James Crumley
Folie Douce
Première édition : Fayard - Octobre 2005
un avis personnel...
Publié le 01 mars 2006
Folie Douce commence doucement. Fin de match de softball pour une équipe de vétérans, contents d'avoir gagné, surpris, rajeunis. Et puis le docteur MacKinderick, affectueusement surnommé Mac jusqu'à nouvel ordre, a la bonne idée de confier une mission singulière à son pote de soirées arrosées : le détective privé CW Sughrue.
Les dossiers informatiques de ses sept patients en analyse de longue durée ont été piratés, il s'agit de retrouver qui l'a fait et pourquoi. Mac bien sûr reste très évasif, secret professionnel oblige. Facile. Néanmoins, Sughrue se lance sur la piste comme une chien fidèle, et ne tarde pas à se retrouver les quatre pattes dans les emmerdes.
Il semble qu'à chaque fois qu'il s'approche d'un des patients de Mac, un épisode sanguinolent salue son passage. Jusqu'à ce que Mac disparaisse, après avoir apparemment dessoudé l'une de ses analysées.
Celui qui abordera ce roman de Crumley en y cherchant une intrigue qui file droit, avec un début un milieu et une fin, en sera pour ses frais. Le fil de l'enquête de Sughrue se perd rapidement dans les méandres de la came, l'alcool, les brumes enfumées des bars et les parties de jambes en l'air pittoresques. C'est un foutoir savoureux. Une promenade au cœur des États-Unis, un voyage fou.
Les personnages mis en scène sont à peu près tous aussi cinglés que le narrateur, ou le deviennent au vu des événements. De gentils, de méchants, point. Tout le monde dans le même panier : femmes, hommes, victimes, tueurs, sadiques, repentis, flics, avocats et détectives.
C'est du polar hors du commun, qui explose les limites du genre, en montrant définitivement que l'on peut écrire n'importe quoi pourvu qu'on l'écrive bien.
Le style de Crumley est aussi familier que littéraire, aussi introspectif que détaché. C'est l'expression d'une âme de voyageur fou, balloté par les événements, avec juste la résistance nécessaire à la survie. Pas de super-héros, pas de sauvetage miraculeux du monde. Rien que les déambulations d'un type qui essaye de faire son boulot, qui essaye d'être à peu près fidèle à une amitié et à sa femme, même si finalement la fidélité ne paye jamais.
Le personnage de Sughrue a un côté Philip Marlowe, détective blasé et néanmoins actif, dans un univers qui le dépasse largement.
Savoureux, guignolesque, touchant.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Vous pouvez jeter un œil du côté des autres romans de Crumley.
Et puis pourquoi pas, aller revisiter les classiques en vous plongeant dans les romans de Chandler et son détective favori Philip Marlowe.
les dix premières lignes...
Pour ce long week-end de softball dans le Montana, au début du mois d'août, une pleine lune étincelante s'était levée au-dessus du mont Sentinel, maquillant de flammes argentées la gueule de Hellgate Canyon. On aurait dit une face d'idiot, cette lune, derrière son écharpe de brume sanglante. C'était un samedi soir paisible et charmant. Sous l'éclairage tamisé de la piscine du motel, l'eau chaude du jacuzzi en plein air, tout autour de nous, scintillait comme de l'argent liquide dans une casserole. La chaleur de l'après-midi avait été étouffante ; en direction du couchant, on distinguait encore sur l'horizon dentelé le flamboiement doré d'une tranche de soleil fondu. Mais l'air de ce début de soirée s'était rafraîchi assez rapidement pour que des tourbillons de vapeur s'élèvent au-dessus de l'eau. Pendant un moment, ce fut comme si la lune ascendante avait bâillonné la nuit (...).
quatrième de couverture...
C.W. Sughrue est revenu à Meriwether, sa petite ville du Montana, couvert de cicatrices : Les Serpents de la Frontière lui ont valu une balle dans le ventre et son mariage bat de l'aile. Le privé vieillissant n'a plus qu'une envie : se ranger des voitures pour se la couler douce. Surtout ne pas se mêler des affaires de son meilleur ami, le riche psychiatre William MacKinderick.
Pourtant, Mac a un gros problème : certains dossiers confidentiels de son cabinet ont été dupliqués. Convaincu qu'un de ses sept patients en analyse est coupable, il a besoin de quelqu'un de sûr pour pister cette bande d'excentriques. Tournant le dos à ses résolutions, Sughrue finit par accepter de l'aider et puis, on ne crache pas sur un acompte de 20 000 dollars. Mais la petite mission tranquille vire bientôt à la sarabande de macchabées.
Gavé d'alcool, de drogues et de sexe, Sughrue, plus teigneux mais aussi plus drôle que jamais, s'épuise à tenir à distance la folie qui le guette. Sa quête insensée exhume des pans entiers de son passé et diffère indéfiniment son retour à une vie normale.
bio express...
James CrumleyJames Crumley est né au Texas en 1939.
Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l'armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas.
Attiré par le poète Richard Hugo, comme d'autres écrivains de sa génération (Jim Welch, Bob Reid, Neil Mac Mahon, John A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 60.
Il s'essaye à la poésie et l'écriture de nouvelles, et anime des ateliers d'écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d'autres...
En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n'est publié qu'en 1969. Sur fond de guerre du Vietnam, ce roman raconte une histoire d'amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite.
« Jamais de polar pur et dur mais des ouvrages où le suspense et l'intrigue servent avant tout à nous faire pénétrer au plus profond des questionnements humains sur le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir. » , comme le dit Jean-Marie Wynants dans un article relatant la rencontre des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo avec la ville de Missoula et ses écrivains.
Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l'alcool coule à flot et où les écrivais sont une denrée incroyablement fréquente.
À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s'en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.
« On s'y sent bien, alors on y reste, c'est tout. Cette ville m'a adopté. Il y fait bon vivre, niché entre les montagnes du Montana. Il y a de tout chez nous. Même un policier-écrivain, comme Robert Sioms Reid : c'est un bon gars... même s'il est flic ! » , dit-il dans une interview accordée à Guillaume Chérel et Hervé Delouche.
En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l'enseignement. Il n'est pas fait pour ça. En revanche, il a l'écriture dans le sang. Il en parle d'ailleurs comme d'une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.
« En période d'écriture, je rêve de ce que j'écris toutes les nuits. Si je travaille trop longtemps, je plane littéralement parce que ça marche, alors je dépasse mes 4, 5 heures de travail quotidiennes. Ça peut aller jusqu'à 7 ou 8 heures. Mais après, je suis tellement excité que je ne peux plus dormir pendant 2 ou 3 jours. La sensation de ce trip dans l'écriture est géniale, j'adore ça. Mais après c'est terrible, très dur. Comme pour un camé en pleine descente. »
James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 18 septembre 2008.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Le Dernier Baiser (Le Chien Ivre)
1980
Fausse Piste
1988
La Danse de l'Ours
1994
Le Canard Siffleur Mexicain
1994
La Contrée Finale
2002
Les Serpents de la Frontière
2021

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