Stella et l'Amérique

Joseph Incardona

Finitude - Janvier 2024

Tags :  Road Polar Quidam Etats Unis Années 2020 Littéraire Moins de 250 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 05 février 2024

Recommandé Stella Thibodeaux est une jeune femme de dix-neuf ans qui vit de la prostitution au sein d’une troupe de forains parmi lesquels se trouve son mentor, celle qui lui a tout appris sur les hommes et leurs travers : la vieille Santa Muerte, diseuse de bonne aventure que la mort se refuse à accueillir.
Ce soir-là, Stella est venue chercher des réponses auprès de la grand-mère, trouver avec elle une explication aux bizarreries auxquelles elle est soumise. Un de ses clients, atteint d’un psoriasis assez sévère, a retrouvé sa peau toute fraîche après être passé dans ses bras et sous sa jupe. Et ça n’est pas le premier…
De son côté, Robert Smith, son « client », est bien embêté avec son visage tout neuf. Comment expliquer ce « miracle » à sa femme jalouse sans risquer le divorce ? La solution lui apparaît sous la forme d’un confessionnal, celui du père Brown, James Brown, un ancien « navy seal » reconverti dans la bonne parole…
Le bouche-à-oreille faisant de son côté son effet, bientôt, tous les boiteux, les aveugles et les malades, se pressent à la porte de la caravane de Stella, au point que, suivant les conseils de Santa Muerte, elle préfère s’offrir des vacances plutôt que de répondre à la demande.

Mais la nouvelle est arrivée jusqu’aux oreilles du pape, par l’intermédiaire du cardinal Carter, éminence américaine. Une réunion secrète, à Rome, a éclairé la situation cocasse : si l’église ne peut que se réjouir de l’aubaine d’avoir une sainte bien vivante qui fait des miracles à se mettre sous la dent, sa manière de les prodiguer — avec son sexe plutôt qu’avec ses mains — pose quelques problèmes à Sa Sainteté et au dogme. Aussi est-il convenu d’en faire plutôt une martyre. C’est plus facile à gérer…
Mission est donc confiée aux frères Bronski, spécialistes de la disparition rapide à l’emploi du temps chargé, de s’occuper de la donzelle.
Heureusement pour Stella, pris de remords devant les conséquences du rapport qu’il a transmis à sa hiérarchie, le père Brown décide de lui venir en aide en troquant son col romain pour un automatique de bonne facture. Courage, fuyons…

Stella était belle et farouche, pas exactement belle comme on le croit, mais comme on le sait, belle de manière définitive, vous appelant dans les entrailles du désir (…)
Stella était un peu la Gorgone, sauf que ses cheveux blonds sentaient le shampoing à la lavande et la Marlboro light ; et qu’au lieu de vous pétrifier, le simple fait de la contempler vous insufflait un supplément de vie.
Stella vous augmentait

Joseph Incardona se transporte en Amérique et choisit comme partenaire de voyage le contraire d’une femme « fatale », une jeune fille à l’innocente fraîcheur qui ne sait que donner, possédé par la grâce, et qui s’est vu offrir le privilège de soigner et guérir, par l’amour charnel, ceux prêts à recevoir son offrande. Un rêve d’écrivain. Un film d’auteur…
Les projecteurs sont en place. Moteur !

D’un bout à l’autre de l’Amérique, nous suivons la fuite de Stella qui tente d’échapper aux foudres de la chrétienté qui, elle, n’a qu’une idée en tête : remettre l’église au milieu du village. On ne transige pas avec la manière de délivrer les miracles.
Avec une logique implacable, Joseph Incardona met en scène une galerie de personnages aussi déconcertants que loufoques. Tout s’enchaîne, tout s’emboîte, alors que les pièces ne ressemblent à rien. Pensez donc : un Navy Seal reconverti en curé qui s’appelle James Brown, une paire de tueurs jumeaux sans âmes aux visages rafistolés par la chirurgie qui font diablement penser aux Bogdanov , un journaliste hondurien (bon à rien) en quête de Prix Pullizer, une voyante hors d’âge et son dompteur de mari surnommé Tarzan, un pape qui ne réussit plus à rentrer dans sa soutane… Rien ne va, mais tout concorde. C’est du cinéma…
Bien sûr on pense aux frères Coen, à Tarentino, mais il s’agit d’un roman, de littérature, et on sait tout le soin apporté par l’auteur à soigner son style, à l’adapter à son propos. Son amour des mots, des phases, des paragraphes, des chapitres, suinte à chaque page.
Il distille d’ailleurs avec une certaine parcimonie une forme de complicité avec son lecteur, de manière touchante et sans aucun doute sincère. Il s’intègre ainsi au récit, quasi-spectateur de son propre travail.

