Killing me Softly
Jacky Schwartzmann
première édition :
La Manufacture de Livres - Janvier 2026

un avis personnel...
publié le 10 février 2026
Madjid (marié à Blandine, une fille adolescente, Camille) est tueur à gages et a pour donneur d’ordre maître Pierre-Jean Vignoli, un avocat puissant qui fait peur. Son prochain contrat inclut une clause assez particulière : non seulement il doit dessouder un salaud — en l’espèce un pédophile — mais le client, ou la « victime » selon l’angle dans lequel on se place, souhaite être présent pour l’exécution.
Madjid Müller dispose d’un pedigree à la hauteur de son talent. Un grand-père nazi réfugié au Chili, un père ancien membre d’Action directe, une mère algérienne dont le père fut un des fondateurs du FLN. Une belle lignée, mais au final, Madjid a été élevé à Barbès par un oncle et une tante après que ses parents se soient fait descendre par la police lors d’un braquage. Il a quand même appris les rudiments du métier de bandit auprès de tonton Moncef.
Madjid se doit donc de rencontrer son client pour les mises au point logistiques. Damien Battant (tout le monde ne peut pas s’appeler Looser) est conférencier et essayiste. Son dernier opus : Giscard, un visionnaire, tout un programme. Sa particularité, en dehors d’avoir été abusé sexuellement à l’âge de 12 ans : il a un physique qui attire les homos, ce qui a tendance à virer à l’obsession chez lui. Autre point d’importance, sa future « victime » et ancien bourreau est actuellement résident d’un EHPAD du côté de Besançon.
D’entrée, le ton est donné. On est habitué avec Jacky Schwartzmann, qui pose souvent rapidement ses valises sur la table et sait parfaitement construire les situations les plus farfelues, quoique toujours crédibles. On retrouve également ce léger cynisme du personnage principal qui, à peine débarqué, pose son regard acide sur son entourage.
Pour cette fois, il s’agit donc d’un tueur à gages qui nous embarque dans le quotidien de sa petite entreprise, avec tout le décalage nécessaire pour nous permettre d’en rire. Se moquer d’une victime d’abus sexuel, qui plus est pédophile, n’est pas donné à tout le monde, et Jacky Schwartzmann s’en sort très bien.
— Autre chose ?
— Non, je ne crois pas. Enfin, si. Juste… une chose.
— Je vous écoute.
— Je veux lui couper la bite avant que vous le butiez.
Après en avoir terminé avec le troisième volet de la magistrale trilogie de Benjamin Dierstein, j’avais besoin d’une respiration, de quelque chose de court, de léger. Il me semblait que ce Killing me Softly répondait parfaitement à l’usage que je voulais en faire. Et je n’ai pas été déçu. Ce court roman a parfaitement rempli son rôle en matière de transition. On ne va pas se mentir, il ne s’agit pas là d’un texte qui va révolutionner la littérature et il n’en a pas les prétentions, mais on peut dire sans se tromper que son auteur connaît son métier pour ce qui concerne le divertissement et la comédie. Et loin de moi l’idée de glisser une connotation péjorative dans mon propos. Jacky Schwartzmann a en lui l’art du renversement de situation. Il sait créer la surprise, la sidération, frapper fort là où on ne s’y attend pas.
Je ne vous révélerai rien des twists que réserve l’auteur à ses lecteurs, mais je peux avancer que le chemin de Madjid ne sera pas parfaitement rectiligne.
Et puis, en dehors des aventures mouvementées de ses personnages, nous aurons droit, l’air de rien, aux quelques saillies bien senties de l’auteur sur notre société. Ça ne peut pas faire de mal.
Les chaînes d’information en continu ont tendance à se prendre au sérieux et ont une fascinante capacité à rendre passionnant n’importe quel sujet, qu’il le soit effectivement, comme le foot, ou qu’il ne présente aucun intérêt, comme la politique. Il suffit qu’une tempête traverse le pays, qu’une agence de notation nous dégrade ou que le prince William écrive un livre sur sa calvitie et la dépression que celle-ci a engendrée, et la machine se met en branle. Dans le temps, on qualifiait ce journalisme de rubrique des chiens écrasés ; de nos jours, on dit seulement journalisme.
