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Pierre Siniac

Luj Inferman' et la Cloducque

Couverture

Première édition : Gallimard / Série Noire - Septembre 1971

Tags : Roman noir Comédie Road Polar Quidam Original Humoristique Argotique France Années 1970 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 20 octobre 2008

RecommandéLuj Inferman’, voix de phono des années vingt, silhouette mal ficelée d’un héros de film muet, s’en va vers la forêt d’Argonne question de ramasser quelques vieilleries de la Grande Guerre pour les revendre et se refaire une santé financière. Sur son chemin, assis sur un tronc de chêne un être bizarre, mi-homme mi-femme, à la stature de percheron : la Cloducque. Ce(cette) dernier(e) croque à pleines dents dans des oiseaux qu’il(elle) vient de choper dans un piège. Le sang gicle. C’est qu’il(elle) a l’air bouleversé(e). Faut le(la) comprendre : sa fille Citronnelle vient d’être kidnappée en hélico (?!?) quelques jours plus tôt… Elle serait enfermée dans un couvent d’Aix, dans le sud. Bon gré, mal gré, Luj va accompagner le phénomène de foire jusqu’à ce couvent, non sans avoir régulièrement tenté de le(la) semer, sans succès...

Siniac signe ici un récit cauchemardesque à la Las Vegas Parano, où l’on se demande si l’auteur n’est pas méchamment aviné ou en proie aux hallucinations d’un mauvais trip. On craint à tout moment voir Luj et la Cloducque bondir du livre pour s’en prendre au lecteur. L’itinéraire des compères est chaotique. La France est traversée, sans rationalisation aucune, de long en large par ces "Bidochons" du crime, ces "Deschiens" du guide Michelin des petites auberges à éviter. Si Jean-Paul Sartre avouait vouloir être un Stendhal doublé d’un Spinoza, ici Siniac devient un Céline dopé au LSD augmenté d’un Professeur Choron complètement ravagé par un delirium.

Road polar qui annonce une véritable apocalypse : l’antéchrist du polar, la Bête du roman noir . En effet, Luj et la Cloducque vont revenir hanter la série noire encore six fois dans un déluge infernal : les macchabées vont s’aligner, les tarés de la pire espèce vont être croisés, la société française va être littéralement dynamitée de l’intérieur, les clauses de style du roman noir vont êtres écrasées sous le derche hermaphrodite imposant de La Cloducque. « Triste époque hein ? Heureusement que la fin du monde commence à s’esquisser » dira Luj Inferman’. Gageons que les deux compères n’y seront pas pour rien !

Jouissif, effarant, méchant, bizarre et très très noir…



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Du même auteur : Les 401 Coups de Luj Inferman’, Les 5 Milliards de Luj Inferman’, Pas d’Ortolans pour la Cloducque.
Les romans de Louis-Ferdinand Céline, le théâtre de Beckett.
Au cinéma, Buffet Froid, de Bertrand Blier, ou encore Tueurs Nés, d'Oliver Stone.

les dix premières lignes...

Il est huit heures du matin et je suis planté frileusement au coin d’une rue de Paris, près de l’entrée des Catacombes, à me demander ce que je vais devenir.
D’après la façon dont les braves gens qui vont gratter me reluquent, je ne dois pas être beau à voir. Mais j’ai l’habitude ! (…)

quatrième de couverture...

Luj est un traîne-savate, râleur, paumé, sadique à ses heures, petit truand combinard, qui manifeste à l’égard de la société une implacable lucidité. Quant à la Cloducque, son créateur explique qu’il proviendrait d’un « vague rameau de l’arbre imposant et majestueux qui porte des gens comme Gargantua, Ubu, Oliver Hardy, le monstre de Frankenstein et les brutes obèses des burlesques américains ».

bio express...

Pierre Siniac Pierre SiniacVoir ci-dessous... Pas besoin d'en rajouter.
Juste une chose : Pierre Siniac est décédé en mars 2002.

Autoportrait paru sur le défunt www.romanpolicier.com
Né à Paris le 15 juin 1928. Mes parents étaient de petites gens, des artisans. Ma mère, franc-comtoise, était couturière et costumière de théâtre. Le véritable chef de famille, ce fut elle, d'où son influence totale. Les vacances d'enfance se passaient toujours en Franche-Comté. Donc, votre serviteur très marqué par ce climat, le caractère de cette province, la famille de ce côté-là, etc. La famille paternelle, méditerranéenne, nous était pratiquement inconnue, lointaine et sans influence. Mon père, outre quelques jobs au cours de sa jeunesse à Marseille, exerçait la profession de bottier. Ma mère disait à des gens : "Mon mari est dans la chaussure", et moi - anecdote - âgé de quatre ou cinq ans, je courais jeter un coup d'oeil dans le placard aux godasses. J'ai quitté l'école communale à 14 ans pour être embrigadé dans un CET (à l'époque : école professionnelle) : technicien pour les installations de chauffage central, dessin industriel, puis l'imprimerie, et je ne sais quoi encore. Une sorte de galère, je passais plutôt mes journées au cinéma. J'ai fait quatre ou cinq de ces écoles, je n'y restais jamais longtemps. J'ai navigué à droite et à gauche, voyagé, exercé pas mal de jobs divers, connu de tas de milieux (expérience enrichissante pour quelqu'un qui veut écrire).
Citons quelques-uns de ces boulots : secrétaire d'un mage marchand d'amulettes et autres gadgets attrape-cons figurant de cinéma, astrologue, assistant d'un généalogiste (je connais bien cette partie), emballeur, manouvre dans une briqueterie, garçon de courses, chauffeur, employé dans une blanchisserie de gros, caissier (assez longtemps) dans des abattoirs (La Villette, Vaugirard) - je m'y plaisais - OS quelques jours chez Citroën, sur une perceuse (poilant !), sans parler des travaux à la campagne, etc. etc. Ensuite une longue période stable dans le théâtre (le jour : partie administrative ; le soir : petits rôles sur scène, régisseur, aide-décorateur, accessoiriste, caissier, etc.) Quelques pièces écrites et représentées, ici ou là, dont une pièce surréaliste saluée par la critique mais qui ne fit pas un rond ! Voilà, en gros, mon parcours « bio ». J'en oublie.
Durant toutes ces années, j'écrivais, bien sûr (mon premier roman en 1938, à dix ans.) Mon premier ours publiable parut en juillet 1958 aux Editions de l'Arabesque, puis je suis entré à la Série Noire, en 1968, avec Les Morfalous , qui fit un sacré tabac, suivi de peu par un autre succès foudroyant : Les Monte-en-l'air Sont là ! Ecrivain à plein temps - aucune autre profession - depuis 67-68.

édition(s)...

Gallimard / Série Noire - Septembre 1971 Gallimard / Série Noire
Septembre 1971
Rivages / Noir - Juin 1999 Rivages / Noir
Juin 1999

du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

Le Casse-RouteLe Casse-Route
1969
Les Monte-en-l'Air Sont là !Les Monte-en-l'Air Sont là !
1970
Les 401 Coups de Luj Inferman'Les 401 Coups de Luj Inferman'
1972
Femmes BlafardesFemmes Blafardes
1981

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