Donald Westlake
Le Couperet
Première édition : Rivages / Thriller - Novembre 1998
un avis personnel...
Publié le 31 août 2005
Burke Devore est sur le point de vérifier sa capacité à tuer. C'est un acte
qu'il n'a jamais commis mais il vient de décider qu'il était temps
d'agir, aussi s'est-il muni du vieux Luger ramené d'Allemagne par son
père à la fin de la Seconde Guerre mondiale : une sorte de trophée.
Nettoyage, lubrification, approvisionnement en cartouches neuves, tout
y passe, jusqu'au test de tir final, sur un arbre, en pleine nature.
L'ensemble est opérationnel, l'arme un peu plus que l'homme peut-être.
Reste à passer à l'acte...
Burke Devore était chef des ventes dans une entreprise liée à la fabrication de papier. Cadre moyen, plutôt une bonne place, jusqu'au jour où la conjoncture,
les restructurations, ont fait disparaître son poste, comme le quart
des effectifs de l'usine. Cinq mois pour se préparer, des indemnités
substantielles, quelques avantages... Comme beaucoup, au début, Burke
pensait que cette période de chômage ressemblerait à des vacances bien
méritées après vingt-cinq années de bons et loyaux services. Mais un an
plus tard il déchante : le monde du travail est surchargé de cadres
dans son genre à la recherche d'un emploi et tous se battent pour les
mêmes places.
À l'aide d'un stratagème savamment étudié, Burke Devore décide d'éliminer un à un tous ses concurrents directs pour un poste à sa mesure. Il a vérifié, organisé les moyens de mener à terme son entreprise, et maintenant... il appuie
sur la détente.
On entre dans ce roman comme dans du beurre, sans forcer, sans y prendre
garde, et on se laisse glisser goulûment à la découverte de ce
personnage de cadre au chômage qui déclare la guerre à son état.
L'écriture de Donald Westlake est limpide, elle coule telle une onde
claire, en toute simplicité.
L'auteur décrit le projet de son narrateur, puis sa mise en œuvre. Il nous fait épouser son raisonnement dans toute son horreur, dans sa logique implacable. Qui aurait l'idée de soupçonner un chômeur de s'en prendre à ses
congénères pour augmenter ses chances d'obtenir un poste ? Et c'est
bien justement cette implacable logique qui dérange...
Donald Westlake nous entraine dans un panégyrique de la déliquescence du monde du travail où les cadres, les cols blancs, rejoignent les cohortes
d'ouvriers, d'employés, délocalisés, licenciés pour cause de
rentabilité jugée médiocre, de coûts trop élevés, de dividendes
boursiers en baisse, de profits manquants... Pour Burke, il s'agit ni
plus ni moins que d'autodéfense face à une agression caractérisée...
L'auteur décrit les mécanismes de l'économie libérale, ses conséquences sur des millions de vie qu'elle ne respecte pas. Chaque concurrent est
l'occasion de dresser le portrait d'un drame banal, de vies qui
basculent, de couples qui se déchirent...
On peut regretter toutefois une intrigue trop linéaire, sans véritable
rebondissement ni "pirouette" finale. Donald Westlake déroule son
histoire, on avance de concert avec Burke Devore jusqu'à un "happy end"
un peu surprenant : quelle logique a poussé l'auteur à donner une fin
"heureuse" à son roman alors que, de toute évidence, on eut été en
droit de penser qu'elle fût plutôt tragique. Bizarrerie américaine ?..
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Le roman de Donald Westlake a été l'objet d'une adaptation
cinématographique signé Costa Gavras en 2005, avec notamment José
Garcia, Karine Viard, reçue moyennement par la critique.
Retrouvez toutefois une courte interview du réalisateur sur le site de Cinemovies.
Le roman quant à lui a été couronné par le Prix 813 roman étranger en 1999.
les dix premières lignes...
En fait je n'ai encore jamais tué personne, assassiné quelqu'un, supprimé
un autre être humain. Bizarrement, d'une certaine façon, j'aurais aimé
pouvoir en parler avec mon père, vu qu'il en avait l'expérience, qu'il
avait ce que nous appelons, dans le monde de l'entreprise, un bagage en
ce domaine de compétence : lui qui avait été fantassin pendant la
Seconde Guerre mondiale, qui avait "servi sous les drapeaux" en 44-45
et traversé la France lors de la dernière marche sur l'Allemagne, avait
visé, certainement blessé et plus probablement tué un grand nombre
d'hommes revêtus de lainage gris foncé, et fait preuve,
rétrospectivement, d'un grand calme par rapport à tout ça. Comment
savoir à l'avance que vous en êtes capable ? Là est la
question (...).
quatrième de couverture...
Cadre supérieur dans une usine de papier pendant vingt-cinq ans, Burke
Devore vient d'être licencié. Pas pour faute professionnelle. Non, il
est tout simplement victime des compressions, dégraissages,
restructuration. Avec la perte de son emploi, c'est toute l'existence
de Burke qui s'écroule. Pour retrouver ce "bonheur" qu'il estime avoir
mérité par son labeur, il est prêt à tout, même à franchir les
barrières de la morale. Mais quelle morale, au fait ?
Donald Westlake a choisi de faire le procès du monde terrifiant dans lequel
nous vivons, uniquement axé sur la course au profit. Il s'attaque au
problème du chômage sous un angle pour le moins inattendu.
bio express...
Donald WestlakeDonald Westlake est né de parents irlandais à New York en 1933, il commence à écrire des romans noirs dès le début des années 60. Son style se caractérise par une grande maîtrise du roman noir américain classique auquel il ajoute une dose d'humour.
Il est décédé le 31 décembre 2008.
édition(s)...
Rivages / Thriller
Novembre 1998
Rivages / Noir
2000
Rivages / Noir
Mars 2005
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
L'Assassin de Papa (361)
1962
Un Loup Chasse l'Autre
1964
Pierre qui Brûle (Pierre qui Roule)
1971
Place au Gang !
1974
V'là Aut' Chose ! (Jimmy the Kid)
1976
Personne n'est Parfait (La Joyeuse Magouille)
1978
Adios Shéhérazade
1985
Mauvaises Nouvelles
2002
Les Sentiers du Désastre
2006
Finie le Comédie
2014

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