Les Gens des Collines

Chris Offutt

Gallmeister - Avril 2022 - Traduction (anglais) : Anatole Pons-Reumaux

Tags :  Roman d'enquête Polar rural Flic Amérique profonde Années 2020 Moins de 250 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 25 février 2024

Dans un coin reculé de forêt, un vallon perdu du Kentucky, un vieillard est à la recherche de plants de ginseng lorsqu’il découvre le cadavre d’une femme qui ne lui est pas inconnue…
De son côté, Mick Hardin se réveille d’une cuite solitaire au fond des bois, autour d’un bivouac de fortune. Émergeant à peine, il voit arriver sa sœur Linda, shérif locale, avec une annonce qui fait remonter des automatismes. Elle a un cadavre sur les bras et les édiles du coin, notamment le magnat du charbon Murvil Knox, ne veulent pas qu’elle enquête, préférant confier cette mission à d’autres juridictions. Comme une vieille animosité intéressée, teintée de machisme.
Mick a passé une partie de sa vie dans l’armée — Irak, Afghanistan, Syrie — en tant qu’enquêteur spécialisé dans les homicides ; pas étonnant que Linda requiert son aide.
Mais sa situation présente est compliquée. Sa femme Peggy est sur le point d’accoucher et il ne sait pas s’il est le père de l’enfant. Depuis de nombreux mois, leurs contacts sont épisodiques : lui est en mission à travers le monde, elle seule dans sa maison du Kentucky. Une solution qu’ils avaient cependant trouvée ensemble pour que chacun s’épanouisse. Mick aime sa femme, mais la « pilule » est dure à avaler…

Chris Offutt trempe sa plume dans une encre noire 100% bio. La nature lui dégouline par tous les pores et son ancrage dans le paysage — celui du Kentucky — n’a rien d’artificiel et relève plutôt d’une évidence naturelle. L’auteur et ses personnages font partie d’un « tout », ils en sont partie intégrante. Il est ici question de « territoire », pas au sens de terre à défendre — on n’est pas chez les survivalistes — mais plutôt dans une notion d’appartenance, quelque chose qui se rapproche d’un sentiment presque animal, d’un biotope.

Fidèle à son credo, Chris Offutt met donc en scène son propre environnement, son Kentucky natal, ses collines, sa nature et les gens qui y habitent. Il crée ainsi le personnage de Mick Hardin, natif des Appalaches, mais qui a fait le choix de s’exiler dans l’armée au sein de laquelle il a exercé ses talents d’enquêteur, son retour auprès des siens étant lié à un appel à l’aide de sa sœur et au fait que sa femme soit sur le point d’accoucher, ce dont il n’était pas au courant.
Mick a grandi dans les collines, élevé en partie par son grand-père au milieu des bois. Il aime le grand air, la solitude, et fait tout ce qu’il peut pour fuir la ville et ses foules.

On était mieux dans les bois qu’en ville (…) Mieux dans les collines que dans le désert. Mieux sur l’argile que sur le sable.

L’enquête qui lui est proposée ici est plus ou moins anecdotique, mais il s’agit tout de même d’élucider la mort mystérieuse de Nonnie Johnson, retrouvée au fond des bois. Une femme du coin, connue de tous. Et ce sont ceux-là, tous ceux-là, justement, qui sont le véritable cœur du roman.

Les Gens des Collines…
La topographie de la région fait que les familles vivent isolées les unes des autres, autant par volonté que par obligation, mais tout le monde se connaît. On ne quitte guère le Kentucky, on y vit, on y meurt, de génération en génération, et les fils suivent les traces des pères, perpétuant des querelles ancestrales jamais réglées, entretenues par une mémoire parfois défaillante, au point qu’on ne sait plus trop parfois pourquoi on se hait.
Mick Hardin fait partie de ceux-là, mais son passage par l’armée, sa confrontation avec la mort brutale, font qu’il en a soupé de ces animosités et préfère, de loin, la solidarité qui unit aussi ces gens des collines. Il les connaît de l’intérieur, il sait leur susceptibilité, leur méfiance, il sait comment ne pas les froisser.

Tucker était de la génération du grand-père de Mick, avec toutes les contradictions complexes de la vieille culture des collines. Franc mais sur la retenue. Honnête mais peu loquace. Méfiant mais avenant.

Si Les Gens des Collines ne se situe pas au niveau des sommets atteints par Nuits Appalaches, son précédent ouvrage, on y retrouve tout le charme de la plume de Chris Offutt, et notamment sa science des dialogues à la justesse infinie. Quant au personnages de Mick Hardin, il se fait récurrent et apparaît dans une « suite » intitulée Les Fils de Shifty.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Les Gens des Collines n’a pas tout à fait la puissance du précédent roman de Chris Offutt, Nuits Appalaches, chef d’œuvre que chacun se doit d’avoir lu, à l’instar des plus grands classiques de la littérature américaine contemporaine.

Le début...

Les dix premières lignes...

Le vieil homme marchait dans la colline avec un long bâton, repoussant la pomme de mai et la vergerette, en quête de ginseng. Celui-ci poussait bas, masqué par les fourrés. L’année d’avant, il en avait trouvé plusieurs plants dans cette zone, un emplacement idéal en raison des versants exposés à l’est, protégés du violent soleil d’après-midi. Les restes d’un orme en décomposition gisaient à proximité, encore un bon signe. Il s’arrêta pour reprendre son souffle. À quatre-vingt-un ans, il était l’homme le plus âgé de la communauté, le seul vieux à sa connaissance.
Le sol était moite de rosée, et des serpentins de brume s’enroulaient dans les hautes branches. La mélopée des oiseaux du matin emplissait l’air. Il y avait surtout des arbres à bois dur dans ce coin, qu’il appréciait pour leur taille et leur abondance de noix. Coupés et débités, deux arbres suffisaient à chauffer une famille pour l’hiver (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Enquêteur dans l’armée, Mick Hardin revient en permission dans ses collines natales du Kentucky pour constater la fin de son mariage. Sous le choc, il s’enferme dans la cabane de son grand-père avec une solide provision de bourbon. Mais sa sœur Linda, première femme shérif du comté, vient solliciter son aide sur une affaire de meurtre : le cadavre d’une jeune veuve a été découvert dans les bois. Les gens des collines ont tendance à rendre la justice par eux-mêmes, et des rumeurs commencent déjà à se propager. Linda n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, mais elle manque encore d’expérience. Mick, enfant du pays et vétéran respecté, pourra-t-il découvrir la vérité avant qu’une vague de colère aveugle ne déferle sur les collines ?


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Chris Offutt










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Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

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