Jean-Patrick Manchette
La Position du Tireur Couché
Première édition : Gallimard / Série Noire - 1981
un avis personnel...
Publié le 30 septembre 2005
L'œuvre de Manchette a été analysée, disséquée, chacun de ses romans a fait
l'objet d'études et je ne vais pas ici écrire un chapitre
supplémentaire de cette hagiographie ; je n'en ai ni les capacités, ni
les moyens. Ce que je peux tenter, c'est de vous donner envie de vous
plonger dans ce dernier roman achevé de la courte, mais intense,
carrière de cet auteur.
Jean-Patrick Manchette met ici en scène un tueur professionnel, Martin Terrier, qui se fait
appeler Christian dans son organisation, et qui, après une dernière
mission menée à bien, avec son sang-froid habituel, sa méticulosité, sa
détermination, décide de raccrocher. Il tient ainsi une promesse
vieille de dix ans faite à l'amour de sa vie. Le problème est que son
employeur, un certain M. Cox, ne l'entend pas de cette oreille et n'a
aucune envie de se séparer d'une telle recrue.
Comme le plus souvent dans les romans de Manchette, l'intrigue est d'une
simplicité déconcertante, toute linéaire, et on est loin des enquêtes
tarabiscotées aux multiples rebondissements qui fleurissent aujourd'hui
et qui masquent parfois l'absence de propos. Tout l'intérêt des
intrigues de Manchette tient au traitement qu'en fait l'auteur, au
cadre qu'il leur donne et au dépouillement de son style qui atteint ici
des sommets.
Voici l'histoire simple d'un homme à l'enfance dure, qui a vécu les humiliations dues aux différences de
classes sociales, mais qui s'est donné dix ans pour réussir, pour
devenir "respectable" aux yeux de ceux qui l'avaient rejeté et
"mériter" ainsi sa dulcinée. Martin Terrier ne brille pas par son
intelligence, c'est un naïf, endurci par la vie, mais il est allé au
terme de son projet et est prêt pour une juste retraite auprès de son
amour :
- Ce que j'avais dans l'idée au début (...) quand je comptais juste que j'allais arriver et t'emmener (...) c'était un pays assez primitif, un bon climat, une monnaie faible, des rapports de gentillesse entre les gens.
- Ça existe, ça ?
Sauf que le système qui l'a nourri, celui des mercenaires, des tueurs
étatisés, ne veux pas le lâcher et que, telle une machine infernale,
entend bien encore lui soutirer sa sève, jusqu'à le dernière goutte.
Magouilles et hypocrisie sont au rendez-vous, et toujours ce style
acéré, incisif, épuré, qui fait merveille...
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Manchette a ouvert la voie à un renouveau du polar français, il l'a dépoussiéré, l'a fait coller à la réalité, et nombreux sont ceux qui, depuis, on suivi ses traces. N'oubliez pas de lire Nada, mais vous pouvez aussi, par exemple, vous pencher sur le cas Thierry Jonquet, ou celui de Jean-Bernard Pouy..
les dix premières lignes...
C'était l'hiver et il faisait nuit. Arrivant directement de l'Arctique, un vent
glacé s'engouffrait dans la mer d'Irlande, balayait Liverpool, filait à
travers la plaine du Cheshire (où les chats couchaient frileusement les
oreilles en l'entendant ronfler dans la cheminée) et, par-delà la glace
baissée, venait frapper les yeux de l'homme assis dans le petit fourgon
Bedford. L'homme en cillait pas.
Il était grand mais pas vraiment massif, avec un visage calme, des yeux bleus, des
cheveux bruns qui lui recouvraient juste le bord supérieur de
l'oreille (...).
quatrième de couverture...
Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour
changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite.
Après avoir pratiqué dix ans le métier d'assassin, fait sa pelote et
appris les bonnes manières, il allait rentrer au pays retrouver sa
promise et faire des ronds dans l'eau... Mais pour se baigner deux fois
dans le même fleuve, il faut que beaucoup de sang passe sous les ponts.
bio express...
Jean-Patrick ManchetteNé en décembre 1942 à Marseille, Jean-Patrick Manchette tombe très vite dans le militantisme en luttant activement contre le guerre d'Algérie puis en rejoignant, au début des années soixante, les rangs de l'extrême gauche et des situationnistes chers à Guy Debord.
Passionné par le jazz (tendance free), le cinéma, le polar américain, il commence à écrire des scénarios, notamment pour Max Pecas ou la télévision. Il entre en littérature avec Laissez bronzer les Cadavres et L'Affaire N'Gusto et révolutionne le polar français, plus habitué, à l'époque, aux gentils gangsters qu'à la critique sociale. Il est considéré comme l'inventeur du "néo-polar".
Jean-Patrick Manchette a également été le traducteur de Donald Westlake, a travaillé avec des auteurs de bandes dessinées (Jacques Tardi, entre autres, avec Griffu) ou pour le cinéma en participant à l'écriture de scénarios dans les années 80 (La Guerre des Polices, La Crime).
Il décède en juin 1995 à Paris des suites d'un cancer, laissant derrière lui une dizaine de romans et une influence prépondérante sur l'avenir du polar français.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
1981
Gallimard / Série Noire
Mai 1995
Carré Noir
Novembre 1985
Folio Policier
Octobre 1998
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Laissez Bronzer les Cadavres
1971
L'Affaire N'Gustro
1971
Nada
1972
L'Homme au Boulet Rouge
1972
Morgue Pleine
1973
Le Petit Bleu de la Côte Ouest
1976
Que d'Os !
1976
Fatale
1977

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