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Jean Amila

La Nef des Dingues

Couverture

Première édition : Gallimard / Série Noire - Février 1972

Tags : Roman noir Arnaque Flic Quidam Populaire France Années 1970 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 26 novembre 2008

Dorf est un Hollandais qui tente de vivre de sa peinture à Paris, mais ça ne marche pas très fort. Il est à la colle avec Brigitte, qui lui sert d'impresario. Branchés "Peace and Love" (surtout lui) ils décident, un jour de désœuvrement devant le marasme de leur situation, de tenter la grande aventure, de tout lâcher pour une nouvelle vie. Les voilà porte d'Orléans, un baluchon sur le dos, le pouce en l'air, direction plein sud.
Le voyage durera une demi-heure. Exaspéré par les propos anti-jeunes et racistes de leur chauffeur, Dorf demande à être déposé sur le bord de la route. Là, pris d'un accès de violence, il balance quelques baffes bien senties au routier à la langue trop bien pendue et le laisse évanoui dans le fossé avant de piquer la camionnette pour rentrer à Paris.
Pris de remords, Bri contacte le lendemain un de ses potes, un flic un peu hippie, afin de s'enquérir de l'état de santé de leur chauffeur. Rien de grave…
Bri est une jeune femme pleine de ressources, la reine de la combine. Elle propose à Dorf une grande aventure en forme d'escroquerie, histoire de joindre l'utile à l'agréable. Il s'agit du voilier que le mari d'une amie, promoteur immobilier dans la déroute, doit vendre dans l'urgence. Pour Bri et Dorf, le jeu consiste à revendre le rafiot avant de l'avoir payé. Dorf, qui veut oublier le genre humain qui le désespère, accepte, mais lorsqu'il arrive dans le petit port normand qui sert de mouillage à l'Harmaguedon, le voilier n'est plus à quai…

La Nef des Dingues ou les illusions perdues…
Revoilà le flic hippie, Édouard Magne, dit Géronimo, qui reprend du service dans une aventure dont l'intrigue un peu emberlificotée peine un peu à se mettre en place, jusqu'au moment où elle se recentre sur ce rafiot de fin du monde qu'est l'Harmaguedon. Un monde qui part à la dérive.
Dans le rôle du spectateur, du quidam plongé dans le chaudron, Dorf, le bon gros Hollandais qui ne veut faire de mal à personne, juste vivre sa vie un peu égoïste, fort de ses illusions de beatnik. Dorf qui découvre à son insu le plaisir de la violence, les soulagements qu'elle procure, la facilité déconcertante avec laquelle elle se met en place, s'insinue. Un sentiment nouveau qui lui fait peur.
Durant sa "croisière", il sera confronté directement à d'autres formes de violence : celle de Bob et Pitou, deux jeunes hommes sans aucune morale qui ont piqué le bateau et détroussent de pauvres vieux sans aucun état d'âme ; celle de Meyer, le promoteur immobilier, le propriétaire, lui-même victime d'une cabale financière ; celle de flics des services secrets, semblant de police parallèle, au service de l'État ; tous représentants d'un monde qui perd la boule.

Géronimo avait envie de vomir. Les conséquences du coup, bien sûr, mais aussi la promiscuité de ces parfaits sinoques, pas même originaux, simples caricatures d'un vaste monde complètement endingué, idolâtre de champions, de généraux et d'assassins vainqueurs.

Et Dorf dans tout ça ? Avec ses convictions mises à mal… De la même engeance… Il rejoindra la bande après la récréation révolutionnaire.

Géronimo éprouvait une véritable répugnance pour ce grand barbeau si différent des gars de Hollande qu'il avait pu connaître… Fainéant, de toute éternité assisté, soit par ses parents, soit par des filles comme la dévouée et inconsciente Bri ; finalement un salaud, bousilleur d'idéal, profiteur, faux non-violent et vrai lâche. Il était devenu dangereux, maintenant capable de tuer gratuitement, uniquement pour se prouver à lui-même qu'il n'était pas un dégonflé…

Témoin de son temps, Jean Amila n'est pas dupe qui, dans ce roman paru en 1972, décrit déjà l'extinction des feux allumés autour d'espoirs quelques années plus tôt. Lucide et sombre…



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Quelques pistes à explorer, ou pas...

