Bois

Fred Gevart

Ecorce - Décembre 2010

Tags :  Psychologie Quidam France Années 2000 Littéraire Moins de 250 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 13 novembre 2011

Recommandé Sylvain Michalsky pourrait être une homme heureux : il a quarante ans, il est marié à Marlène, est le père de deux filles et romancier à succès. La façade est tout ce qu'il y a de plus convenable ; derrière, c'est autre chose…
Son présent est celui d'un homme à qui l'on vient d'apprendre qu'il est condamné par un cancer en phase terminale et que son espérance de vie se réduit à quelques mois. Une information que Michalsky a gardé pour lui puisque son couple à tendance à battre de l'aile.
Son passé est plus compliqué. Suite à un accident survenu douze ans plus tôt à l'issue d'une prise d'otage dont il a été victime, Sylvain a été frappé d'une amnésie totale sur ses vingt-huit premières années. Ne lui est restée qu'une forte appétence pour l'alcool, toujours présente après ses deux années de coma, et quelques images angoissantes. En réapprenant à vivre au côté de son épouse, de sa première fille née durant son immobilisation, Michalsky a aussi cessé de boire.

L'annonce par son médecin de sa mort imminente alors que sa femme et ses filles sont absentes est un déclencheur. Tout comme la libération de Sandrine LLoebe, complice de la prise d'otage dont il a été victime. Michalsky se remet à boire… seul.
À son réveil, il découvre une page de texte dont il est visiblement l'auteur mais dont il n'a aucun souvenir et qu'il ne comprend pas. Il prend la route pour rejoindre sa femme à Royan…

Si vous n'avez pas peur de vous perdre, si les labyrinthes ont toute votre affection et si vous attachez de l'importance à l'esthétisme, Bois est un roman fait pour vous. Sur les traces de Sylvain Michalsky, homme sans passé ni avenir, vous allez errer dans un univers sombre et angoissant au centre duquel se situe la prise d'otage qui a eu lieu douze ans plus tôt et son issue fatale. Fred Gevart multiplie les voix, les regards (qui se matérialisent par différentes typographies dans le texte), les lieux, les temps. Il ne s'agit pourtant aucunement d'une enquête, mais plutôt d'une entreprise de déconstruction / reconstruction.
Roman esthétique qui laisse libre cours à de multiples interprétations, Bois se construit autour du cauchemar récurrent de Michalsky. Comme une image composée, en noir et blanc. Une photographie mouvante, celle d'un accident qui n'apparaît cependant pas tout de suite. Cadrée au ras de la route, on aperçoit d'abord des éclats de verre, de lumière, avant de découvrir plus loin, dans le flou de la profondeur de champ, un cadavre automobile. Puis l'objectif s'élève et c'est un chaos de livres éparpillés, tous identiques, et un brouillard…

J'ai beaucoup entendu parler d'une similitude de traitement qui rapprocherait l'écriture de Fred Gévart de la manière filmer de David Lynch. Peut-être… J'avoue ne pas être cinéphile averti et pas toujours séduit par l'univers du cinéaste. Mais là où l'écran m'apparaît hermétique, les pages du roman se laissent transpercer, mariant le projet de l'auteur à celui du lecteur en une symbiose beaucoup plus digeste.
Ainsi on se laisse emporter / mener par un écrivain qui ne laisse rien au hasard, soigne son style, ses effets, sa construction, ses agencements, comme un artisan pointilleux conscient de l'originalité de l'œuvre qu'il est en train de façonner.

À l'opposé des page-turner chers à l'industrie du polar, Bois est un roman exigeant, intrigant, qui ne laisse pas indifférent et demande toute l'attention de son lecteur. Fred Gevart n'est pas de ceux qui se foutent de vous.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Bois est le second roman paru aux éditions Ecorce, maison fondée par Cyril Herry, micro structure qui ne sort qu'un roman par an mais privilégie l'excellence et l'originalité.
Premier de la série, Retour à la Nuit, d'Eric Maneval, est tout aussi performant.

Par ailleurs, Fred Gevart pratique avec bonheur l'art de la nouvelle. Vous trouverez ici-même certains de ses textes publiés sous le pseudonyme de Fredgev. Je vous laisse fouiller par ici

Le début...

Les dix premières lignes...

Un hurlement dans ton sommeil. Il n'est même pas cinq heures. Tu te réveilles en sursaut, le souffle court. Depuis que Sandrine est revenue, les nuits d'été sont devenues insupportables, bourrées de rêves humides et de cris étouffés, chargées de pensées impures, de remords violents
Il fait trop chaud.
Les condamnés à mort se réveillaient comme ça. Personne ne les avait prévenus. Ils avaient passé la nuit à scruter les bruits des aides qui montaient la machine dans la cour de la prison, sous le velum noir, en vain. Ils finissaient par s'endormir.
Alors on ouvrait leur porte en grand et on les tirait du lit. Il leur restait vingt minutes, en tout et pour tout. Moins d'une demi-heure avant la chemise découpée, la cigarette et le verre de rhum au greffe, puis la bascule et l'autre côté de la porte.
Ambroise savait tout ça (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Le dernier matin, quarante pour cent des suppliciés se conduisirent en lâches. Pleurant, hurlant, luttant du début à la fin.
L'un d'entre eux a même tenté de gagner du temps par tous les moyens : lettre à sa mère, à son père, à ses frères et sœurs, à ses voisins, renversant par deux fois le verre de rhum et demandant une quatrième, puis une cinquième dernière cigarette.
Un autre s'est tant débattu qu'il a chuté de la bascule dans le grand panier sur le corps cisaillé de son compagnon.
Certains, comme Lacenaire, sur-jouaient. La tête haute jusqu'à ce qu'elle tombe. Déversant leur mépris sur les membres du cortège, sur la foule, sur le bourreau.
Mais quelques uns partaient sans forfanterie. Dignement. Sans faiblesse exagérée.
Ils mourraient en hommes. Pense à Soudy, Callemin et Monnier, un matin d'avril 1913, à l'angle du boulevard Arago.
Sylvain Michalsky, à n'en pas douter, aurait été de leur trempe.
Quant à toi…

Lors de l'assaut du G.I.G.N., l'explosion avait effacé l'intégralité de sa mémoire.
Vingt-huit ans réduits à néant. Mais Marlène était revenue. Ils avaient fondé une famille et le succès littéraire avait suivi.
Après quinze ans d'abstinence, c'est dans un verre d'alcool que Michalsky découvre ce qui s'est réellement passé dans les galeries désaffectées de la mine de Tungstène. L'amnésie lui avait tout donné, mais à présent la vérité vient reprendre son dû.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Fred Gevart










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