Léo Malet
Le Soleil n'est pas pour Nous
Première édition : Editions du Scorpion - Janvier 1949
un avis personnel...
Publié le 07 novembre 2009
Une chronique de Jérôme Jukal.
Après Jean Frauger, dans le premier volet de la trilogie noire, La Vie est Dégueulasse, c’est au tour d’André Arnal de nous raconter sa trajectoire. C’est à son tour de nous raconter aussi que la vie est dégueulasse.
Orphelin, Arnal a décidé de monter à Paris et d’y faire sa vie. Mais pour certains, faire sa vie est impossible. Devenu presque clodo, il est embarqué par les policiers, enfermé pour vagabondage. À sa sortie, il va tenter de vivre normalement mais décidément, certains restent marqués, catalogués, et malgré tous leurs efforts, ils feront éternellement parti des bons à rien que la société laisse en marge. Sur le bas-côté.
Rien n’était logique ni juste, dans cette garce de vie. Le flic parlait de doctrine ? La misère et la poisse en avaient une, elles, qui consistait à ne lâcher aucun des malheureux qu’elles tenaient.
Il va rencontrer l’âme sœur mais une âme sœur abîmée comme lui.
La dégringolade ne s’arrête pas, le désespoir s’incruste et fait faire bien des choses. Désespérées.
Eh ! là ! Le soleil brille, parfois.
— Pas pour tout le monde, m’sieur. Et c’est ça qui empoisonne, cette crasse qu’on sent trop épaisse pour s’en débarrasser. Alors, on a des idées de meurtre ou de suicide.
Nous sommes dans un roman noir, indiscutablement. Un roman désespéré sur une société désespérante. Sans pitié pour les faibles, les marginalisés. Sans pitié pour ceux dont elle ne veut pas.
C’est un grand roman que nous offre Léo Malet, un roman court et rectiligne. En pente raide.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Allez voir du côté de Amila quand il s’appelait encore Meckert, notamment Les Coups. Il y a décidément une parenté entre ces deux-là, deux précurseurs du roman noir français quand il s’est décidé à prendre ce nom.
Aussi du côté de Cormac McCarthy, avec entre autre Un Enfant de Dieu.
les dix premières lignes...
Cela m’a pris vers six heures.
Une onde de désespoir comme je n’en avais jamais connue qui m’a submergé, cerné le cœur, fouillé les tripes, meurtri la gorge et empli les yeux de larmes. Quelque chose d’atroce, d’avoir été trop longtemps contenue, qui m’a laissé, brisé, sur le lit dur et étroit de ma cellule, déjà la proie des ombres crépusculaires.
Il devait être six heures.
Un silence relatif régnait sur la prison (…)
quatrième de couverture...
« Ce premier jour où j’ai découvert la cité Jeanne d’Arc, un couple se tabassait en gueulant, au fond d’un de ces antres, ce qui n’a pas réveillé la clocharde vautrée dans l’angle d’un couloir ni impressionné la maigrichonne qui tordait une serpillière à sa fenêtre. Les bagarres devait être fréquentes dans ce secteur et laissaient tout le monde froid. Dans cet enfer, dominant la dispute, un bébé pleurait et quelqu’un triturait un accordéon…
L’action de ce roman est supposée se passer en 1926, époque de la joie de vivre. »
bio express...
Léo MaletReprise (et en partie complétée) chez Wikipedia :
Léo Malet est né à Montpellier dans le quartier de Celleneuve le 7 mars 1909. Autodidacte, il débute sa carrière artistique à Montmartre fin 1925 au cabaret la Vache Enragée, devenant ainsi le plus jeune chansonnier de France. La même année, il se rend à Montpellier où André Colomer est présent pour traiter du thème : « Deux monstres, Dieu et la Patrie, ravagent l'humanité ». C'est là que Colomer va influencer Malet, bouleversé par son tempérament fiévreux, sur la voie libertaire. Il s'ensuit une correspondance.
Il effectue ensuite différents petits boulots : employé de bureau, manœuvre, journaliste occasionnel (En dehors, L'insurgé, Journal de l'Homme aux Sandales, la Revue Anarchiste, etc.), « nègre », gérant de magasin de mode, figurant de cinéma, crieur de journaux, emballeur (chez Hachette). Anarchiste, il parodie la littérature policière anglo-saxonne sous de multiples pseudonymes.
Il écrit de la poésie, appartenant de 1930 à 1949 au groupe surréaliste. Il milite brièvement avec Benjamin Péret au parti trotskyste POI (Parti Ouvrier Internationaliste) de 1936 à 1939, de nombreux surréalistes étant alors proches du trotskysme.
Mais c'est en 1942 qu'il se met au roman policier avec 120, rue de la Gare, mettant en scène un détective dont on allait entendre beaucoup parler : Nestor Burma. Dans la série, commencée en 1954, des Nouveaux Mystères de Paris, où chaque énigme a pour décor un arrondissement de la capitale, il se montre un peintre remarquable de la ville, de son atmosphère et de ses secrets…
Il a écrit sous divers pseudonymes : Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Omer Refreger et Louis Refreger.
Léo Malet a été le premier à recevoir le Grand Prix de Littérature Policière en 1948. Il est également le premier lauréat du Prix Paul Féval de Littérature Populaire, décerné en 1984 à la série mettant en scène Nestor Burma. Quant aux Mystères de Paris, ils ont été couronnés en 1958 du Grand Prix de l'Humour Noir.
Léo Malet décède le 3 mars 1996.
édition(s)...
Editions du Scorpion
Janvier 1949
Marabout
1980
10/18
Février 1986
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.


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