Jean-Patrick Manchette
Que d'Os !
Première édition : Gallimard / Série Noire - 1976
un avis personnel...
Publié le 14 septembre 2008
Eugène Tarpon, ancien gendarme, enquêteur privé à Paris se voit adresser une cliente par l'officier de police Coccioli, lequel lui a conseillé de prendre l'argent et de ne rien faire. Sa fille aveugle, la trentaine, a disparu depuis un mois. Tarpon, parallèlement sur une affaire de vol dans une pharmacie, commence à enquêter sur cette disparition, reçoit de la visite — la jeune femme a rejoint son amoureux à l'étranger, pour preuve, une lettre en braille —, voit la tête de sa cliente exploser sous l'impact d'une balle dans la Salle des pas perdus de Saint Lazare où elle lui avait donné rendez-vous.
Se retrouvent dans ce second opus des aventures de Tarpon le groupe de personnages constitué dans Morge Pleine. Jean-Baptiste Haymann journaliste à la retraite, et Charlotte Malrakis (alias Memphis Charles) accompagnent dans ses investigations « LE « PRIVE » DEMENT ».
À nouveau, Manchette mêle deux intrigues, leurs époques et leurs background. L'une est un leurre — quoique ce ne soit pas si simple —, mais laquelle : la piste qui mène à un ancien milicien du Parti National Breton (PNB), sensé avoir été tué en 44 par des partisans basques — accessoirement père de Philippine Bigot, la disparue — ; celle de la corruption policière liée à une bande de truands qui semblent liées à la disparition.
Envolée de l'OP sur ce sujet :
— Écoutez, Tarpon, a dit Coccioli, arrêtez de m'emmerder. Vous ne comprenez pas comment ça se joue. Nous sommes entre policiers, nous sommes entre camarades, il y a des choses... Écoutez, la police fait son boulot ; et puis il y a de petites coteries qui se forment, parce que ce n'est pas toujours un boulot propre, de petites coteries se forment entre des gens qui ont le même cadavre dans le même placard, vous comprenez ça, nom de Dieu ? Et ceux qui sont à l'extérieur de la coterie sont vaguement au courant, et ça ne va pas plus loin, on ne s'occupe même pas vraiment de savoir où commence la coterie et où elle s'arrête.
— De sorte, ai-je dit, que vous ne savez même pas si vous êtes dedans ou dehors, vous personnellement, Coccioli. C'est bien pratique.
Tarpon accumule les armes, blesse et tue, conduit à contresens sur le périphérique, fait les yeux doux à une femme mariée. La scène finale est à l'image du personnage de Tarpon, et à la hauteur du roman, entre surréalisme et burlesque, à peine croyable et pourtant.
Plus léger, mais non moins amer que ses romans noirs, Que d'Os ! est une perle d'humour — noir —, et si le cynisme de l'auteur s'y fait plus discret, il demeure sous-jacent, mordant.
Mais alors j'ai précisément saisi l'organe petit et malpropre (il y avait du vin dessus) de Brigneau (c'est-à-dire Minute). J'ai affirmé que j'étais heureux de rencontrer un couple à qui l'organe de Brigneau donnait du plaisir. J'ai prétendu qu'il en était de même pour moi. En parlant, je brandissais le petit organe froissé de Brigneau pour donner plus de force à mes paroles.
Quant à la langue de Manchette, elle est incomparable, entre argot et registre recherché, sans parler de son utilisation de la négation.
Je suis revenu à moi et j'ai rigolé. Mes sensations vaguaient. J'étais aboulique. J'avais la langue saburrale comme une wassingue sale et le front halitueux. Mes perceptions étaient lacinitées et il me semblait que je baignais dans du galipot. J'étais vachement labile et quand Charlotte m'a eu fait lever, ce n'était ni le pied ni les oaristys, de sorte que j'ai méchamment jaboté et même crié raca sur elle, en titubant comme un ophite. Bref, vous voyez le tableau, et que j'étais camé comme un bœuf.
Une nouvelle fois Jean-Patrick Manchette est bluffant.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Les autres romans de Manchette.
les dix premières lignes...
Le téléphone a sonné. J'ai fait un sourire d'excuse et j'ai déclroché.
— Cabinet Tarpon, ai-je dit cauteleusement.
— C'est vous, Tarpon, oui ? Coccioli à l'appareil. Officier de police Coccioli. Vous me remettez, oui (…)
quatrième de couverture...
Pas marrant, le boulot, quand on s’appelle Tarpon (Eugène, Louis, Marie), qu’on est ancien gendarme et détective privé à Paris, France. Jusqu’au jour où il se met à pleuvoir des aveugles en cavale, des Bretons nazis, des Espagnols de l’armée en déroute et des bonzes déchaussés. Là, le boulot devient drôle. Voire mourant.
bio express...
Jean-Patrick ManchetteNé en décembre 1942 à Marseille, Jean-Patrick Manchette tombe très vite dans le militantisme en luttant activement contre le guerre d'Algérie puis en rejoignant, au début des années soixante, les rangs de l'extrême gauche et des situationnistes chers à Guy Debord.
Passionné par le jazz (tendance free), le cinéma, le polar américain, il commence à écrire des scénarios, notamment pour Max Pecas ou la télévision. Il entre en littérature avec Laissez bronzer les Cadavres et L'Affaire N'Gusto et révolutionne le polar français, plus habitué, à l'époque, aux gentils gangsters qu'à la critique sociale. Il est considéré comme l'inventeur du "néo-polar".
Jean-Patrick Manchette a également été le traducteur de Donald Westlake, a travaillé avec des auteurs de bandes dessinées (Jacques Tardi, entre autres, avec Griffu) ou pour le cinéma en participant à l'écriture de scénarios dans les années 80 (La Guerre des Polices, La Crime).
Il décède en juin 1995 à Paris des suites d'un cancer, laissant derrière lui une dizaine de romans et une influence prépondérante sur l'avenir du polar français.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
1976
Gallimard / Série Noire
Février 1997
Carré Noir
Juillet 1983
Folio
1988
Folio
Octobre 1996
Folio Policier
Mai 2000
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Laissez Bronzer les Cadavres
1971
L'Affaire N'Gustro
1971
Nada
1972
L'Homme au Boulet Rouge
1972
Morgue Pleine
1973
Le Petit Bleu de la Côte Ouest
1976
Fatale
1977
La Position du Tireur Couché
1981

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