James Ellroy
La Colline aux Suicidés
Première édition : Rivages / Noir - Janvier 1988
un avis personnel...
Publié le 01 mars 2006
Le premier mot qui me vient concernant le troisième opus de la trilogie Lloyd Hopkins, c'est déception.
Bien sûr.
On assiste à la fin, certes brillante, mais la fin quand même de la carrière du flic le plus génial de Los Angeles. Cassé par sa propre démence, ayant lui-même scié la branche sur laquelle il était assis.
Rejeté par ses supérieurs, malgré son génie.
Déclaré inapte définitivement à conduire une enquête criminelle.
Ça fait tout drôle quand même.
Dans À Cause de la Nuit, on sentait déjà que Lloyd n'était pas sur la bonne pente. Mais on pouvait se dire qu'il allait redresser la barre. Récupérer sa femme et ses mômes et un semblant d'équilibre psychologique, reprendre sa carrière en main, redevenir un flic génial mais pas complètement timbré..
Mais si l'on creuse un peu, on se rend compte que c'est absolument impossible.
Le personnage tel qu'il est construit par Ellroy est rongé de l'intérieur depuis le début, depuis ces aveux à la fin de Lune Sanglante sur les blessures de son enfance, les raisons qui le poussent avec acharnement à vouloir protéger le monde, l'innocence, les femmes, les enfants, tout ça en vrac et sans discernement. Lloyd est fini depuis le début mais il a fait illusion, pendant quelque temps.
Alors cette fin sordide et brillante en même temps est dans la continuité, sans réelle surprise.
Mais bigrement dure à accepter.
On voit aussi surgir dans ce roman quelques personnages encore plus hauts en couleurs que les habituels "joyeux" drilles qui peuplent les cauchemars de Ellroy.
Deux frangins cambrioleurs complètement oufs, dont l'un est un violeur invétéré qui se prend pour un requin, et l'autre un musicien raté totalement soumis à la volonté de son frère.
Un voleur de voitures au QI comparable à celui de Lloyd Hopkins, qui se transforme petit à petit en braqueur de banques, tueur de flics, et tueur tout court, tout ça pour ne pas abandonner ses rêves de filer le parfait amour avec une fausse star du rock, vraie cocaïnomane-pute-paumée-irrécupérable.
Un vrai foutoir ce roman. À l'image de la ville, comme toujours, et du brouillard qui pollue la tête de Lloyd Hopkins.
Il était, il n'est plus. Et après ça, on se demande quels pourront bien être les prochains fantasmes de Ellroy.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Vraiment pas d'idée.
Peut-être continuer à suivre la route d'Ellroy, peut-être aller chercher des héros tout aussi désabusés mais avec plus de tendresse, chez Dennis Lehane par exemple.
les dix premières lignes...
Évaluation psychiatrique - Mémorandum :
(...) Sujet : Hopkins, Lloyd W., Sergent, Service de la Criminelle.
Messieurs,
Ainsi qu'il m'a été demandé, j'ai établi une évaluation du sergent Hopkins à mon cabinet privé, au cours de cinq séances de consultation d'une heure chacune, qui se sont tenue du 6 au 10 novembre 1984. Je l'ai trouvé en bonne santé physique, et d'une grande vivacité d'esprit pour une intelligence qui atteint au génie. Il a participé à ces séances avec beaucoup de bonne volonté, voire le désir de bien faire, contredisant ainsi vos craintes initiales quant à sa coopération. Ses réactions à des questions d'ordre intime et à des attaques agressives furent honnêtes, sincères et sans tergiversations (...).
quatrième de couverture...
Depuis que sa femme et ses filles l'ont quitté, le sergent Lloyd Hopkins est seul. Seul contre ses anciens collègues qui veulent le forcer à prendre une retraite anticipée ; seul contre des braqueurs de banque tueurs de flics ; contre les nouveaux chrétiens, contre les tarés, les macs, les fêlés et les obsédés du cul.
Hopkins est seul contre lui-même et sa propre folie. Et il est prêt au sacrifice.
bio express...
James EllroyJames Ellroy (de son vrai nom Lee Earle Ellroy) est né le 4 mars 1948 d'un père comptable relativement âgé (50 ans) et d'une mère infirmière d'origine allemande. Six ans plus tard, ses parents divorcent et c'est logiquement sa mère qui obtient la garde de l'enfant. Lorsqu'il a dix ans, ils déménagent pour un quartier populaire de Los Angeles ; à cet âge, James est déjà un fervent lecteur de littérature policière.
C'est peu de temps après, le 22 juin 1958 que sa mère, Jean Ellroy, est assassinée, événement qui le marquera à jamais. Le coupable ne sera d'ailleurs jamais retrouvé. James est alors confié à son père, âgé alors d'une soixantaine d'année qui, malgré sa bienveillance, le laisse la plupart du temps livré à lui même. Commence alors pour lui une succession de bêtises plus ou moins graves. En 1961 il fait la connaissance de Randy Rice, "petit voyou" comme lui, qui partagera ses quatre cents coups, son goût pour les romans policier et pour les filles.
En 1965 , devant la dégradation de l'état de santé de son père, James qui s'est fait renvoyer du collège s'engage à contrecœur dans l'armée, poussé par son père mourant qui succombera d'ailleurs d'un cancer peu de temps après. C'est le début d'une longue descente aux enfers pour James Ellroy, qui se fera vite réformer de l'armée pour retrouver son ami Randy Rice et sombrer avec lui dans l'abus d'alcool et de drogues.
Durant plus d'une dizaine d'année, James devient sans domicile fixe, vivant de petits boulots et menus larcins, dormant dans les parcs publics, s'introduisant par effraction chez les gens, pas tant pour les cambrioler (même s'il volait des sous-vêtements, de l'alcool, de la marijuana et des cartes de crédit quand c'était possible) que pour le frisson ressenti, déclare-t-il plus tard.
C'est un abcès au poumon en 1975 qui va sûrement le faire renoncer aux drogues et à l'alcool et briser ainsi le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé. Il devient alors caddie dans un club de golf de Los Angeles et commence une vie plus rangée. En 1978 il a l'idée de raconter sa vie dans un roman : Brown's Requiem qui sera publié en 1981 aux États-Unis. Il continue sa carrière d'écrivain avec Clandestin et nous offre la série des Lloyd Hopkins, qu'il terminera avant terme, ne sortant que trois des cinq tomes initialement prévus.
Aujourd'hui James Ellroy est l'un des meilleurs auteurs américains de romans noirs et nous a déjà offert à ses nombreux fans plus d'une quinzaine d'ouvrages durant les vingt dernières années. (cf. wikipedia)
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Lune Sanglante
1987
A Cause de la Nuit
1987
Le Dahlia Noir
1988
Clandestin
1989
Un Tueur sur la Route
1989
Le Grand Nulle Part
1989
American Tabloïd
1995
Ma Part d'Ombre
1997
American Death Trip
2001
Underworld USA
2010

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