Jean Amila
Jusqu'à Plus Soif
Première édition : Gallimard / Série Noire - Mai 1962
un avis personnel...
Publié le 01 mars 2006
Marie-Anne arrive de Paris, diplômes en poche et grands principes en bandoulière. Elle vient tenir la classe de l'école "libre" de Nomville au cœur du bocage normand. Bien vite elle se trouve confrontée à un élément qu'elle n'avait pas pris en compte : la culture de l'alcool, la place de la goutte, du calva, dans la vie quotidienne des habitants du coin, fussent-ils des enfants.
Pierrot, lui, rentre d'Algérie. Extrait de sa ferme le temps des "évènements", il y revient avec des idées neuves et des ambitions, notamment en ce qui concerne l'écoulement des litres de gnôle qui coulent de l'alambic familial, voire de celui des voisins...
L'alcool est bien sûr au centre de ce roman de Jean Amila, on l'aura compris à son titre. Mais derrière les aventures de la jeune institutrice Marie-Anne et du jeune loup Pierrot, derrière l'éclairage posé sur l'organisation des trafics, les luttes d'influence, les compromissions, les alliances en matière d'écoulement d'alcool frauduleux, derrière la démonstration de la place prépondérante de la goutte dans la culture normande – et quelle place ! – se cache, m'a-t-il semblé, un autre sujet.
Ce roman, écrit en 1962, est aussi celui qui retranscrit le profond bouleversement des valeurs qui secoue la France et la société occidentale à cette époque. C'est le récit d'une jeunesse qui tend à l'émancipation, forte de ses espoirs, de ses envies, de ses ambitions, et se confronte au vieux monde en place qui n'est pas prêt à lui céder un pouce de terrain.
Qu'on l'interprète comme tel ou non, reste de toute façon un écriture limpide, une galerie de personnages d'une consistance palpable. Jean Amila n'est pas de ceux qui se cachent derrière une intrigue tortueuse pour construire leur propos. Il est de ces témoins qui racontent, avec des mots simples et justes, sans vouloir tordre la réalité pour la faire coïncider avec leur discours. Il met en scène, tout simplement, la vérité.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Jean Amila a écrit de nombreuses œuvres qui sont pourtant méconnues. Faites comme moi : rattrappez le temps perdu et partez en exploration au cœur de ses romans. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
les dix premières lignes...
Marie-Anne s'habituait à la cadence lente de la bête aux harnais luisants.
Elle pouvait voir le dos de la jument ondulant régulièrement à l'allure du pas, le poil rosissant par endroits aux lueurs du soleil couchant.
Assis à côté d'elle, dans le tonneau étroit, le vieux curé avait cessé de parler depuis un moment. Il tenait à peine les rênes et semblait perdu dans un rêverie vague.
Fâché ?
Malgré la fatigue du voyage, Marie-Anne se dit que c'était peut-être à elle de faire la conversation (...).
quatrième de couverture...
Pas facile pour Marie-Anne, jeune institutrice convaincue de son rôle, de s'apercevoir qu'absolument tout le village de Normandie où elle vient d'arriver est dédié à la distillation clandestine d'eau-de-vie ! curé comme gendarmes se bouchent le nez et ferment les yeux. Calva pour les gosses aux récrés de huit, dix et douze heures ! Rien ne se perd, tout se consomme et le pommier gouverne. Des hommes pour cela veillent, dans l'intérêt général, à ce que la loi ne fasse surtout pas son travail. Car qui dit perquisitions dans les fermes, dit mobilisation générale des fourches et émeute dans l'heure. Mais rien à faire ! Marie-Anne a vingt ans, le regard noir, et n'est pas prêt d'accepter qu'on lui saoule ses petits élèves. Les familles peuvent hurler, la guerre est ouverte. Et derrière la farce se trouve aussi le drame des filles de ferme noyées dans les mares...
bio express...
Jean AmilaJean Amila, de son vrai nom Jean Meckert, est né en 1910 à Paris. Après avoir déserté le foyer familial en compagnie d'une infirmière, son père est fusillé à la fin de la première guerre mondiale ; sa mère ne s'en remettra pas et sera internée durant deux ans. Lui sera alors placé dans un orphelinat où il complètera son éducation en dévorant les livres et en commençant à travailler dès l'âge de treize ans.
En 1939 il est mobilisé mais, après la débâcle, son régiment est immobilisé en Suisse. C'est là qu'il écrira son premier roman, Les Coups, publié par Gallimard en 1942. Il quitte alors son poste de fonctionnaire à la mairie de Paris et se consacre tout entier à la littérature. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous.
Remarqué néanmoins par les surréalistes, comme Raymond Queneau ou André Gide, il entre en 1950, à la demande de Georges Duhamel, à la Série Noire, alors réservée au roman noir américain. Suivront vingt et un romans...
En 1971, après un voyage en Océanie, il dénonce les essais nucléaires français, ce qui lui vaudra (semble-t-il, l'affaire n'a jamais vraiment été élucidée) un tabassage en règle dont il ressortira amnésique.
Après dix années de silence, il revient en 1981 avec Le Boucher des Hurlus.
Il décède en mars 1995 sans avoir connu de véritable reconnaissance au niveau du public mais ses œuvres (son œuvre) ne cessent d'être analysées et présentées. Un manuscrit inédit, datant des années quarante, est même paru cette année sous la signature de Jean Meckert : La Marche du Canon.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
Mai 1962
Carré Noir
Février 1981
Folio Policier
Novembre 2005
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Y'a pas de Bon Dieu !
1950
Motus !
1953
La Bonne Tisane
1955
Langes Radieux
1963
La Lune d'Omaha
1964
Pitié pour les Rats
1964
Noces de Soufre
1964
Les Fous de Hong-Kong
1969
Le Grillon Enragé
1970
Contest-Flic
1972
La Nef des Dingues
1972
Terminus Iéna
1973
Le Boucher des Hurlus
1982
Le Chien de Montargis
1983
Au Balcon d'Hiroshima
1985

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