La Nef des Dingues est en fait le premier roman où apparaît le personnage d'Édouard Magne, alias Géronimo, le flic hippie. Vous pouvez le retrouver enquêtant sur l'affaire Dominici dans Contest-Flic ou dans les milieux du cinéma dans Terminus Iéna.

les dix premières lignes...

— Rappelle-toi, dit Brigitte. Van Gogh non plus n'a pas vendu une seule toile.
Dorf haussa les épaules. Carrure de catcheur, poils de barbe en brosse à chiendent, col roulé et gilet brodé, il avait les cheveux plus longs que ceux de sa femme. Depuis une bonne demi-heure, il n'arrêtait pas de grogner : sale bourgeois, bandes de lopes… Il bousculait le passant depuis la rue de Seine jusqu'au Faubourg Saint-Antoine (…)

quatrième de couverture...

Doudou Magne, alias Géronimo, passerait partout inaperçu avec ses cheveux longs, ses sandalettes et sa moto… Sauf à la Brigade Criminelle, où il est O.P. Car on conçoit mal qu'un flic puisse être hippy fleuri, à bandeau indien sur le front et insigne pacifiste sur la poitrine… Même s'il embarque sur un bateau ivre dont le nom évoque la Fin du Monde.

bio express...

Jean Amila Jean AmilaJean Amila, de son vrai nom Jean Meckert, est né en 1910 à Paris. Après avoir déserté le foyer familial en compagnie d'une infirmière, son père est fusillé à la fin de la première guerre mondiale ; sa mère ne s'en remettra pas et sera internée durant deux ans. Lui sera alors placé dans un orphelinat où il complètera son éducation en dévorant les livres et en commençant à travailler dès l'âge de treize ans.
En 1939 il est mobilisé mais, après la débâcle, son régiment est immobilisé en Suisse. C'est là qu'il écrira son premier roman, Les Coups, publié par Gallimard en 1942. Il quitte alors son poste de fonctionnaire à la mairie de Paris et se consacre tout entier à la littérature. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous.
Remarqué néanmoins par les surréalistes, comme Raymond Queneau ou André Gide, il entre en 1950, à la demande de Georges Duhamel, à la Série Noire, alors réservée au roman noir américain. Suivront vingt et un romans...
En 1971, après un voyage en Océanie, il dénonce les essais nucléaires français, ce qui lui vaudra (semble-t-il, l'affaire n'a jamais vraiment été élucidée) un tabassage en règle dont il ressortira amnésique.
Après dix années de silence, il revient en 1981 avec Le Boucher des Hurlus.
Il décède en mars 1995 sans avoir connu de véritable reconnaissance au niveau du public mais ses œuvres (son œuvre) ne cessent d'être analysées et présentées. Un manuscrit inédit, datant des années quarante, est même paru cette année sous la signature de Jean Meckert : La Marche du Canon.

édition(s)...

Gallimard / Série Noire - Février 1972 Gallimard / Série Noire
Février 1972
Gallimard / Série Noire - Avril 1998 Gallimard / Série Noire
Avril 1998

du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

Y'a pas de Bon Dieu !Y'a pas de Bon Dieu !
1950
Motus !Motus !
1953
La Bonne TisaneLa Bonne Tisane
1955
Jusqu'à Plus SoifJusqu'à Plus Soif
1962
Langes RadieuxLanges Radieux
1963
La Lune d'OmahaLa Lune d'Omaha
1964
Pitié pour les RatsPitié pour les Rats
1964
Noces de SoufreNoces de Soufre
1964
Les Fous de Hong-KongLes Fous de Hong-Kong
1969
Le Grillon EnragéLe Grillon Enragé
1970
Contest-FlicContest-Flic
1972
Terminus IénaTerminus Iéna
1973
Le Boucher des HurlusLe Boucher des Hurlus
1982
Le Chien de MontargisLe Chien de Montargis
1983
Au Balcon d'HiroshimaAu Balcon d'Hiroshima
1985

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