(Alain Dreux-Gallou) A.D.G.
La Marche Truque
Première édition : Gallimard / Série Noire - Mars 1972
un avis personnel...
Publié le 03 décembre 2008
Une chronique de Émeric Cloche.
Lyrique dans le ton de la Série Noire, bourré de considérations poilantes et grinçantes. Parfois des phrases telles que « Bâfrons et que le diable nous protège » remontent de sales images (celle-ci me fait irrémédiablement penser à un couplet d’une chanson de la Waffen SS). Ici, on campe des politiciens pourris de vices et de crimes, les filles ont les yeux clairs et l’honneur se perd ; le monde d’avant où l’honneur chevaleresque et le respect régnaient, ou chacun était à sa place — un fantasme récurrent chez une partie de l’extrême droite, mais pas que… — est en ruine et le héros du bouquin est paumé dans l’époque contemporaine qui ne correspond pas à ses aspirations. A.D.G. manipule la provocation chère aux milieux d’extrême droite. On sent une fascination pour le baroudeur, le type qui fait sa route à l’écart de la société forcément corrompue.
Tout au long de La Marche Truque on suit un duo d’outsiders en cavale. Y en a un qu’est maquereau, y en a un autre que le gratin politicard voudrait bien effacer parce qu’il possède des documents sur une sinistre barbouzerie. Pour la narration, on passe du « je » au « il » suivant le point de vue (on pense à Pouy et son RN 86).
A.D.G. pourrait bien être qualifié, à l’instar de Céline, d’anarchiste de droite, mais bon les étiquettes c’est un peu facile... Quoi qu’on en dise il écrit avec un style sacrément costaud. Il métaphore à gogo :
Mon atelier énonça fièrement Clicheton en délourdant. Tellement profond que si les anges sonnaient leurs trompettes dedans pour annoncer l’omnibus pour Joséphat, on les entendraient pas.
Il calibre ses calembours et jeux de mots. Sans parler des néologismes bienvenus et de la poésie qui pète à la gueule au détour d’un paragraphe. De la poésie comme une mine posée là et BOUM sans que tu comprennes comment ça te touche, en plein dedans, au cœur. On ne s’ennuie pas à la lecture de La Marche Truque. Voilà tout.
Et puis agrémenté d'une baveuse aux petits oignons réservée aux intimes en compagnie d'un Chinon à araignée que le mec Rabelais il s'en relève la nuit pour s'en coller plein la hure.
Tout au long de La Marche Truque d’A.D.G. on croise le Yellow Submarine des Beatles, un slove, du Léo Ferré, La Lettre à Elise de Beethoven, Oh When the Saints, un duo piano & voix, un drôle de cantique, Yves Montand et Mozart. Le mélomane en sortira content.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Un Pouy tiens… Pourquoi pas Nous Avons Brûlé une Sainte.
les dix premières lignes...
Il avait ce sentiment de rater une marche dans le sommeil, la jambe partait, convulsive, rejetait la couverture réglementaire et il se réveillait en sursaut, cherchant instinctivement à rattraper sa chute, s’étonnant presque de ne pas sentir du gravier sous ses paumes, tâtant avec stupeur le carrelage poussiéreux de la cellule.
Haute Surveillance. Il n’était pourtant pas un homme dangereux malgré qu’on dise qu’il ait tué. On tue beaucoup plus parce qu’on a peur, presque jamais par méchanceté pure. D’ailleurs, les assassins de naissance n’étaient pas en prison et ne connaîtraient pas l’enfer. Juste les panthéons et les arcs de triomphes. Il savait qu’il lui faudrait s’évader pour aller jusqu’au bout de SA défense, pour jouer la conservation de tout ce en quoi il avait cru (…)
quatrième de couverture...
La chance m’a permis de faire la belle, moi, ex-blouson doré passé hareng, avec un vrai truand. On est devenus potes. Lui, il possède un chien, une fille et des papelards compromettants pour certaines personnes du beau monde. Moi, je n’ai que moi. Sans compter mon papa, un vieux vicelard d’avocat aussi célèbre que véreux. On a la planque, la bouffe et des espoirs sur des coups pognonneux. Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’être parfaitement rassurés ?
bio express...
(Alain Dreux-Gallou) A.D.G.D'après la présentation de l'éditeur (Le Dilettante) :
Né à Tours en 1947, A.D.G. (Alain Dreux Gallou) est devenu en une dizaine de romans — parus de 1971 à 1981 — l’un des maîtres du néo-polar français, à contre-courant de la pensée unique de l’après-68.
En 1972, paraît son premier roman « berrichon », La Nuit des Grands Chiens Malades, porté à l’écran par Georges Lautner sous le titre Quelques Messieurs trop Tranquilles. Il quitte alors son métier de brocanteur et de bouquiniste à Blois et s’installe à Paris, fait la connaissance d’Alphonse Boudard, devient le collaborateur de Michel Audiard et adapte pour la télévision le roman de Gaston Leroux, Chéri-Bibi.
En 1982, il part s’installer en Nouvelle-Calédonie, y écrit un gros roman d’aventures historiques, Le Grand Sud, et lance un journal anti-indépendantiste : Combat Calédonien. Le roman connut le succès, le journal les procès et les dettes.
Rentré à Paris en 1991, A.D.G. y meurt, le 1er novembre 2004.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Cradoque's Band
1972
La Nuit des Grands Chiens Malades
1972
Les Trois Badours
1972
Je Suis un Roman Noir
1974
Notre Frère qui Êtes Odieux...
1974
L'Otage est sans Pitié
1976
Le Grand Môme
1977
Balles Nègres
1981

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