Pension Complète

Jacky Schwartzmann

Seuil Policiers - Octobre 2018

Tags :  Polar social Comédie Quidam France Années 2010 Populaire Humoristique Moins de 250 pages


Contribuez au financement de Pol'Art Noir est achetant de livre

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 18 novembre 2023

Dino Scalla est devenu gigolo quasiment à l’insu de son plein gré suite à une visite au Luxembourg en compagnie de son pote Faruk. Là, il a fait la connaissance de Lucienne Courtois, une riche héritière de trente ans son aînée. Vingt ans plus tard, il est toujours dans la place, aux petits oignons, mais un malheureux concours de circonstances en forme de coup de boule à la Zidane (réminiscence de son passé de banlieusard lyonnais) le contraint à une mise au vert.
Alors qu’il se prépare à quelques semaines de liberté sur le yacht de sa maîtresse, ducôté de Saint-Tropez, les circonstances s’acharnent : panne de bagnole, en plein juillet à La Ciotat, avec arrêt buffet obligatoire au camping local en attendant la réparation.
Il arrive là en plein branle-bas : un adolescent hollandais vient de se noyer dans la pataugeoire de la piscine. Du coup les vacanciers fuient et malgré la pleine saison, Dino trouve un bungalow à louer. Il se rapproche bientôt de son voisin, Charles Desservy, écrivain goncourisé en phase de reconnexion avec le vil peuple pour l’écriture de son prochain roman et seule personne fréquentable pour le gigolo désormais habitué au luxe.

Son dédain avait quelque chose de si naturel, de si évident, qu’il s’apparentait plus à une couleur de cheveux (…) Charles Desservy était tout simplement, sincère, ce qui avait le pouvoir de le déconnardiser. Peut-être, aussi, que les vingt ans passés au Luxembourg me rendaient enclin à côtoyer ce genre de personnes.

La rencontre entre le petit voyou assagi et le dandy déphasé se fait autour de nombreux verres d’alcool et malgré la différence de classe, un semblant d’amitié, à tout le moins de complicité, naît entre les deux hommes qui se complaisent à commenter le monde qui les entoure, pas toujours avec un regard des plus bienveillant.

— Le volontourisme (…)
— Vous payez et vous allez bosser gratis ?
— Voilà (…)
— J’ai même rencontré deux étudiantes, des filles en droit, qui sont parties là-bas. Elles m’ont avoué qu’au départ, elles ont hésité entre aider des enfants au Népal ou sauver des animaux (…)
J’imaginais très bien quel genre de filles cela pouvait être. De bonnes intentions et de l’altruisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’avenir de l’humanité. Plus tard, elles rouleront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormiront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme artisanal diarrhéique, font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour enseigner l’anglais à des animaux malades.

Et puis les cadavres arrivent. Pas seulement ceux des bouteilles de champagne…

Jacky Schwartzmann s’en donne à cœur joie. Accompagné de son duo de personnages, il règle son compte au monde qui nous entoure sur un ton caustique, avec un sens de la formule qui fait mouche. Chacun en prend pour son grade durant les virées avinées de Charles et Dino.
Reste que si le beau Dino fait figure de gigolo, il n’en est pas moins subtilement amoureux de sa Lucienne, ou à tout le moins reconnaissant. Il y a une vraie tendresse de l’auteur envers son anti-héros dont le principal défaut est de n’être pas né avec une cuillère en argent au fond du gosier et d’avoir voulu mettre un peu de paillettes dans son existence. Tout le contraire de son compère d’un jour, parfaitement inadapté à la « vraie » vie, en constant décalage avec la réalité, et fieffé manipulateur.
Cette disparité, ficelle de métier, apporte à la confrontation son côté comique et les sentences tombent en rafale avant que l’affaire ne prenne un tournant plus… dramatique.

Pension Complète se savoure comme une douce parenthèse rafraîchissante. Ça n’est pas le roman du siècle, mais si accrocher des sourires aux lèvres de ses lecteurs avec un duo aussi crédible que déjanté était la volonté de son auteur, on peut considérer qu’il a largement réussi son coup. Efficace.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Si comme moi vous avez un faible pour ces comédies policières qui prennent les atours de la légèreté pour flirter avec des sujets plus « graves » qu’il n’y paraît, il y a pléthore dans le paysage. Pour ne citer que quelques auteurs français : Sébastien Gendron, Francis Mizio, Jean-Jacques Reboux, ou plus récemment Benoît Philippon. Sans oublier Jacky Schwartzmann bien sûr…

Le début...

Les dix premières lignes...

Ma belle-mère Macha était ce qu’on appelle une vieille peau. À presque cent ans, elle avait préservé toute sa tête et, donc, cette hargne, ce caractère aussi vicieux qu’un ongle incarné. Ça lui poussait dedans la tête.
Les vieux sont sympathiques, en général. Même ceux qui, plus jeunes, étaient des crevures. On ne peut d’ailleurs jamais savoir comment ils étaient, avant, car ils finissent tous en mode friendly. Étant donné qu’il n’y a pas neuf humains sur dix de bienveillants, on peut en déduire que nos chers aînés s’assagissent avec l’âge. D’une certaine façon ce sont des faussaires, des fourbes, à l’image de tous ces dignitaires qui ont terminé leur vie en Argentine et qui s’appelaient Müller (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Dino Scala, habitué au faste de la vie luxembourgeoise, se voit obligé de séjourner aux Naïades, un camping perché sur les hauteurs de La Ciotat. Là, au royaume des tentes Quechua, il fait la connaissance de son voisin de bungalow, qui semble aussi perdu que lui : un écrivain célèbre, goncourisé même. Charles Desservy est venu ici se reconnecter à la vraie substance de la vie : les gens normaux.
Et, dans ce dernier cercle de l’enfer — un camping bondé en plein été dans le Sud de la France —, les cadavres commencent à s’accumuler gentiment autour d’eux…

Un peu vachard et complètement délirant, avec Pension Complète Jacky Schwartzmann signe encore une fois un polar salement pimenté, saupoudré de zestes de tendresse.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Jacky Schwartzmann










Edition(s)...

Informations au survol de l'image...

Réédition Réédition poche