Jean Amila
Contest-Flic
Première édition : Gallimard / Série Noire - Juillet 1972
un avis personnel...
Publié le 03 novembre 2006
Un couple de touristes allemands et leur fillette viennent d'être retrouvés, sauvagement assassinés, à proximité d'une ferme isolée, dans le sud de la France. En cette période de début de congés, les affaires sont calmes, les vacances pointent leur nez et les nouvelles sont rares. La presse flaire là le bon filon et s'empare très vite, à sa manière, du dossier...
La grande biche énorme, dans toutes les salles de rédaction ! Le coup de flair, le Truc, l'affaire insensée qui allait faire les premières pages et les manchettes de choc ! Le lieu-dit La Grande-Rouge, plus Grand-Savant-Assassiné, plus Fillette-au-crâne-en-bouillie... Aucun doute, cela nécessitait la magnifique envolée des envoyés spéciaux !
Les flics de Marseille, après la gendarmerie locale, prennent l'affaire en main. C'est le commandant Domergue, un habitué des histoires d'arrière-pays, des mentalités paysannes et des captations d'héritage qui mène l'enquête, sous la pression médiatique de plus en plus forte. Rapidement, les habitants de la Grande-Rouge, la ferme à proximité de laquelle ont eu lieu les crimes, sont soupçonnés, et plus particulièrement le fils du patriarche.
À Paris, le commissaire Verdier suit les évènements à travers la presse qui se déchaîne. Il décide d'envoyer sur place son poulain, Édouard Magne – surnommé Géronimo eu égard à la longueur de ses cheveux. Il connaît Domergue, son opiniâtreté qui se transforme parfois en obstination, voir en entêtement, et puis il a enquêté de son côté, recoupé certains témoignages ; cette histoire n'est pas aussi limpide qu'il y paraît : on dirait bien que trempent là-dedans quelques barbouzes européennes, et pourquoi pas la DST...
À travers une fiction, Jean Amila, vingt ans après les faits, ressort le dossier de l'affaire Dominici en privilégiant la thèse défendue alors par quelques uns, à savoir la présence des services secrets autour des lieux de l'assassinat. Sans jamais vraiment mettre en scène le patriarche immortalisé au cinéma par Jean Gabin, il s'attache pourtant, comme souvent dans ses romans, à un individu pris dans la nasse du système.
Déjà en 1972, il montre l'acharnement de la presse qui, avide de sensationnel, de faits divers sanglants, fabrique un coupable pour faire vendre. Il dissèque les méthodes employées pour dénicher l'info ou si le besoin s'en fait sentir, la construire, reconstruire la vérité, la réinventer; broder, faire du vent, noircir du papier pour abreuver la sacro-sainte opinion publique. La charge est féroce et on sent bien que ces journalistes là, Jean Amila ne les porte pas dans son cœur :
Qu'étaient donc ces sinistres papahoutes, sinon de pauvres squaws autour du poteau de torture... Gueulards irresponsables qui bavaient leur bile par suspect interposé, charognards salariés de l'armée de la Moralité, cette gargamelle bouffeuse d'excréments...
Et il n'en reste pas là, décortiquant de même l'acharnement policier, les interrogatoires poussés du fils Bellone à qui on fait endosser le rôle de coupable depuis le début, ne cherchant en l'affaiblissant que des aveux qu'il finira par signer, avant de se rétracter, puis, déboussolé, anéanti, d'accuser son père...
Jean Amila est en colère. Sa plume se fait cinglante, rapide et précise. Les portraits qu'il croque en quelques traits sont criants de vérité, d'une rare efficacité. Les mots claquent au vent, comme les cheveux de Géronimo sur sa moto.
Même la belle Hilda, le jeune journaliste allemande qui ne veut pas suivre la meute de ses collègues en prend pour son grade. Elle, la jeunesse dorée, la fille un peu délurée, simple et directe, dans l'air du temps, s'ouvrant à la vie, au monde, et prête à défendre la veuve et l'orphelin (en l'occurence la famille Bellone) sans en avoir jamais vu la queue d'un, juste par réaction à ses origines bourgeoises, aisées et bien pensantes. Une contestataire de salon, quoi...
Restent les supposés et énigmatiques barbouzes, les fameux "Foderch" :
— Maître, il ne s'agit plus de police ni d'article du code pénal. Avec les Foderch menteurs, voleurs et assassins dominateurs de tous les pays, nous avons devant nous une véritable race d'Envahisseurs qui se veulent au-dessus des lois. Avec eux on ne parle plus en terme de justice, mais de Révolution. Et on doit les foutre en l'air, à vue, comme des chiens enragés !
