Sergueï Dounovetz
Je me Voyais Déjà...
Première édition : Le Dilettante - Mars 2012
un avis personnel...
Publié le 04 mai 2012
Intermittent du spectacle en fin de droit, Chef se doit de décrocher un boulot pour continuer à espérer toucher le chômage. D'autant que sa copine Aline vient de la quitter. Grâce à Tatras, directeur technique de deux gros festivals, il décroche le jackpot. Mais il faut parler anglais…
Pas de problème pour Chef qui a débuté dans la vie au volant d'une Fender, et quand bien même c'était sur des reprises de Jean-Patrick Capdevieille…
Que ce soit remplaçant, le cul vissé sur le banc, ou titulaire en seconde, c'est vrai que je n'avais jamais forcé mon talent. Mais la lose, chez moi, c'était un art de vivre. Le meilleur des perdants, c'était ça mon credo. À mes yeux, ça présentait toujours mieux qu'être premier en étant juste un honnête faiseur. J'étais sans concessions et avec mon caractère de cochon, j'entretenais mon insuccès. Je ne savais pas me vendre et ne faisais jamais le moindre effort pour que ma situation s'arrange. Tout sauf une pute, totalement réfractaire au système, je n'aimais que le rock tartare et les amplis qui saignent.
Tout est dit ou presque… Reste plus qu'à raconter.
Sous le pseudonyme de Chefdeville, Sergueï Dounovetz nous livre avec Je me Voyais Déjà… un roman autobiographique qui retrace son parcours de musicien, de machino et d'écrivains.
On n'est pas vraiment (pas du tout ?) dans le polar mais c'est toujours un plaisir de retrouver la verve sauvage qui agite la plume de cet auteur atypique, et ce sont quelques "explications" sur son parcours qu'il dévoile ici.
On y parle musique — rock'n'roll, s'entend — cinéma, polars, avec, sous une apparente jovialité pleine d'énergie, une bonne dose de mélancolie et de nostalgie qui fleure bon les seventies.
On y croise quelques stars comme Mick Jagger, James Crumley, Philippe Noiret, ou encore Annie Girardot, et même Huguette Bouchardeau (pour ceux à qui l'acronyme PSU rappelle quelque chose) à l'occasion de multiples anecdotes salées, ou poivrées (c'est selon).
Qu'il s'agisse d'une autobiographie, d'une auto-fiction ou d'une biographie romancée ou fantasmée importe peu. Imaginaires ou véridiques, chaque chapitre est un petit régal où flotte un parfum bucolique avec des notes de houblon et d'huile de vidange, la plume trempée dans le stout.
Tout à fait rock'n'roll dans la forme (et montrant une parfaite maîtrise de la langue fleurie des faubourgs), Je me Voyais Déjà… recèle aussi des trésors de tendresse. Ils restent cachés sous les tatouages, mais transpirent au fil des pages, et font sans aucun doute la saveur de ce récit de vie.
La même brutale douceur qui habitait les pages du récemment disparu Harry Crews.
Quand Harry Crews sentait qu'il était en phase avec l'écriture, il se mettait à poil et se frictionnait le corps avec de la neige. Parce que dans le bled où vivait Harry, il y avait de la neige une bonne partie de l'année. Ensuite, il courait nu dans la forêt pendant des heures. Puis il chopait une cognée et abattait un arbre. Et, dans la partie la plus large du tronc de l'arbre, il débitait un énorme rondin qu'il plaçait devant lui en guise de table. Pour finir, il posait sur le billot sa machine à écrire, une Rémington aussi cabossée que lui, se préparait trois litres de café dans un Thermos, s'envoyait deux rails de coke gros comme le bras et, enfin, il attaquait son prochain chef-d'œuvre.
Quand les perdants savent être magnifiques…
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
La verve… le point commun des romans de Sergueï Dounovetz. Et c'est toujours un plaisir de s'y laisser couler.
les dix premières lignes...
J'avais programmé le radio-réveil tôt le matin, mais c'était inutile, je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. La veille, Aline avait pris ses cliques et ses claques et j'entendais encore le bruit décroissant des roues de sa Samsonite sur le carrelage à damier. Elle m'avait lâché sans filet au moment le plus inopportun. Et ce n'était pas une formule toute faite, une figure de style pour faire trapéziste. Je venais de me fader un mois d'hôpital suite à une mauvaise chute, un accident très bête (…)
quatrième de couverture...
Alors que j'étalais la partie supérieure d'une affiche annonçant la tournée d'été de Dany Brillant, j'avais réalisé un peu tard que je n'avais pas le bras assez long, ce qui n'était pas une découverte en soi. Et j'avais basculé par-dessus le garde-fou de la nacelle, avant de me réveiller immobilisé sur un lit d'hôpital.
— Tu n'as même pas tenu deux minutes en haut de l'affiche, s'était moquée Aline en dessinant une tête de mort sur mon plâtre.
bio express...
Sergueï DounovetzNé en 1959 à Ménilmontant. À l'âge de quinze ans, il vend à la criée ses poèmes ronéotypés sur les marchés. En 1977, il forme le groupe de Rock Les Maîtres Nageurs avec lequel il commet un 45 tours ébouriffant intitulé : Le Pompier Zingueur Cravateur, production One (influence : Au Bonheur des Dames). Parolier (sociétaire à la SACEM), il écrit des textes pour de nombreux groupes de rock parisiens.
Parallèlement à la musique, il pratique divers métiers, notamment sauveteur en mer, ripeur sur les concerts et machino au Lido. Pendant les années 80, il va créer et animer le Studio de répétition Macadam Bop à Montreuil. Auteur de nouvelles et de scénarios de courts-métrages, il tourne plusieurs fictions en cinéma 16 millimètres, notamment un polar musical intitulé : 100 Mètres Libre et Sans Toi et écrit une pièce de théâtre : Du bout des Lèvres encore jouée aujourd'hui par les compagnies La Puce qui Renifle et Théâtre Ipso Facto de Montpellier, avant de publier son premier roman noir Moviola en 1994 aux Éditions Le Dilettante. Depuis, il se consacre entièrement à l'écriture (Roman, nouvelle, théâtre).
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Fleur de Bagne
2000
Vipères au Train
2004
Spirit 59
2006
Born Toulouse Forever
2008
Un Ange sans Elle
2008
Odyssée Odessa
2012

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