La Malédiction du Gitan

Harry Crews

Gallimard / La Noire - Octobre 1993 - Traduction (anglais) : Philippe Garnier

Tags :  Roman noir Polamour Psychologie Quidam Amérique profonde Années 1990 Original Entre 250 et 400 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 1er janvier 2006

Recommandé Marvin a été recueilli par le vieux Al Molarski après avoir été abandonné par ses parents à l'âge de trois ou quatre ans, un mot "d'excuse" agrafé sur sa couverture. Al l'a élevé, aimé sans doute, endurci, l'aidant à faire face, à surmonter ses terribles handicaps : Marvin et muet, cul de jatte, de naissance, et a perdu l'ouïe à la suite d'un accident.
Ces deux-là vivent leur vie tranquille et réglée dans la salle de musculation tenue par Al, ancien lutteur, cascadeur, renfermé, dur et solitaire, mais avec un cœur ouvert à la détresse. Ils sont accompagnés de deux autres laissés pour compte, Pete, ex-boxeur noir qui a fait le combat de trop, trop souvent, le laissant sonné pour le reste de ses jours, et Leroy, jeune homme fougueux qui voit l'avenir au bout de ses poings en attendant, lui, son premier combat. Ces quatre-là se sont constitués une famille, un équilibre, qui va bientôt voler en éclats lorsque l'amie de Marvin, Hester, va décider d'habiter avec eux...

Le roman démarre dans une ambiance totalement surréaliste dans laquelle Harry Crews décrit la vie de cette "famille" inimaginable perdue dans un coin de Floride, sorte de station balnéaire pour retraités argentés :

Je les appelle dorés-sur-tranche parce que ces vieux-là ils aiment rien tant que de rester étalés au soleil à cuire dans leur graisse comme du bacon. Ils viennent prendre leur retraite ici et c'est à qui chopera son cancer de la peau le premier.
Ils restent étalés là à peler tout ce qu'ils savent, bordel, à encombrer la putain de plage comme des papiers gras.

L'auteur, désenchanté mais gardant son humour et un certain cynisme, se glisse dans la peau de son personnage, dans son univers, et nous y entraîne à sa suite, évoquant les affres de la différence, l'isolement, le rejet qu'elle provoque. Cependant, pas de misérabilisme, ce n'est pas le créneau de Harry Crews, juste un constat cinglant. On découvre cette communauté "d'anormaux" qui n'aspire qu'à une vie "normale", une forme de reconnaissance, et on pense immanquablement au film de Tod Browning, Freaks.
Mais on peut naître muet, sans jambes, on n'en est pas moins homme et Marvin connaît l'amour, les joies du sexe, avec Hester, une beauté... Par rapport à Marvin, Hester a plutôt été gâtée par la nature, mais elle n'en est pas moins "détraquée" pour autant, et lorsqu'elle décide de s'installer chez son homme, rien ne va plus !..
Harry Crews revisite à sa manière le mythe de la femme fatale qu'il retranscrit comme la malédiction du gitan :

Que escuentres un coño a tu melida (puisses-tu trouver un con ta taille)

Mais attention aux conséquences !.. L'équilibre trouvé par les quatre pauvres bougres ne tiendra pas longtemps face à Hester qui souffle le chaud et le froid sur le groupe, attisant les jalousies, les envies, séduisant chacun.
Un roman intense, d'une noirceur avérée, mais aussi empli d'une grande tendresse, avec des "images" que seuls les américains peuvent inventer, celles de l'Amérique "d'en bas", loin des gagneurs et des golden boys, plus proche de la survie. On ne lâche pas comme ça Marvin et son histoire désastreuse, même si l'on sait comment elle va se terminer, c'est à dire mal...
Harry Crews signe là un grand roman, illuminé, gracieux et râpeux à la fois, un régal !

Marvin Molar, écoute-moi, écoute le vieux bonhomme qu'en a vu tout ce qu'on peut en voir dans une journée. Y a des tas de façons de mourir dans la vie, et la pire c'est encore de mourir pour une bonne femme. L'a pas été inventé çui qui crèverait pas pour une bonne femme. Tous nous autres on serait candidats.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Harry Crews est attaché à la Floride, aux personnage "déjantés" que la bonne société refoule. Dans un autre paysage, les Appalaches et le Kentucky, retrouvez ce même "attachement" avec Chris Offutt, tout aussi poignant.

Le début...

Les dix premières lignes...

Pour la petite histoire, appelez-moi Marvin Molar. Je dis de m'appeler Marvin Molar rapport que c'est pas mon vrai nom. Seulement celui que je me donne. Mon vrai nom je le connais pas. Personne le connaît. Enfin si, mais eux je sais pas où ils sont. C'est Al Molarski qui m'a élevé et qui m'a nommé Marvin, et son nom c'est tout ce que j'ai. Mais j'ai laissé tombé le "ski" et je m'appelle Marvin Molar. Je me suis dit que j'avais assez de trucs contre moi, j'allais pas en plus passer pour un Pollack. C'est de là qu'il est, Al (...).


La fin...

Quatrième de couverture...

Marvin Molar aurait de quoi l'avoir mauvaise.
Il a le buste puissant et des bras de cinquante centimètres de circonférence, mais il ne pèse guère plus de cinquante kilos. C'est que Marvin n'a pour ainsi dire pas de jambes, juste deux petites cuisses de grenouille. Marvin Molar est aussi muet de naissance, sourd par accident, et ses parents l'ont abandonné à l'âge de trois ans. Il vit au Fireman's Gym avec Al Moarski, le vieil homme qui l'a recueilli, au milieu d'une famille de défectueux divers.
Contrairement à tous ces tarés, Hester, la copine de Marvin Molar, "n'a pas été oubliée le jour de la distribution". Il ne lui manque rien, tout est au bon endroit. Sauf, peut-être, le cœur...


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Harry Crews










Edition(s)...

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