James Ellroy
Lune Sanglante
Première édition : Rivages / Noir - Juin 1987
un avis personnel...
Publié le 30 novembre 2005
Lune sanglante est le troisième roman de James Ellroy, le premier publié en France. C'est également le premier volume de la trilogie Lloyd Hopkins (les deux autres étant À Cause de la Nuit et La Colline aux Suicidés).
J'avais déjà lu les deux premiers romans de l'auteur, Brown's Requiem et Clandestin, que j'avais beaucoup aimé. Avec Lune Sanglante, j'ai le sentiment qu'Ellroy est passé à la "vitesse supérieure", son écriture a décollé, pris sa forme mature, pour devenir quasi parfaite.
À la manière de Simenon dans un tout autre genre, c'est une écriture où chaque mot est juste, travaillé, profond. Pas de fioritures inutiles, pas non plus de concision trop extrême. Juste ce qu'il faut pour plonger dans l'intrigue et dans l'univers des personnages.
Le personnage principal est Lloyd Hopkins, flic génial, coriace au possible, et obsédé par un idéal : protéger l'innocence, le peu d'innocence qui reste dans ce monde, et en particulier dans sa bonne vieille ville de Los Angeles.
L'intrigue : un poète psychopathe à ses heures massacre des femmes depuis 20 ans en toute impunité, personne n'a jamais fait le lien entre ses meurtres, certains ont même été classés comme suicides. Un poète doué, donc, qui partage avec Lloyd ce curieux idéal de protection de l'innocence.
Les deux hommes, chacun à leur manière, se prennent un peu pour des super héros, sans le côté clownesque et prétentieux de la chose, ils sauvent des âmes, des femmes... Mais avec une différence de taille : l'un tue, l'autre aime. Et ils s'affrontent donc, arc-boutés dans le même effort obsessionnel.
Lloyd sacrifie pratiquement sa carrière et sa vie de famille pour mettre la main sur "son" assassin. Il agit comme si sa survie, en plus de celle de l'innocence, en dépendait. C'est peut-être effectivement le cas.
Contrairement à d'autres romans (polars ou pas), le héros, Lloyd n'est pas ce qu'on peut appeler "sympathique", il peut heurter, choquer, agacer ou être totalement incompris. Il n'en reste pas moins qu'il est passionnant et intriguant. À défaut de s'identifier béatement, on est surtout captivé par la profondeur et les contradictions du personnage. Reflet peut-être de l'écrivain lui-même ; étrange homme que ce Ellroy.
Dans tout le roman, comme dans les deux précédents, mais de façon plus assumée et plus troublante, une atmosphère quasi mystique, peuplée d'idéal, de mort, de transcendance. Ajouté à ça une sensualité omniprésente, quelle que soit sa forme d'expression : amoureuse ou morbide.
Les femmes, plus encore que Lloyd le flic super-héros, sont le point central du roman, autour d'elles tournent l'univers, tout y revient, un jour ou l'autre.
Lune sanglante est pour moi un fabuleux roman noir et initiatique, il ne peut pas laisser indifférent. Il laisse ce petit goût étrange qui chatouille l'esprit lorsqu'on a approché de très très près la perfection littéraire, et lorsque l'on s'est frotté à la profondeur de l'esprit humain, ses bas-fonds, semblables en tout point aux égouts d'une jungle urbaine.
À lire absolument !!!
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Il aura semble-t-il fallu qu'il essuie dix-huit tentatives infructueuses auprès de divers éditeurs "futés" avant que François Guérif et les éditions Rivages ne se lancent dans l'aventure et propose enfin cet auteur (dont c'est alors le troisième ouvrage) aux amateurs francophones.
Lune Sanglante correspond également à la première adaptation cinématographique d'un roman de James Ellroy, intitulée "Cop" en raison d'une homonymie du titre anglais avec celui d'un film de Robert Wise de 1948 (Blood on the Moon).
les dix premières lignes...
Sur les ondes de la KRLA, le vendredi 10 juin 1964 fut le début d'un week-end consacré aux bons vieux tubes du passé. Les deux conspirateurs qui repéraient la zone où le "kidnapping" devait avoir lieu firent beugler leur transistor à plein volume pour étouffer le bruit des tronçonneuses, des marteaux, des barres à mine - bruyante rénovation de la classe du troisième étage en lutte avec la musique des Fleetwood.
