Jacky Schwartzmann
Kasso
Première édition : Seuil / Cadre noir - Février 2021
un avis personnel...
Publié le 26 juin 2024
Jacky Toudic, marseillais d’adoption depuis vingt-cinq ans, est contraint de retourner dans sa ville natale, Besançon, où sa mère a besoin qu’on s’occupe d’elle et de ses affaires. Fils unique, il se fait un devoir de l’accompagner depuis qu’on lui a diagnostiqué un Alzheimer avancé.
Un retour en arrière qui vient néanmoins contrarier son plan de carrière et la préparation minutieuse de sa propre retraite dorée. Son job : être le parfait sosie de Mathieu Kassovitz et faire fructifier cette particularité en arnaquant les gogos.
Fidèle à ses habitudes, Jacky Schwartzmann installe une situation des plus cocasses qui lui permet de laisser libre cours à sa description acerbe de notre société tout en gardant une certaine forme de légèreté.
Devant le cinéma d’art et d’essai de la ville, je tombe (…) sur un mec de soixante-dix hivers qui attend, ses seins de vieux pointant sous un sweat I love NY. Jean neuf troué, Stan Smith, écouteurs sans fil, un de ceux qui n’ont fait Mai 68 que pour obtenir le droit de se promener en ville en baskets et en écoutant Iggy Pop. Il suçote une vapoteuse et sue du caramel, heureux d’avoir voté Emmanuel Macron et fait barrage au IVe Reich au péril de sa vie mais énervé par la hausse de la CSG. Dans sa main, le dernier roman de Virginie Despentes, dont les personnages sont des rebeus et leurs copines, des hipsters, des néopunks et des 68ards. À l’affiche, un film égyptien en arabe sous-titré dénonçant le fascisme et mettant en vedette une jeunesse aux aspirations démocratiques.
On notera toutefois que le personnage de Jacky Toudic (tiens, il me semble avoir déjà entendu ce prénom) est sans doute l’un des plus désabusé croisé dans ses romans.
Le schéma est donc classique pour qui a déjà pu apprécier la prose de l’auteur. En dehors de ses sentences piquantes sur ses semblables, Jacky Schwartzmann aborde également le milieu du cinéma. Une corporation qu’il connaît pour avoir été lui-même scénariste. Les références y sont nombreuses, tout comme celles concernant la musique d’ailleurs.
Ça n’existe pas, les génies ! Il n’y a que des techniciens, qui font nos films pour nous. Prends Stanley Kubrick, il a fait quoi ? Orange mécanique ? Des pédés en collant orange qui boivent du lait et se donnent des coups de canne. Tu sais quel est le vrai produit, dans un film ? C’est la vedette masculine. C’est tout. C’est ça, ce qu’on vend ! C’est pour ça que les producteurs sont devenus des financiers de nos jours. Des petits trouducs sans aucune culture cinéma. Ils croient que Keyser Söze est un réalisateur tchèque ! Ils ne demandent pas « combien », ils demandent « qui ». Quelle star. Tu fais un remake de La Grande Vadrouille avec Dany Boon et Christian Clavier, tu le vends nom de Dieu !
Kasso, dans son intrigue, qui peine parfois à prendre le pas sur cette appétence à dégommer ses semblables et leurs travers, c’est l’éternelle histoire de l’arroseur arrosé. Un bon arnaqueur trouve toujours sur son chemin meilleur que lui. Jacky Schwartzmann la traite accompagné d’une galerie de personnages dont lui seul a le secret. À l’instar des meilleurs caricaturistes, il sait, en forçant le trait, en exagérant le défaut à bon escient, laisser apparaître ce qui lui tient à cœur et le rebute : la bêtise humaine.
Si on donne à quelqu’un les moyens de devenir complètement con, il le deviendra.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Si comme moi vous avez un petit faible pour cette forme de légèreté qu’est l’humour noir à travers lequel on rit jaune (les couleurs du polar), le combo gagnant se situe ces derniers temps quelque part entre Jacky Schwartzmann, Benoît Philippon et Sébastien Gendron.
les dix premières lignes...
Maman n’est pas morte. Ce serait mieux pour tout le monde, à commencer par elle. Cela m’arrangerait, aussi. Après deux mois à Toulouse, en déplacement professionnel, je viens à peine de réintégrer mon univers : la place de Lenche, dans le Panier. J’aime Marseille parce que les gens d’ici se foutent de tout. Et, passant le plus clair de mon temps en vadrouille, c’est ce à quoi j’aspire, quand je rentre. Qu’on se foute de moi, de ce que je peux faire, dire ou penser. Évoluer à Marseille est d’une simplicité déconcertante. Il suffit d’être capable d’aligner deux ou trois remarques sur l’OM, les veilles de match. Les lendemains, surtout. Au comptoir d’un bar, dans la file du tabac, dans le métro, enfin dans tous ces lieux où une conversation peut jaillir entre des inconnus, les performances des Phocéens sont omniprésentes. La grande question étant : est-ce que cette année on va pouvoir niquer Lyon ?
quatrième de couverture...
Après des années d’absence, Jacky Toudic est de retour à Besançon pour s’occuper de sa mère malade d’Alzheimer. Les vieux souvenirs et copains resurgissent. Les vieux travers aussi. En effet Jacky ne gagne pas sa vie comme les honnêtes gens. Son métier : faire Mathieu Kassovitz. Car Jacky est son sosie parfait, et vu que Jacky est escroc, ça fait un bon combo. Depuis des années, se faisant passer pour l’acteur, il monte des arnaques très lucratives. Ce retour au bercail pourrait être l’occasion de se mettre au vert, mais c’est compter sans sa rencontre avec la volcanique Zoé, avocate aux dents longues, qui en a décidé autrement.
« Depuis Regarde les Hommes Tomber, le film d’Audiard, tout le monde me demande si je suis Mathieu Kassovitz. Un jour, j’ai décidé de répondre oui. Et ça m’a ouvert beaucoup de possibilités ».
bio express...
Jacky SchwartzmannNé en 1972 à Besançon, Jacky Schartzmann grandit à Planoise, ballotté entre deux mondes depuis que ses parents ont divorcé alors qu’il avait cinq ans : milieu prolétaire côté paternel, bourgeoisie de province côté maternel.
Il poursuit des études dans la branche philosophie, celle de ceux qui ne savent pas où ils vont voler, mais veulent tout de même se servir de leur plume. Du coup il exerce les métiers alimentaires les plus variés comme barman, éducateur, pion, chef de rang (c’est plus sérieux), libraire, conseiller chez EDF, tout en se consacrant à l’écriture.
Premier roman en 2003, Public Enemy, lauréat du Prix du roman Policier de la Ville de Besançon, mais resté inédit à ce jour. Il faudra attendre 2008 et la parution de Bad Trip pour le trouver enfin en librairie, avant qu’il ne rachète lui-même une partie des derniers exemplaires avant qu’ils ne partent au pilon.
Retour aux affaires en 2016, avec Mauvais Coûts, inspiré par son passage dans le monde cynique de la grande entreprise et lauréat du Prix de la page 111.
Enfin sur les rails, il rejoint les éditions du Seuil pour Demain c’est Loin (2017) qui reçoit le Prix Amila-Meckert ainsi que le Prix Transfuge du meilleur espoir polar.
Suivent Pension Complète en 2018, Kasso trois ans plus tard, et Shit ! en 2023, finaliste pour le Grand Prix de Littérature Policière.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Mauvais Coûts
2016
Demain c'est Loin
2017
Pension Complète
2018
Shit !
2023
Habemus Bastard (T1 - L'Être Nécessaire)
2024
Bastion
2025

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