La Dame dans le Lac

Raymond Chandler

Gallimard / Série Noire - Novembre 2023 - Traduction (anglais) : Nicolas Richard

Tags :  Hard Boiled Roman d'enquête Détective privé Los Angeles Années 1940 Moins de 250 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 07 décembre 2023

Recommandé À Los Angeles, le détective Philip Marlowe se présente chez le directeur de la parfumerie Gillerlain, un certain Derace Kingsley, hautain et dédaigneux, qui a fait appel au shérif local pour trouver un homme de confiance à qui confier une mission discrète : retrouver sa femme Crystal qui a disparu depuis un mois.
Elle aurait fui vers le Mexique pour épouser son amant, Chris Lavery, selon un télégramme reçu par son mari, mais il semble bien que l'homme concerné ne soit pas au courant. La dernière fois qu'on l'a vue en chair et en os, elle résidait dans un luxueux chalet isolé, du côté de Puma Point.
À Puma Point, Marlowe rencontre Bill Chess, sorte de gardien solitaire porté sur la boisson et passablement soupe au lait. Autour d'un verre, il apprend que ce dernier a eu une aventure avec Crystal Kingsley, n'ayant pas su résister à ses avances, ce qui a provoqué le départ précipité de sa femme, Muriel, il y a un mois.
Les deux hommes visitent le chalet des Kingsley, puis font le tour du lac avant de découvrir un cadavre immergé, celui de la femme du gardien...
Alors que le shérif Patton entre bientôt en scène, il apparaît que l'identité de Muriel Chess n'est pas clairement définie et qu'un flic nommé De Soto lui ait couru après en tant que Mildred Haviland. L'affaire se complique...
Reste que pour Marlow et son client, Muriel Chess n'est pas l'objet de leurs investigations. Sauf, bien sûr, si elle avait quelque chose à voir avec la disparition simultanée de Crystal Kingsley.

En version originale, il s’agit de la quatrième apparition du détective Philip Marlowe dans l’œuvre de Raymond Chandler, mais ce fut la première dans l’ordre de parution en France, en portant fièrement en 1948 le numéro 8 de la toute nouvelle collection Série Noire, dirigée par Marcel Duhamel. La traduction originale fut confiée à Michèle et Boris Vian, et on sait aujourd’hui à quel point le « grand » Marcel avait une fâcheuse tendance à traficoter les textes qu’il proposait à ses lecteurs, pratiquant la « coupe » et l’adaptation pour « coller » au format désiré.
Pour être tout à fait honnête, lorsque je me suis mis en tête de lire cette nouvelle traduction de La Dame du Lac, devenue pour l'occasion La Dame dans le Lac (plus conforme au titre de l'édition originale, The Lady in the Lake), j'avais avant tout l'idée d'ajouter Raymond Chandler à la liste des auteurs présentés ici-même et qui constituait à lui seul une absence impardonnable. Le fait qu'il s'agisse d'une nouvelle transcription n'était pas non plus pour me déplaire ; j'avais eu la bonne surprise de découvrir Jim Thompson sous les auspices de Jean-Paul Gratias et j'espérais retrouver avec Nicolas Richard le même plaisir. Le roman original datant de 1943, je m'attendais tout de même à quelque chose de daté, à la manière des films noirs américains des années quarante-cinquante. J'étais loin du compte...
Et si Raymond Chandler avait pour habitude de piocher dans ses anciennes nouvelles pour la construction de ses romans, il avait aussi assez de talent pour que ce ne soit pas flagrant à la lecture pour qui l'ignorait. Malgré tout, on sent parfois ces points de bascule, notamment lorsque la police fait son apparition dans l'intrigue. Le récit n'en est pas pour autant désorganisé, il permet cependant à l'auteur de peaufiner son portrait des forces de l'ordre, entre brutalité, bêtise pour certains, corruption pour d'autres.

Le style de Chandler fait mouche dès les premières pages. On est embarqué. Portée par de nombreuses descriptions d’une exceptionnelle précision, jamais pesantes, la narration se déroule en toute fluidité de façon linéaire, la caméra, subjective, posée sur l’épaule du détective. Il sera de toutes les scènes. Quant aux dialogues, ils sonnent juste et sont parfois savoureux, l’auteur n’étant pas avare de « bons mots » ou de traits saillants.

Je lui souhaitait (...) bonne nuit, le laissant se triturer les méninges avec l'énergie pesante d'un paysan du Far West déterrant une souche.

Pour le reste, Marlowe est un personnage attachant, un dur à cuire qui ne s'en laisse pas compter face aux puissants. Il sait les remettre en place et se faire respecter, ce qui a d’ailleurs pour effet de séduire Kingsley, peu habitué à se faire rembarrer.

