. Au volant de son autocar, Cassisy se frayait un chemin dans les encombrements de Market Street. Il détestait emprunter cette rue le samedi soir, jour de circulation intense, particulièrement en avril lorsqu'il pleuvait à torrents et que les flics, excédés, passaient leur hargne sur les chauffeurs de taxi et les conducteurs de cars. Cassidy les plaignait un peu, et quand l'un d'eux de mettait à l'invectiver à le fusiller du regard, il se contentait de hausser les épaules en un geste d'impuissance. Ce n'était pas une partie de plaisir, pour eux, de régler la circulation à un carrefour pareil, mais ce n'en était pas une non plus de conduire un autocar comme le sien (…)
quatrième de couverture...
James Cassidy, ex-star du football américain, ex-héros de la Seconde Guerre mondiale, ex-pilote de ligne devenu chauffeur de car, hante les bars des quartiers pauvres de Philadelphie où il se saoule en compagnie d’autres laissés-pour-compte pour oublier sa déchéance. Il vit un enfer auprès de sa femme, Mildred, tigresse sensuelle et perverse qu’il ne parvient pas à quitter malgré une histoire d’amour naissante avec une jeune femme à l’alcoolisme suicidaire. Alors qu’il cherche le salut dans son travail minable, un drame va venir briser sa volonté de rédemption.
bio express...
David GoodisPrésentation de l'éditeur (Folio) :
Né en 1917 à Philadelphie, David Goodis semble s'être forgé un destin aussi sombre, aussi désespérant que celui de ses héros. Timide, solitaire, refermé sur soi, il a fait d'assez brillantes études universitaires et a obtenu un diplôme de journaliste en 1938. Encouragé par un premier essai romanesque, il se rend à New York et écrit des histoires de guerre aérienne. Son roman Cauchemar, paru en 1946, ayant suscité l'intérêt de la Warner Bros, le voici à Hollywood, où il participe à l'élaboration de divers scénarios.
Et puis c'est le retour, probablement définitif à Philadelphie et le début d'une légende basée sur des faits réels : l'alcoolisme, la solitude, les errances dans les lieux maudits, les vagabondages, les arrestations et, en même temps, la poursuite fiévreuse de l'écriture, dans une sorte d'identification avec les ratés de la vie, les victimes de la malchance, les témoins malheureux de la déchéance humaine.
Il est mort à l'hôpital en 1967 et, actuellement, reste oublié des bibliothèques américaines. Ce destin, exemplaire dans la mélancolie, ne rappelle-t-il pas un peu celui d'Edgar Poe ?
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
La Police est Accusée
1951
Le Casse
1954
Cauchemar
1956
Tirez sur le Pianiste !
1957
Sans Espoir de Retour
1957
La Pêche aux Avaros
1967
Épaves
1980
La Garce
1985

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