Thierry Jonquet
La Vie de ma Mère !
Première édition : Gallimard / Série Noire - Octobre 1994
un avis personnel...
Publié le 31 octobre 2005
Thierry Jonquet renoue ici avec la peinture sociale, voire même l'étude sociologique, chère à son côté militant et citoyen.
À l'origine destiné à une édition jeunesse, La Vie de ma Mère ! est
aujourd'hui reconnu dans les milieux enseignants ou liés à la pédagogie
comme une mise en lumière pleine de vérité des mécanismes de la mise à
l'écart d'une partie de la population du système éducatif français,
souvent la plus démunie, souvent celle dont le besoin est le plus
pressant.
L'auteur nous entraîne au cœur de la banlieue, celle qui fait peur, celle où on applique les sacro-saints
principes du traitement social du chômage. On y retrouve les enfants
des cités : Kaou, Mohand, Farid, ainsi que le narrateur, Kevin, qui, du
haut de ses quatorze ans, se retrouve en section d'éducation
spécialisée.
On y croise la misère bien sûr, mais en toute pudeur, sans pathos. On y croise également la délinquance
puisque le propos de l'auteur tend à montrer, à constater, que lorsque
l'éducation nationale relègue sur des voies de garage sans issue les
adolescents désœuvrés, elle fait le lit des bandes organisées, en lien
avec la misère sociale, l'inculture, la démission de l'état dans ses
missions premières.
Sans excès, avec réserve et beaucoup de tendresse, Thierry Jonquet montre plus qu'il ne dénonce,
laissant au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions sur cette
épineuse question. Mais ce roman est aussi l'occasion d'un travail en
profondeur sur la langue des banlieues, pleine de truculence, de
raccourcis, mais aussi le signe flagrant d'un appauvrissement. Le voyage
de ce gamin démuni, particulièrement attachant dans son combat pour
garder les pieds sur terre, est traité tout en finesse ; mais n'est-ce
pas la moindre des qualités de cet auteur majeur de la littérature
noire française ?
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...

La Vie de ma Mère ! a été adapté en bande dessinée en 2003 (texte de Thierry Jonquet, dessin de Jean-Christophe Chauzy, chez Casterman).
Côté peinture sociale et vie de banlieue, n'hésitez pas une seconde, dès que vous avez deux heures de libres, à dévorer La Bête et la Belle, du même auteur. C'est un véritable régal.
les dix premières lignes...
Il me l'avait bien dit, monsieur Bouvier, que si je continuais à faire
l'andouille, je pourrais jamais aller au collège normal, comme les
autres copains de la classe. Monsieur Bouvier, c'était le maître qu'on
avait en CM2. Il était vachement sévère, monsieur Bouvier. Il me
punissait sans arrêt, mais faut dire qu'on faisait le souk dans la
classe, moi, Farid, Mohand et Kaou !
Monsieur Bouvier, il nous avait mis au fond, tous les quatre, à côté de l'aquarium, pour pas qu'on gêne les autres (...).
quatrième de couverture...
Ce n'est pas l'histoire de sa mère car de mère, il en a si peu.
Elle n'est jamais là, elle travaille comme standardiste de nuit à
Lariboisière. Elle fait de son mieux. Alors il vit sa vie tant bien que
mal et la raconte dans son langage à lui, le môme des cités. Il n'est
pas fort en rédaction, mais lui aussi il fait de son mieux...
bio express...
Thierry JonquetNé en janvier 1954 dans une famille ouvrière du XIème arrondissement de Paris, Thierry Jonquet navigue durant l'enfance entre les salles de cinéma et la bibliothèque municipale. En 68, âgé de quatorze ans, il découvre la vie, l'amour, la shoah, les manifs, les banderoles, les revendications, qui le mèneront sur la voie de l'engagement politique, du militantisme, et plus particulièrement chez les trotskistes de Lutte Ouvrière, puis à la Ligue Communiste Révolutionnaire.
Il entame plus tard des études de philosophie qu'il abandonne bien vite et vogue au fil de petits boulots hétéroclites. Un accident de voiture l'envoie à l'hôpital où, rencontres après rencontres, il choisit l'ergothérapie comme avenir professionnel. Il travaille en gériatrie, en psychiatrie ou au milieu des handicapés, côtoyant chaque jour le spectacle de la mort qui passe.
Au tout début des années 80 il commence à publier ses premiers romans en s'inspirant de ses expériences personnelles. Il vient tout juste de découvrit l'univers de la littérature dite "noire", notamment Jean-Patrick Manchette, et s'y engouffre allègrement. En 1984 il cesse toute activité professionnelle pour se consacrer à l'écriture. Les lecteurs sont au rendez-vous et il se fait bien vite remarquer au sein de la communauté des polardeux francophones. Dès lors il va publier de nombreux romans où la réalité concrète, la violence de la vie, de la société, sont omniprésentes.
Toujours militant, il quitte cependant la Ligue en 1992 après le non engagement de celle-ci à propos du conflit yougoslave, ses engagements politiques se "limitant" depuis à des participations sporadiques comme l'association Ras Le Front ou l'aide aux sans papiers.
Il est décédé à Paris le 09 août 2009, laissant un dernier roman inachevé, qui sera cependant publié sous le titre Vampires.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Du Passé Faisons Table Rase
1982
Mémoire en Cage
1982
Mygale
1984
La Bal des Débris
1984
La Bête et la Belle
1985
Le Secret du Rabbin
1986
Le Manoir des Immortelles
1986
Le Pauvre Nouveau est Arrivé
1990
Les Orpailleurs
1993
Moloch
1998
Rouge c'est la Vie
1998
Mon Vieux
2004
Ils Sont Votre Épouvante et Vous Êtes Leur Crainte
2006
400 Coups de Ciseaux
2013

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