— Eh bien ! Nous sommes loin du hippy aux déclarations d'intentions fleuries !
— Pas tellement, Maître. Le Paradis, on l'organise. Les mauvaises herbes, on les brûle... Je veux dire qu'on les grille !"
En pleine forme le Jean, et ça fait du bien par où ça passe...
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Non plus sous pseudonyme, mais sous son vrai nom (Jean Meckert), l'auteur signe également un ouvrage plus journalistique intitulé La Tragédie de Lurs.
L'affaire Dominici... tout un programme. Et encore aujourd'hui, plus de cinquante ans après les faits, les parties s'affrontent, certains espèrent la révision. Trois sites à visiter : ceux qui croient à la culpabilité, ou ceux qui restent beaucoup plus sceptiques, ou encore le site du juge Carrias qui dirigea la seconde instruction et relève la thèse reprise par Jean Amila dans son roman.
Le personnage de Édouard Magne, alias Géronimo, apparaît dans deux autres romans de Jean Amila, écrits à la même époque : La Nef des Dingues et Terminus Iena.
les dix premières lignes...
L'affaire commença, ce matin du 5 août, à la gendarmerie de Colars, Basses-Alpes.
Odeur de café frais et portrait de Pompidou, dans le bureau à l'ameublement sommaire. Le gendarme Pacot enregistrait le renseignement du témoin... Celui-ci ne savait pratiquement rien, sinon qu'au lieu-dit la Grande-Rouge il y avait un malheur.
Un homme qu'il connaissait vaguement sous le nom d'Armand l'avait arrêté comme il passait sur son vélomoteur, pour lui dire de prévenir la gendarmerie : il venait de trouver une fillette morte dans son champ (...) !
quatrième de couverture...
Trois campeurs sauvagement assassinés, à proximité d'une ferme bas-alpine... Voilà qui est fort alléchant pour les envoyés spéciaux de la grande presse. Il en vient de partout. Même de Cologne.
Ces gens ont-ils été massacré par les ploucs voisins ? Ou bien par les occupants d'une mystérieuse bagnole ? Le commissaire de la Brigade mobile en pince pour la première hypothèse.
Mais Géronimo, le jeune flic-hippy contestataire, n'est pas d'accord. Et il part en guerre contre les barbouses et autres faux derches des vacheries parallèles.
bio express...
Jean AmilaJean Amila, de son vrai nom Jean Meckert, est né en 1910 à Paris. Après avoir déserté le foyer familial en compagnie d'une infirmière, son père est fusillé à la fin de la première guerre mondiale ; sa mère ne s'en remettra pas et sera internée durant deux ans. Lui sera alors placé dans un orphelinat où il complètera son éducation en dévorant les livres et en commençant à travailler dès l'âge de treize ans.
En 1939 il est mobilisé mais, après la débâcle, son régiment est immobilisé en Suisse. C'est là qu'il écrira son premier roman, Les Coups, publié par Gallimard en 1942. Il quitte alors son poste de fonctionnaire à la mairie de Paris et se consacre tout entier à la littérature. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous.
Remarqué néanmoins par les surréalistes, comme Raymond Queneau ou André Gide, il entre en 1950, à la demande de Georges Duhamel, à la Série Noire, alors réservée au roman noir américain. Suivront vingt et un romans...
En 1971, après un voyage en Océanie, il dénonce les essais nucléaires français, ce qui lui vaudra (semble-t-il, l'affaire n'a jamais vraiment été élucidée) un tabassage en règle dont il ressortira amnésique.
Après dix années de silence, il revient en 1981 avec Le Boucher des Hurlus.
Il décède en mars 1995 sans avoir connu de véritable reconnaissance au niveau du public mais ses œuvres (son œuvre) ne cessent d'être analysées et présentées. Un manuscrit inédit, datant des années quarante, est même paru cette année sous la signature de Jean Meckert : La Marche du Canon.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Y'a pas de Bon Dieu !
1950
Motus !
1953
La Bonne Tisane
1955
Jusqu'à Plus Soif
1962
Langes Radieux
1963
La Lune d'Omaha
1964
Pitié pour les Rats
1964
Noces de Soufre
1964
Les Fous de Hong-Kong
1969
Le Grillon Enragé
1970
La Nef des Dingues
1972
Terminus Iéna
1973
Le Boucher des Hurlus
1982
Le Chien de Montargis
1983
Au Balcon d'Hiroshima
1985

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