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Jean Meckert

La Tragédie de Lurs

Couverture

Première édition : Gallimard - 1954

Tags : Journaliste Populaire France Années 1950 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 11 juin 2007

Je ne reviendrais pas sur l’histoire de l’affaire Dominici, connue de tous. Le sel de ce livre, c’est son incroyable humanité. Meckert se contente des faits. Il se base sur les articles de journaux et sur son séjour à Lurs en tant qu’envoyé spécial. Il essaie de prendre du recul pour analyser le travail des journalistes, dont il était deux ans auparavant. Sobrement, Meckert replace l’affaire dans sa géographie. Il nous parle de Lurs, de la ferme des Dominici, leurs relations, leurs habitudes. Presque sur le ton du documentaire. Mais sa plume nous emmène plus loin. Nous franchissons les portes, il nous fait entrer dans leurs vies.

Après une reconstitution de l’instruction et les divers rebondissements qu’elle aura, il se penche sur le martelage et l’acharnement de certains moyens d’information sur la famille Dominici. Les effets de une, les manchettes racoleuses, les suppositions. À l’époque les journaux papiers étaient la principale source d’information. La télévision n’était que peu répandue. C’est ce poids qu’ont les articles et la façon dont ils sont rédigés qui l’interpellent. Il ne juge pas, ne prends parti ni pour ni contre les Dominici. Il essaie de réunir les éléments à charge et à décharge.

On repense forcément à Patrick Dils, à l’affaire d’Outreau. À l’influence de ce fameux « quatrième pouvoir » que sont les médias.
La soupe du vingt heures est certes servie chaude et à la cuillère, mais c’est à nous de décider de l’avaler ou pas. Ce témoignage-enquête est de 1954, plus de cinquante ans plus tard il est criant d’actualité par sa sobriété et sa vision éclairée et humaine des faits.
Une lecture salutaire.



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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Contest-Flic, signé par le même auteur sous le pseudonyme de Jean Amila, librement inspiré des faits relatés dans cet opus. De Sang-Froid, de Truman Capote pour l’aspect documentaire et enquête sur un fait-divers ayant défrayé la chronique.

les dix premières lignes...

Un crime est un crime. Et quoi qu’on en dise, rien n’ajoutera ou n’enlèvera à l’horreur.
Du moins, en théorie… Car en pratique, un crime n’en vaut pas un autre. Il en est qui passent complètement inaperçus, d’autres qui secouent l’opinion publique de violents spasmes.
Cela tient à quoi ? à la nature du crime, de l’assassin, ou de l’information ?.. Peut-être un peu des trois. Il est très malaisé de dégager une loi. Mais ce qu’il y a de certain c’est que, pour l’opinion publique, des crimes « rendent », et d’autres ne rendent pas.
Il n’est d’ailleurs pas même utile que les crimes soient vrais pour êtres accueillis avec passion. Les auteurs de romans et de films policiers l’ont compris depuis fort longtemps. Le mystère, l’ambiance et l’effet déroutants de l’attente, baptisé « suspense », sont des atouts suffisants pour gagner le cœur du public. Quant aux assassins et aux assassinés, si l’on veut mon avis : le public s’en fout. (…) Il veut condamner ou absoudre !
(…)
Et ce que je veux raconter ici n’est pas tant l’histoire d’un crime que l’histoire d’un spasme d’opinion devant un spectacle gratuit.
(…)
Le malheur, c’est que les personnages de ce drame ne sont pas en représentation ; ils sont vrais. Et les morts ne se relèveront pas pour saluer (...)

quatrième de couverture...

En 1952, Meckert est envoyé à Lurs par le journal France Dimanche pour couvrir ce qui deviendra un des faits-divers les plus retentissant du siècle : l’affaire Dominici. Deux ans plus tard, Meckert revient sur cette expérience et examine le rôle tenu par les médias dans le développement de l’affaire. Entre faits bruts et récits à scandale, il tente d’analyser le travail de journaliste et livre son propre point de vue sur les faits qui, cinquante ans plus tard, continuent de susciter des commentaires et d’alimenter des fictions.

bio express...

