Albert Simonin
Une Balle dans le Canon
Première édition : Gallimard / Série Noire - Septembre 1958
un avis personnel...
Publié le 03 janvier 2009
Le Maltais, que beaucoup donnaient pour mort, est de retour à Paris.
Il est grand temps pour lui de remettre les pendules à l'heure et d'épurer les comptes en suspens. Tony est dans son collimateur, avec cinquante millions dans la balance et trois jours pour rembourser sa dette.
Dick et Tony sont deux anciens de l'Indo. C'est là-bas qu'ils ont connu le Maltais et ses trafics, là-bas qu'ils ont cru pouvoir lui souffler cinquante briques avec lesquelles ils ont fait l'acquisition d'un cabaret du côté de Pigalle, le Tip-Tap. Mais les affaires ne sont pas au top et l'on ne s'improvise pas ainsi patron de ce genre d'établissement. Lorsque leur créancier réapparaît sur la scène, les deux zozos décident de vendre avant que la noyade soit totale et rendre ainsi au Maltais son dû, en espérant qu'il oublie l'amende.
Albert Simonin poursuit avec Une Balle dans le Canon sa chronique de la pègre parisienne des années cinquante en ce focalisant sur le petit monde des cabarets, un environnement à la frontière du grand banditisme et de la vie "normale". Un petit monde peuplé de gens qui jouent les gros durs mais n'en ont pas vraiment la carrure.
Ainsi, Tony et Dick font-ils figure de pigeons ; d'ailleurs, ne se sont-ils pas déjà faits arnaquer lors de l'achat du Tip-Tap ?...
Dans ce milieu ronronnant, le retour du Maltais et de ses méthodes radicales dérange. Un retour qui ramènerait vers Montmartre une recrudescence de malfrats en tout genre — ceux qu'on n'aime pas trop — trafiquants de drogues, d'armes ou de faux talbins, traînant derrière eux la flicaille qui les accompagne. Pas bon pour les affaires…
Ainsi se crée dans l'ombre, masquée par l'affolement de Tony et Dick, une ligue qui vise à l'élimination du Maltais, menée par le bon Pépère qui, tout en bonhomie, prépare sa grosse entourloupe.
Albert Simonin fait vivre tout ce petit monde savoureux dans une intrigue à la construction millimétrée, tout en sauts de puces, qui révèle sa progression en multipliant les points de vue, passant d'un personnage, d'un narrateur, à un autre dans un rythme particulièrement soutenu.
Simonin décrit le Milieu avec précision mais sans toutefois en faire l'apologie. Même si son style, la qualité des personnages et l'emploi de l'argot lui donnent un côté "sympathique", au final il se dégage comme une morale du récit et c'est bien, même s'il fait rêver — et Tony et Dick en seront les premières victimes — que le crime ne paie pas.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Chronologiquement, Une Balle dans le Canon fait suite à la célèbre trilogie écrite par Albert Simonin au début des années cinquante : Touchez pas au Grisbi !, Le Cave se Rebiffe et enfin Grisbi or not Grisbi qu'il convient d'avoir lus.
les dix premières lignes...
Sur les Champs-Élysées, la lance qui tombait dru depuis le début de la soirée avait fait le vide.
Dans un silence, seule l'éclipse intermittente des feux, passant du rouge au vert à perte de vue, marquait pour Dick la fuite du temps. Inquiet, il murmura :
— Qu'est-ce qu'il peut bien foutre ?
Près de lui, le Chinetoc mit en marche l'allume-cigares du tableau de bord dont le grésillement semblait le ravir, tira une cigarette de sa poche, et, hachant un peu les finales des syllabes au fond de sa gorge, avança doucement :
— Ils doivent se disputer (…)
quatrième de couverture...
Y a des quartiers où jamais faudrait filer les pinceaux, because les mirages.
Pigalle, pour prendre un exemple, y a pas plus trompeur. La moindre pomme qui se sent du cœur et des gros bras, sitôt pointée dans le coin, pose tout de suite sa candidature à la promotion des caïds.
« Pépère le moraliste » raffolait de ce genre de caves. Aussi, dès que Tony l'impulsif et son pote Dick le brutal lui ont passé à portée de paluche, le massacre a commencé. Question mouillette, le vioc leur en a maquillé une sévère…
bio express...
Albert SimoninNé à Paris le 18 avril 1905, Albert Simonin fréquente l'école communale et obtient son certificat d'études à douze ans. Orphelin quatre ans plus tard, il accumule les petits boulots — commis, électricien, fumiste — et fréquente les bals populaires et music-halls de quartier. En 1925, il est incorporé dans l'armée en tant qu'artificier et retrouve les bancs de l'école tout en découvrant le plaisir de la lecture, puis de l'écriture. À sa libération, il devient journaliste à L'Intransigeant où il est chargé de la rubrique sportive. Quelques démêlés avec la justice le poussent à l'exil durant deux ans. Il revient à Paris en 1930, décide de se "ranger" et devient chauffeur de taxi. De cette expérience il tirera son premier livre, Voilà Taxi !, écrit en collaboration avec Jean Bazin et manque de peu le Prix Populiste en 1935.
Son parcours de journaliste se poursuit durant à la guerre à L'Intransigeant où il écrit désormais un billet quotidien puis, dans un rôle plus technique, au Centre d'Action et de Documentation (organe de propagande antisémite). Autant de participations qui lui vaudront, à la Libération, d'être condamné à cinq années de réclusion.
En 1953, il publie Touchez pas au Grisbi qui est un succès dès sa publication — il obtient le Prix des Deux Magots quinze jours après sa sortie — et sera porté à l'écran l'année suivante par Jacques Beker, lui apportant cette fois la célébrité. Premier volet d'une trilogie, il sera suivi par Le Cave se Rebiffe puis, en 1955, par Grisbi or not Grisbi qui donnera au cinema Les Tontons Flingueurs, librement adapté du roman.
En 1957 sort le Littré de l'Argot — Dictionnaire d'Usage dans lequel il répertorie les plus belles fleurs de la langue française, version faubourg.
En 1969, il publie une nouvelle trilogie intitulée Chronique de la Vie d'un Demi-Sel dans laquelle il croque les "artisans" du milieu parisien après s'être intéressé aux vieux truands, puis s'attaque à sa propre biographie : Confessions d'un Enfant de La Chapelle (1977).
Il décède à Paris le 15 février 1980.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
Septembre 1958
Poche Noire
Juin 1968
Carré Noir
1981
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Touchez pas au Grisbi !
1953
Le Hotu
1968
Le Hotu s'Affranchit
1969
Hotu Soit qui Mal y Pense
1971

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