Giorgio Scerbanenco
A Tous les Rateliers
Première édition : Plon / Série Policière - 1968
un avis personnel...
Publié le 01 mars 2006
Deuxième volet de la série des Duca Lamberti.
Duca est en pleine période de doute lorsqu'un jeune homme vient lui proposer
de se faire de l'argent en recousant le pucelage d'une jeune fille, qui
doit se marier sous peu à un homme qui la veut vierge.
Entrée en matière qui annonce bien la dualité de ce roman, entre sordide pur et ridicule consommé.
On y trouvera des personnages de malfrats aussi crétins que terrifiants, dont la cruauté n'a d'égale que la bêtise.
Et Duca part en guerre contre cette bêtise et cette méchanceté. Il
s'embringue dans une histoire incroyable, courant de bouchers en
trafiquants d'armes, pour finalement être surpris par la rédemption
finale, la candeur qui vient illuminer la fin de ce récit étant aussi
ahurissante que sa noirceur.
À tous les Râteliers, à un niveau plus approfondi que Vénus Privée,
plonge dans les contradictions et principes de l'esprit de Duca
Lamberti, personnage humain, voire humaniste à ses heures de bonté, qui
allie un cour gros comme ça à une intransigeance vis à vis de ce qu'il
considère comme des dérives.
Et cette croyance qui confère à la naïveté la plus touchante : Duca est
convaincu qu'il est beaucoup plus facile et raisonnable d'être honnête
que d'être un malfrat.
Et malgré tout ce qu'il voit, il n'en démord pas.
Au point de balayer les doutes, et de décider une bonne fois pour toutes
d'abandonner l'idée d'exercer à nouveau en tant que médecin, pour se
lancer dans une carrière de policier.
À l'occasion de ce roman, comme dans tous ceux de la série des Duca
Lamberti, Scerbanenco en profite au passage pour brosser un tableau
désespéré et désespérant de la police milanaise, où les policiers ont
les mains liées par la corruption et la politique, où ils sont payés
une misère pour se faire cracher dessus par à peu près tout le monde, y
compris les "honnêtes gens".
Il dépeint un système bardé d'idéalistes d'un côté, de cinglés de l'autre.
Et comme toujours, cette écriture..qui va au plus profond des choses.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Vous aimerez sans aucun doute toutes la série des Duca Lamberti, et notamment Les Enfants du Massacre, sans conteste le plus beau des quatre.
Et puis si l'envie vous prend de lire des récits plus courts, vous pouvez
fouiner du côté des nouvelles noires de Scerbanenco.
les dix premières lignes...
Elle arrêta la voiture à l'endroit exact, juste après avoir repéré le
curieux petit pont de fer gothique qui enjambait le canal. Elle se
retourna vers les deux personnes assises à l'arrière, les deux vieilles
personnes qu'elle devait tuer. "Je descends fumer une cigarette."
Gentiment, engourdis par un bon repas, ils lui dirent d'une voix
enrouée qu'elle avait raison, et libérés de sa présence, s'installèrent
comme pour dormir plus à l'aise. Vieillots et grassouillets, tous deux
portaient un imperméable blanc. La femme avait autour du cou une
écharpe de laine d'un havane verdâtre, qui la faisait paraître encore
plus grasse. Son visage faisait penser à une tête de grenouille.
Pourtant, elle prétendait avoir été très belle, autrefois, sans doute
avant la Seconde guerre mondiale. Et maintenant, elle allait y
passer (...).
quatrième de couverture...
Un jeune homme assez antipathique vient trouver Duca Lamberti, jeune
médecin radié de l'Ordre pour euthanasie, et lui demande,
tranquillement, de recoudre le pucelage d'une amie promise à un jaloux
coléreux, en échange d'un million de lires et de sa réintégration.
L'ancien médecin surmonte sa répugnance pour y voir de plus près.
Ce qu'il va découvrir l'obligera à réprimer une répugnance bien plus grande encore.
À tous les Râteliers a obtenu en 1968 le Grand Prix du Roman policier étranger.
bio express...
Giorgio ScerbanencoGiorgio Scerbanenco est né à Kiev en 1911, de mère italienne et de père ukrainien. Son père est fusillé par les bolcheviks et il est contraint de fuir avec sa mère qui décèdera à Rome peu de temps après. À l'âge de 16 ans, il émigre à Milan. Orphelin et sans argent, pour subsister, il travaille pour des journaux féminins, d'abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l'eau de rose.
Il se tourne vers le polar dans les années 50, en écrivant d'abord des nouvelles. Puis il a l'idée de créer "un type de flic italien et non pas seulement une version gauchement italianisée d'un Spade ou d'un Maigret". C'est ainsi que naît Duca Lamberti, ancien médecin radié de l'ordre pour euthanasie, qui collabore avec la police dès sa sortie de prison dans le premier roman de la série Vénus Privée.
Quatre romans mettent en scène ce personnage et c'est avec eux que Scerbanenco atteint à la reconnaissance internationale. Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968, pour À Tous les Râteliers (titre original : Tradittori di Tutti), second de la série des Duca Lamberti.
Scerbanenco est mort à 58 ans à Milan, alors qu'il commençait tout juste à atteindre à la renommée méritée de père du roman noir italien.
En 1996 en Italie a été créé un prix portant son nom, décerné au meilleur roman policier italien chaque année.
édition(s)...
Plon / Série Policière
1968
10/18 Gds Détectives
Février 1984
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Vénus Privée
1967
Les Enfants du Massacre
1969
Péchés et Vertus
1992
Le Sable ne se Souvient pas
2003
Les Amants du Bord de Mer
2005

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