C’est un peu le hasard qui veut ça, mais ça tombe précisément au début de ce chapitre, et dans un léger accès de dépression, où les mots sont à la fois vains et apparaissent comme l’ultime rempart à la déroute ; ce moment où j’aurais envie de m’en foutre de l’histoire tout en continuant à l’écrire. Ce qui ne serait pas par manque d’imagination, mais par simple inertie, le confort de l’art pour l’art, un roman qui perdrait petit à petit son intrigue, lâche parce qu’éminemment littéraire.

Il y a bien l’église dont il faut se « foutre », de sa façon perverse de « corseter » ses ouailles en leur enjoignant de réfréner toute pulsion de vie, toute exultation des corps, mais le cœur n’y est pas vraiment. Alors on continue à naviguer entre littérature flamboyante et cinéma de genre, entre clins d’œil et citations savantes.

C’est un beau voyage, étonnant, déroutant, bercé par la mélodie des mots, animé par des intrusions burlesques, traversé par une héroïne qui ne voulait pas l’être, qui n’avait rien demandé à personne et ne souhaitait qu’une chose : l’amour, avec toutes les lettres en « très grand ». Sur le quai, au final, au moment de se séparer, on reste perplexe, encore dans les vapeurs de ce rêve, sans grand-chose à se dire, sinon au revoir, et à bientôt j’espère.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Joseph Incardona est un styliste qui retaille sa plume à chaque nouvelle page blanche. N’hésitez pas à explorer ses univers.

Le début...

Les dix premières lignes...

Ce soir-là, un soir de juin avec des chauves-souris frôlant ses cheveux noués à la hâte, elle avait attendu que le tumulte s’apaise dans sa tête — quelque chose ayant à voir avec de l’eau froide et bleue se fracassant sur un rocher —, pour verrouiller son camping-car et rejoindre la caravane de Santa Muerte. Ce n’était pas grand-chose, une centaine de mètres à franchir d’un pas rapide, les pieds nus frôlant l’herbe rare et rebondissant sur la terre sèche, le temps d’écraser une dizaine de moustiques sur ses bras nus et ses cuisses dures comme l’amour.
Stella Thibodeaux avait 19 ans, l’âge des martyrs. Elle-même n’était pas sûre de la date de naissance inscrite sur ses papiers d’identité. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est qu’elle devait causer d’urgence avec celle qui lui avait tout appris sur les hommes (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Stella fait des miracles. Au sens propre. Elle guérit malades et paralytiques, comme dans la Bible. Le Vatican est aux anges, pensez donc, une sainte, une vraie, en plein vingt et unième siècle ! Le seul hic, c’est le modus operandi : Stella guérit ceux avec qui elle couche. Et Stella couche beaucoup, c’est même son métier…
Pour Luis Molina, du Savannah News, c’est sûr, cette histoire sent le Pulitzer. Pour le Vatican, ça sentirait plutôt les emmerdements. Une sainte comme Stella, ça n’est pas très présentable. En revanche, une sainte-martyre dont on pourrait réécrire le passé…
Voilà un travail sur mesure pour les affreux jumeaux Bronski, les meilleurs pour faire de bons martyrs. À condition, bien sûr, de réussir à mettre la main sur l’innocente Stella. C’est grand, l’Amérique.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Joseph Incardona










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Réédition

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