James Crumley
Le Dernier Baiser (Le Chien Ivre)
Première édition : Fayard - 1980
un avis personnel...
Publié le 01 mars 2006
Il est des romans qui vous font voyager bien au-delà des kilomètres parcourus. Il est des auteurs qui vous parlent bien au-delà des mots qu'ils emploient. Le Dernier Baiser et James Crumley sont de ceux-là.
C'est en compagnie du détective C.W. Sughrue et sur les traces de l'écrivain Abraham Trahearne que s'ouvre le récit, la balade plutôt, le voyage, qui les verra traverser l'ouest américain et y écumer les bars avant que la cliente, l'épouse, ne récupère son mari, avant que Sughrue ne bifurque aussi et ne parte à la recherche d'une jeune fille disparue depuis dix ans et que tout le monde croit morte. Sauf sa mère...
Ne cherchez pas à découvrir le coupable, il est tout désigné : c'est cette chienne de vie ! À travers des personnages hauts en couleur – sans doute est-ce parfois dû à un léger abus d'alcool – James Crumley parle tout simplement d'elle, qui jamais ne se laisse faire, et tout ça dans un style on ne peut plus direct, fulgurant, avec des dialogues on ne peut plus justes.
Bien sûr ses protagonistes sont un peu décalés, c'est le moins qu'on puisse dire, bien sûr on ne rencontre pas tous les jours un écrivain affublé d'un chien alcoolique, c'est certain. Mais justement ! Alors ne boudons pas notre plaisir.
Ce Dernier Baiser, dont la légende (?) dit que son auteur travailla son premier chapitre durant dix-huit mois avant d'en être satisfait, est un chef d'œuvre, tout simplement.
de mettre un terme à tout ça, voulant prolonger le plaisir encore un peu.
Le Commentaire de Sophie
Roman fleuve, débraillé, bordélique, comme tous ceux de Crumley.
Dans la bonne vieille tradition du roman noir, avec un détective alcoolique mené en bateau de A à Z, fataliste, et terriblement compréhensif sous des dehors d'ours mal léché.
C.W. Sughrue est embauché par Catherine Trahearne, pour retrouver son bon à rien d'ex-mari, écrivain à succès en panne d'inspiration et alcoolique à plein temps. CW court après Abraham pendant trois bonnes semaines avant d'arriver à lui mettre la main dessus, accoudé à un zinc et flattant l'échine d'un bouledogue alcoolique, lui aussi.
Le roman s'ouvre, comme La Danse de l'Ours, sur une scène hallucinante de baston, pecnos contre détective, tavernière planquée sous le comptoir, et écrivain récoltant une balle perdue.
Tout ça semble simple, compréhensible. Malheureusement pour CW, Rosie, la tenancière du bistrot lieu de la tragédie, lui demande de jeter un œil ou deux pour retrouver la trace de sa fille disparue depuis dix ans.
Comme d'autres mâles avant lui, CW se lance à la poursuite de cette beauté qu'était Betty Sue Flowers, fouinant dans les anciennes communautés hippies, les coins glauques, demandant des renseignements à toutes sortes de gens peu recommandables.
Et par la même occasion, il met son nez dans une embrouille tout ce qu'il y a de désespérante.
Parallèlement, il joue les nounous pour Abraham Trahearne, et côtoie d'un peu trop près les différentes femmes frayant dans la vie du grand homme.
Peut-être cinquante ou cent pages de trop dans ce polar mené vitesse grand V. L'intrigue se perd un peu sur la fin, à se demander si l'auteur n'a pas été saisi d'une crise aigue de nostalgie, l'empêchant de mettre un terme à tout ça, voulant prolonger le plaisir encore un peu.
Mais malgré tout, c'est du très bon.