Jean Meckert Jean MeckertBiographie présentée dans l'édition Joëlle Losfeld de La Tragédie du Lurs :
L’œuvre et la vie de Jean Meckert se sont à plusieurs reprises télescopées.
Il naît dans le dixième arrondissement de Paris le 24 novembre 1910. En 1917, son père, anarchiste, déserte les tranchées et refait sa vie. Pour faire taire les rumeurs, sa mère le fait passer pour un « fusillé pour l’exemple ». Meckert donnera corps à cette version revisitée du drame familial dans un roman paru en Série Noire (Le Boucher des Hurlus). Un étonnant phénomène de confusion verra la fiction supplanter la réalité : dans toutes les rubriques biographiques consacrées à l’auteur, c’est la version romancée qui sera présentée comme étant celle de Meckert/Amila. L’auteur lui-même, au gré des interviews, optera pour l’une ou l’autre version.
Fusillé ou non, la disparition de son mari perturbe l’équilibre psychologique de Mme Meckert, et l’attitude du voisinage, pour qui elle est bolchevique, rend la situation plus difficilement supportable encore. Elle est internée au Vésinet pendant deux ans, et Jean placé dans un orphelinat protestant à Courbevoie où il restera quatre ans.
À treize ans, muni d’un certificat d’études primaires, il entre comme apprenti dans un atelier de réparation de moteurs électriques. Puis il travaille dans divers ateliers de haute précision du haut Belleville.
En 1929, il est employé de banque, lorsque la grande crise lui fait perdre son emploi. En novembre 1930, il s’engage volontairement dans le génie pour effectuer son service militaire. Rendu à la vie civile en mai 1932, il exerce toutes sortes d’emplois, de l’employé de garage au marchand de méthode pour gagner à la roulette !
Mobilisé en 1939, il est interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle. Après sa libération, la mairie du vingtième arrondissement lui procure un emploi et le papier nécessaires pour dactylographier son premier roman. Publié en décembre 1941 dans la collection « Blanche » de Gallimard, Les Coups reçoit un très bon accueil de la critique.
En 1942, Meckert quitte son emploi de fonctionnaire et se consacre entièrement à l’écriture. Il rejoint en 1943 un maquis de la Résistance dans l’Yonne. Son deuxième roman, L’Homme au Marteau, est publié cette année-là. Suivent La Lucarne (1945), Nous Avons les Mains Rouges (1947), La Ville de Plomb (1949) et Je Suis un Monstre (1952). Parallèlement, il écrit sous divers pseudonymes (Marcel Pivert, Albert Duvivier, Edouard Duret, Mariodile…) des récits — du policier au sentimental — publiés par des maisons d’éditions populaires.
Dès 1950, Marcel Duhamel, qui apprécie particulièrement son travail sur le langage parlé, le fait venir à la Série Noire. Sous le nom d’Amila, il est le deuxième français publié dans cette collection et s’imposera pendant trente ans comme l’un des meilleurs auteurs de polars, l’un de ceux qui ont permis le renouvellement du genre.
Certains de ses romans seront adaptés à la télévision. Lui-même collabore comme dialoguiste à de nombreux films et « novélise » deux scénarios d’André Cayatte et de Charles Spaak.
En 1974, une nouvelle fois, fiction et réalité se mêlent. Meckert est sauvagement agressé, et laissé pour mort. Après plusieurs heures passées dans le coma, il se réveille amnésique et épileptique. On a longtemps prétendu qu’il s’agissait de représailles des services secrets contre lesquels Meckert s’acharnait alors. Cette version, accréditée par l’auteur lui-même, n’a jamais pu être confirmée.
Menant une vie calme et retirée à la campagne, il poursuit son œuvre à la Série Noire et reçoit en 1986 le prix Mystère de la critique pour Au Balcon d’Hiroshima, son dernier roman publié. Il meurt le 7 mars 1995.

édition(s)...

Gallimard -  1954 Gallimard
1954
Joëlle Losfeld - Mars 2007 Joëlle Losfeld
Mars 2007

du même auteur...

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Nous Avons les Mains RougesNous Avons les Mains Rouges
1947

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