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Jim Thompson

Rage Noire

Couverture

Première édition : Rivages / Noir - Mai 1988

Tags : Roman noir Polar social Psychologie Quidam Littéraire Années 1960 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 24 avril 2010

RecommandéUne chronique de Jérôme Jukal.

Si vous voulez du noir, du noir de chez noir, vous êtes tombé sur le bon roman, et si vous êtes comme moi, vous ne le lâcherez pas tant que Thompson n’en aura pas fini avec vous et avec son personnage principal. Vous ne le lâcherez pas car vous tenez entre les mains un roman comme on en croise peu dans une vie de lecteur, un roman qui vous accroche et vous envoie plusieurs fois au tapis… Un roman qui vous maintient juste au bord du K.O. pour être sûr qu’il pourra continuer à vous distribuer ses uppercuts et ses directs au foie ou en pleine face. On l’achève pas frais mais riche d’une lecture marquante, d’une lecture dont la qualité, comme je l’ai déjà dit, ne se rencontre que quelques fois dans une vie.

Arrivée dans une nouvelle ville pour Allen Smith et sa mère. Nouvelle ville, nouveau lycée, nouvel environnement mais toujours avec cette sale malédiction qui colle à la peau d’une famille telle que la leur. Une mère blanche et son fils noir. Malédiction ou plutôt lourde croix à porter, pour Allen, fils de Mary. Un noir qui vit parmi les blancs n’est pas vraiment chez lui. Jamais vraiment chez lui… D’autant que ce n’est pas la seule tare de la famille comme Thompson nous l’assène au long des pages, mais je vous laisse découvrir cela.
Allen est doué, intelligent, mais il ne supporte pas ses congénères… surtout les noirs et leur comportement, soit soumis, soit à tout prix rebelle et en lutte. Son intérêt se porte sur les gens de couleurs et il les manipule, leur en fait voir. Il en a vu aussi.

Juger les gens ? Avec toute l’objectivité dont j’étais susceptible ? Et pis quoi, encore ? Ça va, la tête ?
Bien sûr que je les juge. Et même, pour être franc, je les juge tous coupables et les condamne à être pendus par les couilles jusqu’à virer au rouge vif (ou toute autre chaleureuse couleur). Bien sûr qu’ils sont coupables. Nous le sommes tous. Nous naissons bourrés jusqu’à la gueule de merdeuse culpabilité et, avant de marcher vers la gloire, il nous faut d’abord la dégueuler toute, c’est écrit noir sur blanc dans les Évangiles.

Je ne connaissais pas Jim Thompson, mais ma découverte de cet auteur me pousse à aller plus loin, à en lire d’autres. C’est un des maîtres du roman noir, l’un de ceux qui a su porter à un niveau assez ahurissant le genre, car sans y toucher, sans chercher l’effet tape-à-l’œil, le style révolutionnaire, il touche et bouscule son lecteur tranquillement assis dans son canapé. Il donne toute son ampleur à un discours qui consiste simplement à nous montrer une certaine réalité, à nous dépeindre les tréfonds de la pensée humaine sans concession… Ce respect de l’intrigue se répand et se change très vite en respect du lecteur qu’il emmène bien loin de son petit confort…

Thompson est un grand, qu’on se le dise. Mais vous le saviez sûrement déjà !



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Allez voir du côté des classiques si vous voulez rester au même niveau. Pourquoi pas Les Liaisons Dangereuses de Laclos, roman noir avant l’heure, et que Rage Noire n’est pas sans rappeler.
Allez voir également du côté d’autres classiques, étiquetés noirs ceux-là, tels que Peace ou Ellroy.

les dix premières lignes...

Je n’étais pas avec Mère lorsqu’elle loua l’appartement (bien entendu !). Les gens avaient bien jeté un coup d’œil sur moi le jour où nous avions emménagé, mais je présume qu’ils m’avaient pris pour un gosse qu’elle aurait embauché pour l’aider. La vérité ne leur apparut pleinement que le matin suivant, lorsque nous partîmes pour le lycée où elle devait m’inscrire.
Notre appartement faisait partie d’un de ces soi-disant « Parcs », un de ces ensembles immobiliers qui jouxtent l’East River (…)

quatrième de couverture...