Larry Craigie "le givré", la radio collée à l'oreille, s'émerveilla de l'ironie du moment, ces travaux de construction, une petite semaine avant que l'école ne ferme pour l'été (...).
quatrième de couverture...
"Des écrivains comme ça, dans le roman noir, on en découvre un tous les dix ans." (Michel Lebrun, Le Matin)
"Opéra noir, peuplé de fantômes, où le sexe et la port rôdent sans cesse dans l'immensité inhumaine de Los Angeles la mal nommée, Lune Sanglante est un fulgurant joyau, une moderne tragédie, qui porte fièrement en exergue une citation du Richard II de Shakespeare." (Bertrand Audusse, Le Monde)
Un des plus remarquables romans noirs de la décennie, par sa préoccupation intellectuelle élevée, son écriture savante et, pour le dire balistiquement, son épouvantable puissance d'arrêt..." (Jean-Patrick Manchette, Libération)
bio express...
James EllroyJames Ellroy (de son vrai nom Lee Earle Ellroy) est né le 4 mars 1948 d'un père comptable relativement âgé (50 ans) et d'une mère infirmière d'origine allemande. Six ans plus tard, ses parents divorcent et c'est logiquement sa mère qui obtient la garde de l'enfant. Lorsqu'il a dix ans, ils déménagent pour un quartier populaire de Los Angeles ; à cet âge, James est déjà un fervent lecteur de littérature policière.
C'est peu de temps après, le 22 juin 1958 que sa mère, Jean Ellroy, est assassinée, événement qui le marquera à jamais. Le coupable ne sera d'ailleurs jamais retrouvé. James est alors confié à son père, âgé alors d'une soixantaine d'année qui, malgré sa bienveillance, le laisse la plupart du temps livré à lui même. Commence alors pour lui une succession de bêtises plus ou moins graves. En 1961 il fait la connaissance de Randy Rice, "petit voyou" comme lui, qui partagera ses quatre cents coups, son goût pour les romans policier et pour les filles.
En 1965 , devant la dégradation de l'état de santé de son père, James qui s'est fait renvoyer du collège s'engage à contrecœur dans l'armée, poussé par son père mourant qui succombera d'ailleurs d'un cancer peu de temps après. C'est le début d'une longue descente aux enfers pour James Ellroy, qui se fera vite réformer de l'armée pour retrouver son ami Randy Rice et sombrer avec lui dans l'abus d'alcool et de drogues.
Durant plus d'une dizaine d'année, James devient sans domicile fixe, vivant de petits boulots et menus larcins, dormant dans les parcs publics, s'introduisant par effraction chez les gens, pas tant pour les cambrioler (même s'il volait des sous-vêtements, de l'alcool, de la marijuana et des cartes de crédit quand c'était possible) que pour le frisson ressenti, déclare-t-il plus tard.
C'est un abcès au poumon en 1975 qui va sûrement le faire renoncer aux drogues et à l'alcool et briser ainsi le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé. Il devient alors caddie dans un club de golf de Los Angeles et commence une vie plus rangée. En 1978 il a l'idée de raconter sa vie dans un roman : Brown's Requiem qui sera publié en 1981 aux États-Unis. Il continue sa carrière d'écrivain avec Clandestin et nous offre la série des Lloyd Hopkins, qu'il terminera avant terme, ne sortant que trois des cinq tomes initialement prévus.
Aujourd'hui James Ellroy est l'un des meilleurs auteurs américains de romans noirs et nous a déjà offert à ses nombreux fans plus d'une quinzaine d'ouvrages durant les vingt dernières années. (cf. wikipedia)
édition(s)...
Rivages / Noir
Juin 1987
Rivages / Noir
1988
Rivages / Noir
Février 2001
Rivages / Noir
2001
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
A Cause de la Nuit
1987
La Colline aux Suicidés
1988
Le Dahlia Noir
1988
Clandestin
1989
Un Tueur sur la Route
1989
Le Grand Nulle Part
1989
American Tabloïd
1995
Ma Part d'Ombre
1997
American Death Trip
2001
Underworld USA
2010

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