(Alain Dreux-Gallou) A.D.G.
Notre Frère qui Êtes Odieux...
Première édition : Gallimard / Série Noire - Avril 1974
un avis personnel...
Publié le 18 février 2009
Une chronique de Émeric Cloche.
Tout au long de Notre Frère qui Êtes Odieux, ADG s’amuse avec son « rival » Manchette en laissant courir un running gag sur l’analyse de l’œuvre de l’écrivain :
Simon mit la radio, entendit qu’on causait de l’influence de Lacan dans l’œuvre de J.-P. Manchette et tourna le bouton jusqu’à ce qu’il trouve de la musiquette qui fait, tout ce que l’on voudra, bien moins mal à la tête.
Comme Manchette, il truffe ses romans de remarques et de piques contre la société capitaliste :
Tout ça pour justifier les rentrées miragineuses d’un casse tonnant dans un hôtel de Nice, un coffret au monte-en-l’air qui m’avait — enfin — permis de démarrer dans la vie. Merveilleuse société capitaliste qui permet à chacun de ses enfants d’avoir chance égale pour la réussite !
ADG fait partie des auteurs qui donnent clairement leur avis sur le monde qui les entoure. Le Breton, Manchette, l’An 1… on croisera une définition de la poésie… Une remarque tristement d’actualité sur le « délit d’outrage » :
Sur la scène, trois faisceaux bleu-blanc-rouge encadraient une effeuilleuse qui s’était faite la tête et le chapeau de Maâme Pompidou, ce qui était un fameux outrage à la femme du chef de l’État mais un tel délit n’existe pas, heureusement et faut vraiment avoir envie de faire marrer les gens pour imaginer des conneries pareilles.
Il égratigne — par l’intermédiaire de son narrateur — le « folklore polardeux » auquel Simon « qui brûle d’être arrêté pour voir son nom dans les journaux » adhère…
Moi je sais bien pourquoi ils tiennent tous à leurs brelicas, c’est à cause du cinoche, la posture élégante pour défourailler rapide, une séquelle des ouesternes renouvelés Melville. Las ! Ils verraient de vrais tireurs « à l’instinctive », du poulet virtuose comme Sasia, ils déchanteraient sur l’élégance, mes truands mignons : cul en arrière ainsi qu’une poule qui va pondre, accroupie comme un crapaud, les deux bras tendus, la plus pratique position à rien de rien d’esthétique. Illuses.
Comme dans La Nuit des Grands Chiens Malades où il utilise le « on » pour raconter, A.D.G. travaille sa narration en alternant de manière habile le « je » et le « il » ; ce changement de pronom personnel permet d'alterner les narrateurs et d’éclaircir l’histoire par endroits.
Beaucoup de musique : Stranger in the Night, Bruand, Mireille Mathieu, Sheila, Dalida, Claude François… Un Just a Gigolo qui permet au narrateur — qui, soit dit en passant, est un beau salop désabusé — une remarque raciste (chose plutôt récurrente chez les personnages d’ADG) :
Je tournai le bouton et tombai pile sur « Just a Gigolo » qui est une chanson admirable si vous voulez mon avis, quoique chantée par un nègre, mais on dira ce qu’on voudra des nègres, quand ils chantent, ils se foutent pas de la gueule du monde c’est senti et voilà mon avis. »
Mais c’est surtout la première fois que je croise un concerto de poubelle !
Et toujours les clins d’oeil multiples (on croisera Luj Inferman’ de Siniac), les jeux de mots :
Conseil inutile, le Bourgeois ne s’était jamais fait semer par personne, tout simplement parce que ses parents, quand il était moujinque, le traitaient sans arrêt de mauvaise graine.
Et un final terrible…
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
les dix premières lignes...
Simon était étendu à côté de la grosse putain, à peine repu. Jusqu’à un certain point, il n’avait guère confiance dans les femmes et on pouvait le comprendre. Depuis l’histoire de ce vieux Samson pourri avec sa gueule de raie et sa conne la mère Dalila qui profite de son sommeil pour lui chouraver son Colt ou quelque chose comme ça, qu’après ce vieux de con de père Samson, au lieu de s’argougner une chouette pépète à camembert Thompson ou un P. M. Uzi comme le mec sérieux qui connaît son boulot, il dessoude les affreux à coups de mâchoire d’âne, vous parlez d’un drôle d’outil, depuis donc l’histoire de ce vieux cave pourri, Simon craignait de pas pouvoir être totalement en confiance avec les grognasses et on verra qu’il avait bien raison (…)
quatrième de couverture...
Certes, les arcans, du chou, ils en ont, comme tout le monde, mais c’est du chou débile. C’est du moins ce que le présent et édifiant ouvrage tend à insinuer. Parce que réussir sans bavure un merveilleux casse "P.T.Tesque", pour finir dans la baille, après avoir été allumé par les poulets d’une part, les Yougos de l’autre et les "collègues" de la troisième, eh bien, ça ne s’explique pas uniquement par la cerise ou les bisbilles entre frangins flingueurs... Faut être doué pour !
bio express...
(Alain Dreux-Gallou) A.D.G.D'après la présentation de l'éditeur (Le Dilettante) :
Né à Tours en 1947, A.D.G. (Alain Dreux Gallou) est devenu en une dizaine de romans — parus de 1971 à 1981 — l’un des maîtres du néo-polar français, à contre-courant de la pensée unique de l’après-68.
En 1972, paraît son premier roman « berrichon », La Nuit des Grands Chiens Malades, porté à l’écran par Georges Lautner sous le titre Quelques Messieurs trop Tranquilles. Il quitte alors son métier de brocanteur et de bouquiniste à Blois et s’installe à Paris, fait la connaissance d’Alphonse Boudard, devient le collaborateur de Michel Audiard et adapte pour la télévision le roman de Gaston Leroux, Chéri-Bibi.
En 1982, il part s’installer en Nouvelle-Calédonie, y écrit un gros roman d’aventures historiques, Le Grand Sud, et lance un journal anti-indépendantiste : Combat Calédonien. Le roman connut le succès, le journal les procès et les dettes.
Rentré à Paris en 1991, A.D.G. y meurt, le 1er novembre 2004.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
Avril 1974
Carré Noir
Mars 1986
Folio Policier
Juin 2000
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Cradoque's Band
1972
La Marche Truque
1972
La Nuit des Grands Chiens Malades
1972
Les Trois Badours
1972
Je Suis un Roman Noir
1974
L'Otage est sans Pitié
1976
Le Grand Môme
1977
Balles Nègres
1981

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