Et toujours un grand plaisir de replonger dans l'univers bordélique et adorable de Crumley.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
The Last Good Kiss a paru aux États-Unis en 1978 avant de connaître une traduction française sous le titre Le Chien Ivre, sortie chez Fayard et aujourd'hui épuisée. Il sera réédité en 1986 chez 10/18 comme Le Dernier Baiser qui est de même épuisé, mais rassurez-vous, il se murmure qu'une sortie prochaine est prévue dans la collection Folio Policier (d'ailleurs, c'est désormais chose faite).
Et pour aller chercher du côté des racines, un bon Chandler des familles vous ravira sûrement...
les dix premières lignes...
Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d'une superbe journée de printemps. Trahearne en était à près de trois semaines de foire et de ballade, et avec ses fringues kaki toutes fripées, le grand homme ressemblait à un vieux soldat au bout d'une longue campagne qui essaierait de faire durer ses bières pour faire passer le goût de mort qu'il avait dans la bouche (...).
quatrième de couverture...
« Tu pourrais t'amener ici dimanche comme ça sur un coup de tête.
Disons que ta vie ne tient plus le choc, le Dernier baiser qui a compté pour toi c'était il y a des années.
Tu marches dans ces rues tracées par des fous.
Tu passes devant des hôtels qui n'ont pas tenu le coup. Pas comme les bars, les rois du volant du coin se donnent bien du mal juste histoire d'accélérer leur vie.
Il n'y a que les églises qui soient entretenues.
La prison a fêté ses soixante-dix ans cette année.
Son unique pensionnaire s'y trouve toujours, il ne sais toujours pas ce qu'il a fait pour... »
Richard Hugo
Gris dégradé à Philipsburg
bio express...
James CrumleyJames Crumley est né au Texas en 1939.
Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l'armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas.
Attiré par le poète Richard Hugo, comme d'autres écrivains de sa génération (Jim Welch, Bob Reid, Neil Mac Mahon, John A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 60.
Il s'essaye à la poésie et l'écriture de nouvelles, et anime des ateliers d'écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d'autres...
En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n'est publié qu'en 1969. Sur fond de guerre du Vietnam, ce roman raconte une histoire d'amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite.
« Jamais de polar pur et dur mais des ouvrages où le suspense et l'intrigue servent avant tout à nous faire pénétrer au plus profond des questionnements humains sur le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir. » , comme le dit Jean-Marie Wynants dans un article relatant la rencontre des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo avec la ville de Missoula et ses écrivains.
Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l'alcool coule à flot et où les écrivais sont une denrée incroyablement fréquente.
À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s'en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.
« On s'y sent bien, alors on y reste, c'est tout. Cette ville m'a adopté. Il y fait bon vivre, niché entre les montagnes du Montana. Il y a de tout chez nous. Même un policier-écrivain, comme Robert Sioms Reid : c'est un bon gars... même s'il est flic ! » , dit-il dans une interview accordée à Guillaume Chérel et Hervé Delouche.
En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l'enseignement. Il n'est pas fait pour ça. En revanche, il a l'écriture dans le sang. Il en parle d'ailleurs comme d'une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.
« En période d'écriture, je rêve de ce que j'écris toutes les nuits. Si je travaille trop longtemps, je plane littéralement parce que ça marche, alors je dépasse mes 4, 5 heures de travail quotidiennes. Ça peut aller jusqu'à 7 ou 8 heures. Mais après, je suis tellement excité que je ne peux plus dormir pendant 2 ou 3 jours. La sensation de ce trip dans l'écriture est géniale, j'adore ça. Mais après c'est terrible, très dur. Comme pour un camé en pleine descente. »
James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 18 septembre 2008.
édition(s)...
Fayard
1980
10/18 Gds Détectives
Décembre 1986
Folio Policier
Avril 2006
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Fausse Piste
1988
La Danse de l'Ours
1994
Le Canard Siffleur Mexicain
1994
La Contrée Finale
2002
Folie Douce
2005
Les Serpents de la Frontière
2021

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