Albert Simonin
Touchez pas au Grisbi !
Première édition : Gallimard / Série Noire - 1953
un avis personnel...
Publié le 03 octobre 2009
Le Riton, c'est un vieux de la vieille, élevé à Montreuil ; un as de la rapière. Et lorsque le p'tit Fredo est venu le provoquer jusque sur ses terres, on pense qu'il ne faudra pas plus d'une heure pour lui faire payer l'affront. Recta.
Tout le monde croit savoir ce qui s'est passé, Larpin et Maffeux en tête — deux inspecteurs de la PJ qui ont assisté à la provoc' —, tout comme Angelo, le bras droit de Fredo, et ses bires. Il y a du règlement de compte dans l'air, et Max le Menteur, ami de Riton et présent sur les lieux, se retrouve de fait en première ligne.
Seulement le Fredo, on l'a retrouvé la gorge tranchée, et ça, ça n'est pas dans les manières de Riton qui est habitué, en bon professionnel, à frapper au ventre, en remontant. Alors, qui a fait le coup ? Et qui veut lui faire porter le chapeau ?
Apparaît bientôt l'explication de tout ce tintouin et le fait que Josy, la régulière de Riton, un peu trop bavarde, ait répété ce que son homme lui a confié sur l'oreiller ; à savoir le résultat fructueux de son dernier coup en compagnie de Max.
Ainsi Fredo, puis Angelo, aiguillé par Josy, tentent-ils de soutirer le fruit de leur dur labeur aux deux vieux compères qui, on s'en doute, ne se laisseront pas faire…
Touchez pas au Grisbi ! est un sommet dans l'art et la maîtrise de l'argot. Simonin ne simule pas son usage, il vit en argot et ses personnages le suivent sur le même chemin, hyperréaliste.
C'est le monde des truands parisiens qui est ici montré, un monde qui s'étend de Montmartre à la place Clichy en passant par Pigalle. Un monde que Max le Menteur, un vétéran de la blousaille, s'apprête à quitter. Un monde dont il a fait le tour, qui l'a fait vivre, mais qu'il ne regrettera pas.
Si la truculence est au rendez-vous, si l'on sourit à la lecture des filouteries, des embrouilles et des trahisons que se réserve tout ce beau monde, on peut lire aussi ce roman comme un témoignage des mouvements qui agitent la société française dans les années cinquante. Le monde bouge, l'époque change, les influences extérieures se font pressantes et Max, spectateur et "victime" de cette évolution, n'apprécie guère les nouveaux engouements de la jeunesse.
On peut prendre Touchez pas au Grisbi ! comme un simple divertissement, réussi, mais ce serait oublier cette touche si particulière d'Albert Simonin qui, outre son usage irrésistible de l'argot, sait toujours glisser dans ses intrigues, de manière diffuse, ce regard acéré et lucide sur le monde qui l'entoure. Il se trouve que c'était ici la première fois.
Le titre du roman n'est pas seulement une menace, c'est aussi une leçon de morale, touchante.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...

Rencontrant un énorme succès populaire dès sa parution (prix des Deux-Magots quinze jours après sa sortie) et préfacé par Pierre Mac Orlan, de l'Académie Goncourt, Touchez pas au Grisbi a été adapté fidèlement dès 1954 au cinéma par Jacques Becker avec Jean Gabin dans le rôle de Max (ce qui relança sa carrière d'acteur).
Il est le premier volet d'une trilogie qui se poursuit avec Le Cave se Rebiffe puis Grisbi or not Grisbi.
A noter que l'ensemble de la trilogie a été rééditée en un seul volume, titré Le Grisbi, par La Manufacture de Livres en avril 2010.
les dix premières lignes...
Pensant avoir mal compris, tout le monde s'était tu.
On n'entendit plus soudain que le bruit mou de la houpette avec laquelle Josy, la môme de Riton, se tamponnait le visage. Machinalement, la mère Bouche avait mis en veilleuse la rampe du percolateur qui sifflait un peu.
« Ton Riton, je m'en vais le fourrer ». répéta le petit Frédo en se levant.
Devant le zinc, personne mouftait.
Chacun pouvait en penser ce qu'il voulait, de cette provocation. À moi, ça rappelait la lecture du verdict au procès de Paulo-le-Pâle, l'instant où le président avait annoncé que Paulo y allait du cigare. Pour le petit Frédo, c'était du kif, sauf qu'il venait lui-même de prononcer sa condamnation (…)
quatrième de couverture...
Max-le-Menteur pensait se classer parmi les hommes de poids du milieu des malfrats parisiens. Il ne lui manquait pas grand chose. Mais l'assassinat de Fredo vient tout remettre en cause. Qui a tué ce chef de bande ? Riton, son ennemi héréditaire, et meilleur ami de Max ? En son absence, c'est ce que tout le monde croit. Et pour les lieutenants de Fredo, la vengeance va être simple : tuer Max. Entre la police qui cherche Riton et les tueurs fous à ses trousses, Max n'aura pas une minute à lui.
bio express...
Albert SimoninNé à Paris le 18 avril 1905, Albert Simonin fréquente l'école communale et obtient son certificat d'études à douze ans. Orphelin quatre ans plus tard, il accumule les petits boulots — commis, électricien, fumiste — et fréquente les bals populaires et music-halls de quartier. En 1925, il est incorporé dans l'armée en tant qu'artificier et retrouve les bancs de l'école tout en découvrant le plaisir de la lecture, puis de l'écriture. À sa libération, il devient journaliste à L'Intransigeant où il est chargé de la rubrique sportive. Quelques démêlés avec la justice le poussent à l'exil durant deux ans. Il revient à Paris en 1930, décide de se "ranger" et devient chauffeur de taxi. De cette expérience il tirera son premier livre, Voilà Taxi !, écrit en collaboration avec Jean Bazin et manque de peu le Prix Populiste en 1935.
Son parcours de journaliste se poursuit durant à la guerre à L'Intransigeant où il écrit désormais un billet quotidien puis, dans un rôle plus technique, au Centre d'Action et de Documentation (organe de propagande antisémite). Autant de participations qui lui vaudront, à la Libération, d'être condamné à cinq années de réclusion.
En 1953, il publie Touchez pas au Grisbi qui est un succès dès sa publication — il obtient le Prix des Deux Magots quinze jours après sa sortie — et sera porté à l'écran l'année suivante par Jacques Beker, lui apportant cette fois la célébrité. Premier volet d'une trilogie, il sera suivi par Le Cave se Rebiffe puis, en 1955, par Grisbi or not Grisbi qui donnera au cinema Les Tontons Flingueurs, librement adapté du roman.
En 1957 sort le Littré de l'Argot — Dictionnaire d'Usage dans lequel il répertorie les plus belles fleurs de la langue française, version faubourg.
En 1969, il publie une nouvelle trilogie intitulée Chronique de la Vie d'un Demi-Sel dans laquelle il croque les "artisans" du milieu parisien après s'être intéressé aux vieux truands, puis s'attaque à sa propre biographie : Confessions d'un Enfant de La Chapelle (1977).
Il décède à Paris le 15 février 1980.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
1953
Gallimard / Série Noire
Juin 1989
La Manufacture de Livres
Avril 2010
Le Livre de Poche
Février 1964
Carré Noir
Décembre 1972
Carré Noir
1974
Folio
Juin 1989
Folio Policier
Octobre 2000
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Une Balle dans le Canon
1958
Le Hotu
1968
Le Hotu s'Affranchit
1969
Hotu Soit qui Mal y Pense
1971

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