James Ellroy
Un Tueur sur la Route
Première édition : Rivages / Thriller - Novembre 1989
un avis personnel...
Publié le 31 mai 2005
Impossible de résumer ce roman de James Ellroy, non pas qu'il soit sans intérêt, bien au contraire, mais il suffit d'énoncer le thème abordé et le biais choisi pour l'atteindre, rien de plus, pour tout savoir :
vous entrez dans la peau d'un serial killer en activité et vous le suivez, pas à pas, dans sa mortelle randonnée.
Tout est dit.
Martin Plunkett est un psychopathe extrêmement intelligent dont le cerveau est devenu une machine infernale sous les assauts de la schizophrénie. Il se promène avec son double, "Super Saigneur", qui prend souvent les rênes de leur destinée commune. Dans ce roman de commande, James Ellroy choisit le conduite linéaire de son intrigue, contrairement à son habitude ; nous sommes dans la peau de Plunkett et nous ne la quitterons plus. Ce choix amène une lecture simple, facile d'accès, ce qui n'est pas toujours le cas chez cet auteur. La particularité, par rapport au thème abordé, est bien sûr le point de vue subjectif choisi : il est rare que les ouvrages traitant des serials killers s'écrivent à travers le regard du criminel.
Ellroy nous entraîne dans les méandres torturés des psychoses enfantines, mettant en avant la sombre folie générée par l'Amérique bien-pensante des années 60/70 sur les restes fumants du rêve américain. Travaillant à partir des archives de la police de Los Angeles, il nous livre là un récit troublant, d'un réalisme inquiétant, où le pire des criminels se révèle aussi un être humain. En restant fidèle à son écriture sèche et tranchante qui ne s'encombre pas de fioritures, James Ellroy nous gratifie d'un roman un peu à part dans sa bibliographie, percutant et instructif pour la compréhension du fonctionnement pervers des tueurs en série.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Nombreux sont les ouvrages et romans mettant en scène des tueurs en série, c'est même parfois un peu trop à la mode. En vrac et un peu au hasard, citons Le Silence des Agneaux de Thomas Harris, ou Le Cinquième Jour de Maud Tabachnik.
Et pour ceux que le sujet intéresse, je vous conseille vivement un détour sur le site d'Emily Tibbats (tueursenserie.org) pour de nombreuses informations et une sélection d'ouvrages divers sur ce thème. Une mine à explorer...
les dix premières lignes...
Extrait du Big Apple Tattler du 13 septembre 1983 :
"Le Sextueur capturé !!! Une descente dans une pension de famille de Westchester ramène dans ses filets le tueur des couples Behrens/Ligett - De Nunzio/Cafferty."
"À 3h ce matin, la ville de New Rochelle encore endormie fut le théâtre d'un drame de vie et de mort, lorsque les agents fédéraux et la police locale opérèrent leur jonction avant de donner l'assaut à une pension de famille très proprement tenue située aux limites du centre ville".
"À l'intérieur, dans une petite chambre proprette du troisième étage, dormait Martin Michael Plunkett, âgé de 35 ans, coupable présumé des meurtres sexuels des deux couples d'amoureux du comté de Westchester (...)".
quatrième de couverture...
"Il existe une dynamique dans la mise en œuvre de l'horreur : servez-là garnie d'hyperboles fleuries, et la distance s'installe même si la terreur est présente, puis branchez tous les feux du cliché littéral et figuratif, et vous ferez naître un sentiment de gratitude parce que le cauchemar prendra fin, un cauchemar au premier abord trop horrible pour prendre fin. Je n'obéirai pas à cette dynamique, je ne vous laisserai pas me prendre en pitié. Charles Manson, qui déblatère dans sa cellule mérite, lui, la pitié ; Ted Bundy, qui proteste de son innocence pour que les femmes solitaires lui écrivent, mérite la mépris. Je mérite crainte et respect pour être demeuré inviolé jusqu'au bout du voyage que je vais décrire, et puisque le force de mon cauchemar interdit qu'il prenne fin un jour, vous me les offrirez."
Ainsi parle Martin Michael Plunkett, âgé de 35 ans, coupable de plusieurs dizaines de meurtres sexuels couvrant tout le territoire des États-Unis sur une période de dix années.
Avec Un Tueur sur la Route, James Ellroy s'est attaché à faire le portrait, de "l'intérieur", d'un "serial killer".
bio express...
James EllroyJames Ellroy (de son vrai nom Lee Earle Ellroy) est né le 4 mars 1948 d'un père comptable relativement âgé (50 ans) et d'une mère infirmière d'origine allemande. Six ans plus tard, ses parents divorcent et c'est logiquement sa mère qui obtient la garde de l'enfant. Lorsqu'il a dix ans, ils déménagent pour un quartier populaire de Los Angeles ; à cet âge, James est déjà un fervent lecteur de littérature policière.
C'est peu de temps après, le 22 juin 1958 que sa mère, Jean Ellroy, est assassinée, événement qui le marquera à jamais. Le coupable ne sera d'ailleurs jamais retrouvé. James est alors confié à son père, âgé alors d'une soixantaine d'année qui, malgré sa bienveillance, le laisse la plupart du temps livré à lui même. Commence alors pour lui une succession de bêtises plus ou moins graves. En 1961 il fait la connaissance de Randy Rice, "petit voyou" comme lui, qui partagera ses quatre cents coups, son goût pour les romans policier et pour les filles.
En 1965 , devant la dégradation de l'état de santé de son père, James qui s'est fait renvoyer du collège s'engage à contrecœur dans l'armée, poussé par son père mourant qui succombera d'ailleurs d'un cancer peu de temps après. C'est le début d'une longue descente aux enfers pour James Ellroy, qui se fera vite réformer de l'armée pour retrouver son ami Randy Rice et sombrer avec lui dans l'abus d'alcool et de drogues.
Durant plus d'une dizaine d'année, James devient sans domicile fixe, vivant de petits boulots et menus larcins, dormant dans les parcs publics, s'introduisant par effraction chez les gens, pas tant pour les cambrioler (même s'il volait des sous-vêtements, de l'alcool, de la marijuana et des cartes de crédit quand c'était possible) que pour le frisson ressenti, déclare-t-il plus tard.
C'est un abcès au poumon en 1975 qui va sûrement le faire renoncer aux drogues et à l'alcool et briser ainsi le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé. Il devient alors caddie dans un club de golf de Los Angeles et commence une vie plus rangée. En 1978 il a l'idée de raconter sa vie dans un roman : Brown's Requiem qui sera publié en 1981 aux États-Unis. Il continue sa carrière d'écrivain avec Clandestin et nous offre la série des Lloyd Hopkins, qu'il terminera avant terme, ne sortant que trois des cinq tomes initialement prévus.
Aujourd'hui James Ellroy est l'un des meilleurs auteurs américains de romans noirs et nous a déjà offert à ses nombreux fans plus d'une quinzaine d'ouvrages durant les vingt dernières années. (cf. wikipedia)
édition(s)...
Rivages / Thriller
Novembre 1989
Rivages / Noir
Avril 1991
Rivages / Noir
Février 2001
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Lune Sanglante
1987
A Cause de la Nuit
1987
La Colline aux Suicidés
1988
Le Dahlia Noir
1988
Clandestin
1989
Le Grand Nulle Part
1989
American Tabloïd
1995
Ma Part d'Ombre
1997
American Death Trip
2001
Underworld USA
2010

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