« Le héros de Rage Noire est peut-être celui qui résume le mieux les autres personnages thompsoniens. C'est l'histoire d'un jeune noir à New York, dont la mère est blanche et qui ne connaît pas son père. Il a donc déjà des rapports terribles avec sa mère et, en plus, celle-ci l'oblige à coucher avec elle et c'est absolument épouvantable. Il atteint un degré de violence quasiment jamais atteint par un personnage de Thompson… Et ce môme a douze ou treize ans, et il joue au noir forcené, le couteau entre les dents. Chaque fois, tous les soirs, il s'écroule à cause du rôle qu'il est obligé de tenir. C'est réellement un concentré de toute l'oeuvre de Thompson. En plus c'est très ancré socialement et politiquement. »
Alain Corneau, Gang n° 2

bio express...

Jim Thompson Jim ThompsonJames Myers Thompson est né le 27 septembre 1906 dans l'Oklahoma, d'une mère institutrice et d'un père shérif qui partira faire fortune et faillite au Texas et au Mexique. Son grand-père nourrit Jim à grandes cuillerées de classiques grecs, de Freud, de Marx, de Swift et de Cervantès. Durant la majeure partie de sa vie Thompson n'aura de cesse d'écrire et d'enchaîner divers boulots… Articles et pulps pour les magazines, grouillot au Forth Worth Press et au Western World. Il travaille dans le théâtre burlesque, puis comme groom dans un hôtel de nuit (expérience dont il se servira pour la rédaction d'Un Chouette Petit Lot).

Atteint de tuberculose pulmonaire, il fume, boit et accumule les dépressions nerveuses. Il part bosser au Texas avec son père et écume tous les emplois qui tournent autour du pétrole (il en retire deux recueils de nouvelles Instantanés sur un Champ de Pétrole et Les Voleurs de Pétrole), devient projectionniste (plus tard il décrira l'univers d'un cinéma dans Cent Mètres de Silence), veilleur de nuit aux pompes funèbres, directeur de publication de l' Oklahoma Writer's Project, puis manœuvre chez Ryan Aeronautical. C'est à ce moment qu'il écrit son premier roman directement inspiré de ses expériences : Ici et Maintenant sorte d'autobiographie romancée qui sort en 1942. Il y traite entre autres de la mort de son père qu'il dépeint comme un suicide.

Thompson se penchera plusieurs fois tout au long de son œuvre sur les relations parent-enfant, cette relation sera souvent source de culpabilité et de folie. Culpabilité et paranoïa sont toujours présentes chez ses personnages. Il continue à écrire et à alterner delirium et cures de désintoxications (Les Alcooliques) et publie jusqu'en 1954 des romans qui marqueront le polar Nuit de Fureur, Le Démon dans ma Peau, Des Cliques et des Cloaques

En 1955 Stanley Kubrick l'appelle pour travailler sur l'adaptation de En Mangeant de l'Herbe (de Lionel White, Série Noire n°282). À la sortie du film Thompson découvre qu'il n'est crédité que comme dialoguiste additionnel. Ils se brouillent avec Kubrick, mais deux ans plus tard on le retrouve comme adaptateur au générique des Sentiers de la Gloire. Il enchaîne les scénarii pour des séries télévisées puis publie deux classiques Les Arnaqueurs et 1275 âmes.

Thompson meurt dans l'indifférence le 7 avril 1957. Les États-Unis d'Amérique semblent l'oublier. En France, l'éditeur François Guérif, pour la collection Rivages a entrepris un important travail autour de Thompson. Aux USA, où il a été redécouvert, Stephen King préface la réédition de Ici et Maintenant, Ellroy celle de King Blood et les études sur Thompson fleurissent.

édition(s)...

Rivages / Noir - Mai 1988 Rivages / Noir
Mai 1988

du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

Cent Mètres de SilenceCent Mètres de Silence
1950
1275 Âmes1275 Âmes
1966
Le Démon dans ma PeauLe Démon dans ma Peau
1966
Un Chouette Petit LotUn Chouette Petit Lot
1968
Deuil dans le CotonDeuil dans le Coton
1970
La Mort Viendra, PetiteLa Mort Viendra, Petite
1981
Le CriminelLe Criminel
1981
Les AlcooliquesLes Alcooliques
1988
VaurienVaurien
1988
L'Assassin qui est en moiL'Assassin qui est en moi
2012

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