James Crumley
Fausse Piste
Première édition : Christian Bourgois - 1988
un avis personnel...
Publié le 22 juin 2008
Une chronique de Caroline de Benedetti .
La première aventure de Milodragovicth débute comme un vieux classique de privé. Détective alcoolique, bureau miteux et belle cliente qui vient toquer à la porte pour retrouver son jeune frère.
Mais il y a toujours quelque chose qui met ces romans à part. L’écriture de Crumley d’abord, celle qui m’avait tant plu dans La Danse de l'Ours, ses descriptions et tournures de phrases.
Je retournai derrière mon bureau m’envoyer une nouvelle lampée de whisky et ouvris un pot de yaourt à la myrtille. Moi, je surveille ma ligne : pour rien au monde je ne voudrais avoir l’air d’un ivrogne.
Plus que d’ordinaire dans ce genre, l’alcool est un thème central du roman. Le verre de whisky n’est pas juste un décor dans la main du détective. Milo est un ivrogne au milieu de soulards, un fils d’alcoolique qui trempe dans son vice, l’explore et le pense, ultime lien avec ce père suicidé. Un sacré personnage à découvrir.
J’ai eu l’impression d’un gros flottement au milieu du bouquin, une enquête qui tourne un peu en rond (ou bien est-ce mon cerveau de lectrice ?), avant d’être de nouveau happée par l’histoire. Faut dire qu’entre le pauvre truand incapable marié à une femme de la mafia, la fille qui montre son cul aux touristes, et le flic désespérément intègre, on a là tout un panel de paumés attachants, vus par le regard dur de notre privé en mal d’amour. Une pirouette finale encore une fois incroyable, et on se demande si sa vie va vraiment s’arranger.
Pour vieillir, faut déjà se souvenir. Et moi, je me souviens même pas de ce qui s’est passé ce matin.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Les autres aventures de Milo, bien sûr, comme La Danse de l'Ours. Ou encore un autre de ses personnages, Sughrue. Ou bien une autre réussite sur le thème du détective : le détective manchot de Michael Collins dans Rosa la Rouge, mon préféré.
les dix premières lignes...
Les temps et les gens changent, même les lois changent, et là, aucune indemnité n’est prévue. Durant presque quatre-vingts ans, la seule façon de divorcer par chez nous, c’était d’accuser sa moitié d’adultère ou mieux, de la prendre sur le fait. Rien d’autre ne valait, pas même la folie ou les violences physiques. Et depuis dix ans que j’avais démissionné de mon poste d’adjoint au shérif, j’avais bien gagné ma vie grâce à cette législation antédiluvienne (…)
quatrième de couverture...
Quand on est pauvre avec un héritage bloqué par testament jusqu’à l’âge de cinquante-trois ans et que l’on vient de perdre l’essentiel de son gagne-pain quotidien, on ne crache plus dans la soupe. Milo Milodragovitch, rejeton maudit de ce qui fut une famille importante de Meriwether (Montana), ne peut qu’accepter l’offre d’Helen Duffy. Retrouver un frère innocent, gentil garçon raisonnablement de gauche et passionné d’armes à feu, disparu dans un incendie, n’est pas si compliqué. Surtout si la demande émane d’une femme à ce point démunie qu’elle en devient troublante. Le vice, la haine et la violence ne sont pourtant pas loin. La laideur cache son jeu et les morts s’amoncellent. Qui ment et pour quelles raisons ? À coucher avec ses clients, Milo ne verra que trop tard ce qu’il avait sous le nez…
bio express...
James CrumleyJames Crumley est né au Texas en 1939.
Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l'armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas.
Attiré par le poète Richard Hugo, comme d'autres écrivains de sa génération (Jim Welch, Bob Reid, Neil Mac Mahon, John A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 60.
Il s'essaye à la poésie et l'écriture de nouvelles, et anime des ateliers d'écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d'autres...
En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n'est publié qu'en 1969. Sur fond de guerre du Vietnam, ce roman raconte une histoire d'amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite.
« Jamais de polar pur et dur mais des ouvrages où le suspense et l'intrigue servent avant tout à nous faire pénétrer au plus profond des questionnements humains sur le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir. » , comme le dit Jean-Marie Wynants dans un article relatant la rencontre des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo avec la ville de Missoula et ses écrivains.
Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l'alcool coule à flot et où les écrivais sont une denrée incroyablement fréquente.
À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s'en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.
« On s'y sent bien, alors on y reste, c'est tout. Cette ville m'a adopté. Il y fait bon vivre, niché entre les montagnes du Montana. Il y a de tout chez nous. Même un policier-écrivain, comme Robert Sioms Reid : c'est un bon gars... même s'il est flic ! » , dit-il dans une interview accordée à Guillaume Chérel et Hervé Delouche.
En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l'enseignement. Il n'est pas fait pour ça. En revanche, il a l'écriture dans le sang. Il en parle d'ailleurs comme d'une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.
« En période d'écriture, je rêve de ce que j'écris toutes les nuits. Si je travaille trop longtemps, je plane littéralement parce que ça marche, alors je dépasse mes 4, 5 heures de travail quotidiennes. Ça peut aller jusqu'à 7 ou 8 heures. Mais après, je suis tellement excité que je ne peux plus dormir pendant 2 ou 3 jours. La sensation de ce trip dans l'écriture est géniale, j'adore ça. Mais après c'est terrible, très dur. Comme pour un camé en pleine descente. »
James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 18 septembre 2008.
édition(s)...
Christian Bourgois
1988
10/18
Septembre 1999
Folio Policier
Avril 2006
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Le Dernier Baiser (Le Chien Ivre)
1980
La Danse de l'Ours
1994
Le Canard Siffleur Mexicain
1994
La Contrée Finale
2002
Folie Douce
2005
Les Serpents de la Frontière
2021

vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !