Jean Amila
Pitié pour les Rats
Première édition : Gallimard / Série Noire - 1964
un avis personnel...
Publié le 27 novembre 2007
Une chronique de Jérôme Jukal.
Une famille de petits artisans de la cambriole, amoureux du travail bien fait, se trouve confrontée à l’intrusion d’un homme venant d’un autre monde. Un homme qui les a sauvés lors d’une soirée qui tournait mal et qui va s’intéresser de près à leurs petites activités. Il va s’y intéresser d’autant plus que, en fuite, il va leur demander de l’héberger… Et c’est un bouleversement qui s’instille. Petit à petit. Un bouleversement dans leur façon de vivre, dans leur petit train-train. La famille, leurs activités, tout va y passer. C’est que l’homme est jeune, il a des conceptions modernes, recherchant plus l’efficacité que la qualité. Le père, la mère et la fille vont se trouver entraînés sur une pente qu’ils ne comptaient pas emprunter. D’autant que ce jeune homme a un passé et des fréquentations plutôt louches, plutôt discutables politiquement, pas loin d’un certain activisme…
Amila nous offre là une vision de la société des années soixante en plein changement. En plein bouleversement. Les méthodes et les conceptions du travail évoluent. Pas forcément en bien. Les gens venus de loin, rapatriés parce que la France perd de son influence, cède aux pays qu’elle colonisait, ces gens venus de loin apportent avec eux des idées et des envies qui vont remettre en cause la France de papa. C’est le monde qui avance, l’industrialisation qui s’insinue partout, n’épargnant aucun corps de métier. Amila en choisit un plutôt en marge mais il lui fait subir le même traitement, le confronte aux mêmes dangers.
Le tableau n’est pas bien reluisant, les gens sans scrupule pullulent. Et il faut se faire une raison, les affronter ou s’y soumettre. Car ils peuvent user de persuasion, de séduction, ils n’ont pas forcément un aspect repoussant…
C’est du pur Amila, témoin de son époque, qui nous soumet une réflexion grave, importante avec une certaine légèreté, une prose qui n’a l’air de rien mais qui vous tient, vous touche.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
D’autres Amila, bien sûr, à commencer par Motus !, qui se déroule comme celui-ci au bord de la Marne ou d’un canal, pas loin d’une écluse.
les dix premières lignes...
Il ne l’avait pas fait exprès, mais c’était bel et bien la nuit du 4 août.
La lune allait se lever à trois heures quatorze, mais pour l’instant la seule clarté des étoiles mettait sur chaque objet une housse de velours noir.
À cheval sur la lucarne ouverte, silencieux comme un chat, muscles souples et rétine en éveil, Lenfant inspecta d’abord les alentours, dans un univers de cheminées et d’antennes de télé qui se silhouettaient sur le ciel étoilé. Vers le nord, où brillait la Grande Casserole, une espèce de coupole à luminescence roussâtre indiquait Paris, sur un quart d’horizon (…)
quatrième de couverture...
Papa est ouvrier sellier, Maman est championne de plongeon et Fifille prépare son bac. Mais la petite famille, agile et pacifique pratique aussi la cambriole comme l’un des beaux-arts, dans une saine horreur de la pègre.
Ce n’est ni la pègre ni la police, qu’ils vont croiser. Et ceux qui viennent vers eux sont des chevaliers au regard clair, des héros du plastic et de la grenade, et pour tout dire d’un seul mot : des soldats.
Alors on comprend pourquoi les blindés viennent prendre la maison sous le feu des canons.
bio express...
Jean AmilaJean Amila, de son vrai nom Jean Meckert, est né en 1910 à Paris. Après avoir déserté le foyer familial en compagnie d'une infirmière, son père est fusillé à la fin de la première guerre mondiale ; sa mère ne s'en remettra pas et sera internée durant deux ans. Lui sera alors placé dans un orphelinat où il complètera son éducation en dévorant les livres et en commençant à travailler dès l'âge de treize ans.
En 1939 il est mobilisé mais, après la débâcle, son régiment est immobilisé en Suisse. C'est là qu'il écrira son premier roman, Les Coups, publié par Gallimard en 1942. Il quitte alors son poste de fonctionnaire à la mairie de Paris et se consacre tout entier à la littérature. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous.
Remarqué néanmoins par les surréalistes, comme Raymond Queneau ou André Gide, il entre en 1950, à la demande de Georges Duhamel, à la Série Noire, alors réservée au roman noir américain. Suivront vingt et un romans...
En 1971, après un voyage en Océanie, il dénonce les essais nucléaires français, ce qui lui vaudra (semble-t-il, l'affaire n'a jamais vraiment été élucidée) un tabassage en règle dont il ressortira amnésique.
Après dix années de silence, il revient en 1981 avec Le Boucher des Hurlus.
Il décède en mars 1995 sans avoir connu de véritable reconnaissance au niveau du public mais ses œuvres (son œuvre) ne cessent d'être analysées et présentées. Un manuscrit inédit, datant des années quarante, est même paru cette année sous la signature de Jean Meckert : La Marche du Canon.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
1964
Gallimard / Série Noire
Mars 1997
Gallimard / Série Noire
Avril 2000
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Y'a pas de Bon Dieu !
1950
Motus !
1953
La Bonne Tisane
1955
Jusqu'à Plus Soif
1962
Langes Radieux
1963
La Lune d'Omaha
1964
Noces de Soufre
1964
Les Fous de Hong-Kong
1969
Le Grillon Enragé
1970
Contest-Flic
1972
La Nef des Dingues
1972
Terminus Iéna
1973
Le Boucher des Hurlus
1982
Le Chien de Montargis
1983
Au Balcon d'Hiroshima
1985

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