Le Roi du K.O.

Harry Crews

Gallimard / Série Noire - Avril 1999 - Traduction (anglais) : Nicolas Richard

Tags :  Roman noir Polar social Comédie Drogue Psychologie Quidam Etats Unis Années 1980 Populaire Entre 250 et 400 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 14 mars 2010

Eugene Talmadge Biggs n'avait trouvé qu'un seul intérêt à sa vie, la boxe. Il s'était engagé dans une carrière de boxeur professionnel avant qu'un combat au Madison Square Garden qui aurait pu le hisser dans le classement mondial, sonne le glas de sa passion. Mis K.O. pour la première fois, sa mâchoire se dérègle, au point que chaque coup reçu au menton l'envoie dans les pommes. Largué par son entraîneur/manager à la Nouvelle Orléans, Biggs trouve un autre moyen de gagner sa vie. Son infirmité lui permet de se produire devant des publics en mal de sensations se mettant K.O. lui-même, il devient "le roi du K.O." avec soixante-douze victoires avant la limite.

Une vie, un livre… c'est pareil. Un livre c'est toujours une vie. Parfois la vie de celui qui l'a écrit, parfois la vie de quelqu'un d'autre. Parfois les deux.

Gagner sa vie avec son corps, se donner en spectacle, c'est le choix qu'Eugène Biggs fait. Difficile de ne pas voir le rapport entre ce livre et le passé de l'auteur : Harry Crews fut un temps le "Monsieur Loyal" d'une foire aux monstres itinérante, et de ne pas comprendre le parti-pris de l'auteur. Même si Biggs n'est pas à proprement parler une "gueule cassée" ou un "Freaks", les publics devant lesquels il se produit ressemble à l'idée qu'on peut se faire de ceux qui assistent à ces foires : un public de voyeur, amateur de frissons, de sang, de difformités comme pour se rassurer sur sa propre "normalité", un public de millionnaires vicieux s'achetant des fantasmes ou des étudiants de l'Amérique blanche bourgeoise cherchant à toucher un monde qu'ils ne connaissent pas.
Dans ce livre, tous les personnages issus de milieux modestes avec peu d'instruction sont finalement plus dignes et avec un grand sens de l'honneur que ceux qui ont l'argent, le pouvoir, l'éducation et qui, eux, ont plein de vices et fantasmes à assouvir. Même Pete, l'ami boxeur d'Eugène, qui semble plus éduqué ou scolarisé que Biggs, est au final "contaminé" par les mêmes vices, à moins que se soit par l'argent ou l'ambition. Vendre son âme au diable devient l'enjeu pour le roi du K.O.. Cette dignité est un message clair : n'est pas normal qui croit l'être, à l'image de Charity, la petite amie de Biggs, qui voit en lui un formidable sujet de thèse de psychologie alors qu'au fil des pages elle apparait plus névrosée que lui.
À noter, la première apparition de Russel "Muscle" personnage principal de Body, autre roman traitant du bodybuilding qui prouve, s'il est besoin, l'intérêt de l'auteur pour le corps : sa destruction, mutilation, déformation, beauté, fragilité… Ici, le roman traite de boxe, le sport qui le sublime et l'abime le plus. Mais la galerie de personnages ne s'arrête pas là. Il y aussi Tulip la stripteaseuse à l'ours en peluche, Charity la thésarde névrosée, l'Huître le riche excentrique ou encore Jake la prostituée lesbienne, qui rappellent les personnages extravagants et entiers de Body.

Ce roman, teinté d'une ambiance assez intemporelle et particulière, due en partie à la ville de la Nouvelle Orleans, est considéré par certains comme le meilleur ou le plus représentatif de l'œuvre d'Harry Crew. Pour ma part je n'ai pas assez de recul sur l'auteur pour confirmer, néanmoins les histoires de Crews me trottent longtemps dans la tête, et celle-ci ne fait pas exception.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Les autres romans d'Harry Crews à coup sûr.
Sinon pour rester sur la boxe, et là il y a matière à s'occuper, on peut enchainer sur Night Train de Nick Toshes, ou côté français Amin's Blues de Max Obione ou Boxing Renegade Club de Thierry Marignac.

Le début...

Les dix premières lignes...

De là où il était, assis sur un tabouret bas, le garçon — qui s'appelait Eugene Talmadge Biggs, mais qu'on appelait souvent Knockout ou K.O. ou Cogneur — avait à trois reprises fait le décompte des costumes suspendus dans le placard ouvert. Et à chaque fois il était arrivé à un nombre différent. Ce qui ne l'avait pas étonné. Compter, ce n'était pas son fort. C'était juste histoire de faire quelque chose en attendant qu'il soit l'heure de la seule chose qu'il pouvait encore faire. Et puis de toute façon, plus rien ne le surprenait (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Il y a L’Huître, un être de pouvoir à la voix aussi sèche que sa peau et qui, la tête prise dans un collier, déambule au bout d’une laisse. Il y a ces salles emplies d’hommes et de femmes vociférants, triés sur le volet et venus assister, en d’orgiaques soirées, à des spectacles indicibles. Rien ne peut être ordinaire dans le monde d’Eugene. Étonnamment beau, mat, le nez décentré à force d’avoir été cassé, le jeune homme a juste ce qu’il faut de balafres pour se faire remarquer. Il est, à La Nouvelle-Orléans, un phénomène des boîtes underground. Riche, il se déteste mais fascine les foules. Combien de temps avant que le dégoût amène la révolte ? Eugene, il n’y a pas si longtemps, avait au bout des doigts un tout autre destin…


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Harry Crews










Edition(s)...

Informations au survol de l'image...

Réédition Réédition poche

Du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

La Malédiction du Gitan Body La Foire aux Serpents Car Le Faucon va Mourir