Giorgio Scerbanenco
Péchés et Vertus
Première édition : 10/18 - Octobre 1992
un avis personnel...
Publié le 01 janvier 2006
Ces quatorze nouvelles sont sans doute la preuve la plus manifeste du talent de Scerbanenco.
Des récits noirs, humains, ciselés comme un travail d'orfèvre.
L'écriture
dans ces condensés de quelques dizaines de pages est à chaque fois pure
et tranchante, sans atermoiement ou fioriture.
Les personnages décrits sont terriblement justes, ils incarnent à chaque fois un trait, un penchant, péché ou vertu, avec une originalité étonnante.
L'avarice prend corps dans une belle jeune femme actrice de cinéma, bien loin des clichés habituels de vieillards au nez crochu assis sur leur tas d'or.
La gourmandise habite un homme délicieusement raffiné, qui jauge la vie
à l'aune des plaisirs papillaires... et la description de ces plaisirs
est plus sensuelle que tous les récits érotiques que l'on peut
imaginer.
Cette nouvelle sur l'espoir aussi, fabuleuse, qui met en scène deux jeunes de classes sociales différentes, tacitement interdits de se fréquenter car ça ne se fait pas. Pourtant, ils continuent d'y croire, toujours.
Et puis toutes les autres... la paresse de l'âme d'une femme encroutée
dans une vie bourgeoise ennuyeuse, l'orgueil d'une femme abandonnée qui
attend que son mari revienne, obstinément, la pureté d'une jeune fille
violée qui transcende la bassesse et le mépris....
Toutes ces nouvelles sont de purs régals pour les yeux, l'esprit, le cœur.
S'il n'y avait qu'un livre à lire de Scerbanenco, ça serait sans
conteste ces délicieux Péchés et Vertus.
L'essentiel de son talent y est rassemblé, l'essentiel aussi de l'humain, des
rapports entre les hommes et les femmes, de la sensualité, du vice,
habilement mêlés comme dans la vie. Pas de jugement moral sans intérêt,
pas de parti pris, juste la description fine de l'être humain.
À lire absolument !
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Si vous avez aimé l'écriture de Scerbanenco, vous le retrouverez avec plaisir, sur la longueur, dans ses romans.
Vous pouvez aussi découvrir ses autres recueils de nouvelles : Milan Calibre 9 (adapté au cinéma en 1972 par Fernando di Leo), Les Nymphettes Meurent Aussi, La Nuit du Tigre, N'Étranglez pas Trop, Profession Salopard.
les dix premières lignes...
Elle ne ressemblait même pas à une jeune fille en chair et en os mais, plus
exactement, à une de ces créatures que l'on voit, revolver au poing,
sur les couvertures des romans policiers avec des titres comme Les
Blondes Tirent d'Abord ou Poupée Calibre 9. Elle était aussi blonde que
ces blondes fictives, avec une robe si moulante que lorsque le juge la
pria de s'asseoir, on s'étonna de ne pas la voir se déchirer d'un coup
sec comme une voile sous les assauts d'un vent violent. Ses talons
étaient si hauts, si fins, que, même assise, après avoir juré de dire
la vérité, elle semblait plutôt prête à s'envoler qu'à s'évader. Le
rouge démoniaque de ses lèvres, le noir ravageur de ses yeux, la nacre
incroyable de ses ongles et l'énorme sac jaune fluo contre sa robe
blanche, incitaient tout le monde à penser la même chose, du juge au
public clairsemé, en passant par le photographe qui arpentait la salle
du tribunal guettant vainement l'apparition de l'inculpé (...).
quatrième de couverture...
Les récits de Scerbanenco se nourrissent d'une colère et d'une violence
directement issues d'une méchanceté qui les préserve de tous dangers de
bavure, complaisance ou minauderies. On y trouve aussi de l'amour, mais
plus encore une tension continue qui prévaut de la première page à la
dernière image.
bio express...
Giorgio ScerbanencoGiorgio Scerbanenco est né à Kiev en 1911, de mère italienne et de père ukrainien. Son père est fusillé par les bolcheviks et il est contraint de fuir avec sa mère qui décèdera à Rome peu de temps après. À l'âge de 16 ans, il émigre à Milan. Orphelin et sans argent, pour subsister, il travaille pour des journaux féminins, d'abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l'eau de rose.
Il se tourne vers le polar dans les années 50, en écrivant d'abord des nouvelles. Puis il a l'idée de créer "un type de flic italien et non pas seulement une version gauchement italianisée d'un Spade ou d'un Maigret". C'est ainsi que naît Duca Lamberti, ancien médecin radié de l'ordre pour euthanasie, qui collabore avec la police dès sa sortie de prison dans le premier roman de la série Vénus Privée.
Quatre romans mettent en scène ce personnage et c'est avec eux que Scerbanenco atteint à la reconnaissance internationale. Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968, pour À Tous les Râteliers (titre original : Tradittori di Tutti), second de la série des Duca Lamberti.
Scerbanenco est mort à 58 ans à Milan, alors qu'il commençait tout juste à atteindre à la renommée méritée de père du roman noir italien.
En 1996 en Italie a été créé un prix portant son nom, décerné au meilleur roman policier italien chaque année.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Vénus Privée
1967
A Tous les Rateliers
1968
Les Enfants du Massacre
1969
Le Sable ne se Souvient pas
2003
Les Amants du Bord de Mer
2005

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