On aurait presque pu en demander un peu plus…
vous avez aimé...
quelques pistes à explorer, ou pas...
Je ne suis sans doute pas le seul à qui ce court roman ait rappelé le personnage de Papi Mariole créé par Benoît Philippon. Une autre comédie noire réussie.
les dix premières lignes...
Les festivals de musique m’ont toujours ennuyé. Ils sont l’équivalent, pour le foie gras, d’une quinzaine promotionnelle chez Système U. Rock en Seine n’y échappe pas, malgré une programmation de qualité. Mon immense regret est que je ne serai plus là dimanche, pour le concert de Baxter Dury. Un réel crève-cœur, moi qui suis fan. Voilà le genre de gars capable de me faire me déhancher, sur une piste de danse, ou seul dans mon salon. Je vous parle d’une dynastie, d’une lignée royale dont le premier monarque a été le King : Elvis Ier.
Le groupe Måneskin, je ne connais pas. Ce sont de jeunes Italiens en passe de devenir un groupe monstre, à l’image de Queen ou de Kiss. Je ne parle que du nombre de spectateurs lors des tournées, pas de leur musique. Pour commencer, excellent storytelling. Les trois garçons et la fille se sont rencontrés au lycée, à Rome. Vous savez, c’est ce groupe qui a remporté l’Eurovision, en 2021, et dont les membres ont été filmés pendant la cérémonie en train de s’envoyer des traces de coke sur la table basse. Un bon point pour eux.
quatrième de couverture...
Tueur à gages, Madjid Müller accepte un contrat inhabituel : exécuter un homme accusé de pédophilie sous les yeux de celui qui fut sa victime, devenu prof à Sciences Po. Quand Madjid découvre que la cible est un vieillard sénile domicilié dans un EHPAD à Besançon, il estime que cette vengeance n’a aucun sens. C’est le début des embrouilles…
bio express...
Jacky SchwartzmannNé en 1972 à Besançon, Jacky Schartzmann grandit à Planoise, ballotté entre deux mondes depuis que ses parents ont divorcé alors qu’il avait cinq ans : milieu prolétaire côté paternel, bourgeoisie de province côté maternel.
Il poursuit des études dans la branche philosophie, celle de ceux qui ne savent pas où ils vont voler, mais veulent tout de même se servir de leur plume. Du coup il exerce les métiers alimentaires les plus variés comme barman, éducateur, pion, chef de rang (c’est plus sérieux), libraire, conseiller chez EDF, tout en se consacrant à l’écriture.
Premier roman en 2003, Public Enemy, lauréat du Prix du roman Policier de la Ville de Besançon, mais resté inédit à ce jour. Il faudra attendre 2008 et la parution de Bad Trip pour le trouver enfin en librairie, avant qu’il ne rachète lui-même une partie des derniers exemplaires avant qu’ils ne partent au pilon.
Retour aux affaires en 2016, avec Mauvais Coûts, inspiré par son passage dans le monde cynique de la grande entreprise et lauréat du Prix de la page 111.
Enfin sur les rails, il rejoint les éditions du Seuil pour Demain c’est Loin (2017) qui reçoit le Prix Amila-Meckert ainsi que le Prix Transfuge du meilleur espoir polar.
Suivent Pension Complète en 2018, Kasso trois ans plus tard, et Shit ! en 2023, finaliste pour le Grand Prix de Littérature Policière.
édition(s)...
du même auteur...
bibliographie non exhaustive... seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Mauvais Coûts
2016
Demain c'est Loin
2017
Pension Complète
2018
Kasso
2021
Shit !
2023
Habemus Bastard (T1 - L'Être Nécessaire)
2024
Bastion
2025
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