Jacky Schwartzmann
Mauvais Coûts
Première édition : La Fosse aux Ours - Août 2016
un avis personnel...
Publié le 16 mars 2024
Après quelques lectures un peu sombres, j’avais envie de fantaisie et de légèreté. Bonne pioche avec Jacky Schwartzmann et Mauvais Coûts. Les premiers mots du roman ont tout fait pour me convaincre : Je suis un bâtard.
Gaby Aspinal est effectivement un bâtard, dans tous les sens du terme. Par sa naissance en premier lieu, puis par choix personnel ensuite. Acheteur dans un grand groupe industriel, Arema, son métier consiste à essorer les fournisseurs et il adore ça.
L’occasion était trop belle pour l’auteur de dresser un portrait ravageur du monde de l’entreprise, version 2.0, capitalisme flamboyant et moderne, et pour avoir connu la même chose ou presque, les flèches qu’il décoche sont bien ciblées.
Mais revenons à Gaby. Non seulement c’est un bâtard, mais c’est aussi un gros con, misogyne, limite raciste. Il n’aime personne, se fout de tout le monde et noie sa solitude dans l’alcool. Une seule femme a eu grâce à ses yeux. Il avait seize ans, elle s’appelait Oona, et leur unique rendez-vous s’est terminé en humiliation ; une histoire d’étron resté collé sous sa godasse.
Aujourd’hui, Gaby approche la cinquantaine tout aigri quand débarque dans sa vie une jeune fille qu’il prend d’abord pour une pute, mais qui se présente comme sa progéniture. Sa mère Nathalie, avec qui Gaby a vécu quelque temps, vient de mourir…
Le lendemain matin, c’est la voisine de son père qui lui apprend que ce dernier, lui aussi, est décédé.
Cynique le Schwartzmann, et mordant, ayant oublié de laisser sa langue dans sa poche et pour être honnête, ça fait du bien, ça soulage, en ces temps de politiquement correct. La langue de bois ne passera pas par lui…
Inspiré par son passage comme salarié chez Alstom, Mauvais Coûts est l’occasion de se pencher sur les nouveaux modes de gestion au sein des grandes entreprises internationales, accompagné en cela par le personnage de Gaby qui, s’il est dénué de toute morale, finit par devenir attachant dans sa solitude.
Jacky Schwartzmann construit ainsi ce qui deviendra au fil des romans sa marque de fabrique : une forme de bienveillance envers ses antihéros associée à un humour corrosif, le tout sur fond de chronique sociale.
Un mélange savoureux qui fonctionne plutôt bien.
Tous les connards en costumes de foi, tous, quels qu’ils soient, mentent (…) Ils vous vendent un package qui n’a rien d’évident, si on y réfléchit bien : l’existence de Dieu n’implique pas une vie après la mort. Finalement, c’est même leur seul argument de vente. Ils vous refourguent Dieu, vous êtes hésitant, vous dites que vous devez réfléchir, et là ils sortent : bon allez O. K., pour le même prix, je vous mets la vie après la mort. Entre nous, s’il n’y a pas ça, vous ne prenez pas le produit. Trop de contraintes pour aucun avantage. Donc ils ont mis ça avec, tous, ceux de chez nous, ceux qui se coupent le zob, ceux qui se font pousser la barbe, tous. Un peu comme les fournisseurs d’accès à Internet qui se sont tous alignés sur 29 euros 90 par mois. Exactement pareil. Des marchands de tapis.
Mauvais Coûts a été couronné du Prix de la page 111 en 2016, sans doute la plus absurde des récompenses littéraires.
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Quelques pistes à explorer, ou pas...
On a évoqué la filiation avec Iain Levison et son roman Un Petit Boulot à propos de Mauvais Coûts. On aurait tout aussi bien pu évoquer Le Couperet de Donald E. Westlake.
les dix premières lignes...
Je suis un bâtard. Ma mère est toujours allée voir ailleurs si l’herbe des pubis était plus verte. Elle était un peu paysagiste et Papa a vite constaté que lui et moi on se ressemblait à peu près autant que Gaston Defferre et Alain Delon. Il a viré maman et elle n’a pas jugé bon de m’emmener dans ses valises. Parce que dans les années soixante-dix la garde des enfants, c’était pas comme maintenant. On fumait dans le métro, on se rasait pas la chatte, on s’habillait en orange : on faisait tout à la zob. J’avais trois ans, je ne l’ai jamais revue. Quand plus tard j’ai demandé à Papa comment elle était, il m’a répondu qu’elle buvait plus que Gainsbourg et qu’elle était le sosie de Paul Préboist. J’ai donc grandi avec Papa et j’ai appris un peu par hasard que, lui aussi, c’était un bâtard…
quatrième de couverture...
Gaby Aspinall n’a rien du gendre idéal. De toute façon, il n’a pas l’intention de se marier. Il cultive un cynisme à toute épreuve. Rien ne trouve grâce à ses yeux. Il déteste, en vrac, les syndicats, Nespresso, Alain Souchon, le rugby, ce sport de gros cons….
Ce parfait salaud a pourtant, au plus profond de lui, des failles abyssales qui lui redonnent un peu d’humanité.
Acheteur dans une multinationale en cours de rachat par les Américains, Gaby se révèle aussi amoral que l’entreprise qui l’emploie.
Mauvais Coûts, malgré la noirceur de son personnage, est un livre drôle, rythmé par des dialogues enlevés.
Il y a dans l’écriture de Jacky Schwartzmann une filiation avec le Iain Levison d’Un Petit Boulot.
bio express...
Jacky SchwartzmannNé en 1972 à Besançon, Jacky Schartzmann grandit à Planoise, ballotté entre deux mondes depuis que ses parents ont divorcé alors qu’il avait cinq ans : milieu prolétaire côté paternel, bourgeoisie de province côté maternel.
Il poursuit des études dans la branche philosophie, celle de ceux qui ne savent pas où ils vont voler, mais veulent tout de même se servir de leur plume. Du coup il exerce les métiers alimentaires les plus variés comme barman, éducateur, pion, chef de rang (c’est plus sérieux), libraire, conseiller chez EDF, tout en se consacrant à l’écriture.
Premier roman en 2003, Public Enemy, lauréat du Prix du roman Policier de la Ville de Besançon, mais resté inédit à ce jour. Il faudra attendre 2008 et la parution de Bad Trip pour le trouver enfin en librairie, avant qu’il ne rachète lui-même une partie des derniers exemplaires avant qu’ils ne partent au pilon.
Retour aux affaires en 2016, avec Mauvais Coûts, inspiré par son passage dans le monde cynique de la grande entreprise et lauréat du Prix de la page 111.
Enfin sur les rails, il rejoint les éditions du Seuil pour Demain c’est Loin (2017) qui reçoit le Prix Amila-Meckert ainsi que le Prix Transfuge du meilleur espoir polar.
Suivent Pension Complète en 2018, Kasso trois ans plus tard, et Shit ! en 2023, finaliste pour le Grand Prix de Littérature Policière.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Demain c'est Loin
2017
Pension Complète
2018
Kasso
2021
Shit !
2023
Habemus Bastard (T1 - L'Être Nécessaire)
2024
Bastion
2025

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