C'est juste Marlowe, qui a encore trouvé un corps. Il fait ça plutôt bien maintenant. Marlowe-un-meurtre-par-jour, qu'on l'appelle. On le fait suivre partout par la roulante à viande froide pour ne pas prendre de retard sur les affaires qu'il déniche.
Un type relativement gentil, plutôt astucieux, à sa façon.

Marlowe se retrouve ici sur le tapis d'une partie de billard à trois bandes, voire plus, mais il garde, imperturbable, un calme serein, sûr de sa force et, peut-être, de sa supériorité face aux forces de police.

Face au détective, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Chez Chandler, ces dernières sont forcément fatales et font tourner la tête aux premiers, souvent balourds. Elles se révèlent même parfois méchantes :

Je pense (...) que vous devriez travailler un peu plus votre image mentale de Chris Lavery. Toute touche de raffinement que vous auriez pu remarquer serait une pure coïncidence.

Ecrit en 1943, après que les Etats-Unis soient entrés dans le conflit modial, la guerre n’est pas particulièrement présente dans le roman, si ce n’est en filigrane, au hasard de quelques répliques :

La plupart des hommes arrivent à supporter ce qu'ils sont obligés de supporter quand c'est en face d'eux et que ça les regarde dans le blanc des yeux. Comme ils le font partout dans le monde entier à l'heure actuelle.
Je suis venue à pied, pour économiser mes pneus, comme le réclame l’État.

Au final, malgré ses quatre-vingts ans, La Dame dans le Lac n’a pas pris une ride et Nicolas Richard, par sa traduction méticuleuse, nous permet d’approcher au plus près la finesse et la modernité du style de Raymond Chandler sans qui, il faut bien le reconnaître, le roman noir ne serait pas tout à fait ce qu’il est aujourd’hui.
À lire absolument !


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Le Grand Sommeil, écrit en 1939 et premier roman dans lequel apparaît le détective Philip Marlowe a de même bénéficié d’une nouvelle transcription, confiée cette fois à Benoît Tadié, et d’une nouvelle réédition dans la collection Série Noire Classique.

Le début...

Les dix premières lignes...

L’immeuble Treloar se trouvait, et se trouve encore, sur Olive Street, près de la Sixième, côté ouest. Le trottoir devant l’immeuble était constitué de blocs en caoutchouc noirs et blancs. Actuellement, on les retirait pour les donner à l’État, et un homme pâle, sans chapeau, qui avait une tête de concierge d’immeuble, regardait les travaux ; ce spectacle semblait lui briser le cœur.
Je passai devant lui en traversant une galerie de boutiques et pénétrai dans un vaste hall noir et or. La société Gillerlain était au sixième étage, côté rue, derrière des doubles portes battantes vitrées encadrées de platine (…)


Pour comparaison, la traduction de Michèle et Boris Vian en 1948 :

L’immeuble Treloar se trouvait (il y est encore) dans Olive Street, près de la Sixième Avenue, sur la rive Ouest. Des blocs de caoutchouc blanc et noir en formaient le trottoir. On était en train de les récupérer pour le compte du gouvernement, et, pâle, tête nue, un homme, le gérant sans doute, guettait les ouvriers dont l’activité semblait lui briser le cœur.
Je le croisai et traversai un passage en arcades, bordé de magasins de confection, pour pénétrer dans une vaste entrée or et noire. La Compagnie Gillerlain occupait, sur la rue, un septième étage, fermé par des portes vitrées automatiques, encadrées de métal chromé (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

L'homme d'affaires Derace Kingsley engage le détective privé Philip Marlowe pour retrouver son épouse, Crystal, dont il n'a plus de nouvelles. Femme fantasque, Crystal avait annoncé à son mari qu'elle souhaitait s'enfuir au Mexique avec un certain Chris Lavery. Or, Kingsley a croisé Lavery quelques jours plus tôt, lequel a prétendu ne pas savoir où était Crystal. Marlowe se rend donc à Puma Point, dernier lieu où Crystal a été vue. Il y rencontre Bill Chess, voisin et gardien du chalet des Kingsley. Alors qu'ils marchent sur les rives du lac à proximité, Chess distingue un bras humain sous un ponton immergé... Pour affronter cette tortueuse affaire, ainsi que les menteurs chevronnés, policiers corrompus et témoins vénaux qui y sont liés, Marlowe use de ses meilleures armes : sa probité, son humour et son sens de la provocation.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Raymond Chandler










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Du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

Le Grand Sommeil