Robin Cook
Quelque Chose de Pourri au Royaume d'Angleterre
Première édition : Rivages / Ecrits Noirs - Février 2003
un avis personnel...
Publié le 19 juin 2007
Une chronique de Jérôme Jukal.
Dès les premières lignes, nous sommes dans un roman rural, un petit coin d’Italie vue par un anglais venu s’y installer et en adopter le mode de vie.
Sous mes yeux, le vent se lève. Le paysage tout entier se soulève et murmure comme un océan. Sous leurs ombrelles de feuillage, les pieds de vigne et les oliviers gris pâle se tournent pour fuir vers la route qui serpente tout là-haut — ce ruban de poussière blanche qui traverse une forêt d’un vert lugubre que le soleil n’a pas encore atteinte et des champs de chaume où le blé commence à peine à pousser.
Il en a adopté le mode de vie, la culture de la vigne, et le rythme, lent, celui des saisons.
Mais on comprend qu’il a fui, qu’il se préoccupe de ses vignes pour ne pas ressasser de sombres pensées mais elles sont toujours là.
Vue du ciel, l’allée de gravier qui relie notre maison à la route ressemble à une vipère tuée d’un coup de bâton […]
Même dans la contemplation, des images de violence se glissent. Le paysage, une scène anodine, cachent une noirceur insoupçonnée, une noirceur, un désespoir, qui hantent le personnage principal, le narrateur.
Sortant du lit aussi silencieusement que possible, je me lève et contemple Magda qui dort encore. Couchée sur le ventre, le drap barrant l’arrière de ses cuisses, le dos perlé de sueur, elle paraît alanguie, sinon que, sous sa tête, son poing fermé est enfoncé dans sa bouche, comme si elle s’efforçait de ne pas crier. Elle ressemble à un cadavre arraché en hâte d’un véhicule en feu et qu’on aurait recouvert à moitié.
Nous côtoyons un couple d’anglais, savourant sa vie en Toscane, mais souffrant d’une blessure profonde, douloureuse. Une blessure qui a à voir avec leur exil. Un exil qu’ils tentent de savourer mais tout les rapproche, les rattache à leur pays, l’Angleterre, dont ils sont partis pour fuir une situation politique pour le moins dangereuse. Richard Watt, le narrateur a eu le malheur de dénoncer les idées troubles, inquiétantes, de celui qui est devenu le Premier ministre. La situation a empiré, le pays s’éloigne de la démocratie… Mais loin de son pays, on est parfois perdu. On ne peut pas s’en éloigner éternellement, l’oublier.
Je ne cherchais plus les événements, comme au temps lointain où j’étais journaliste ; c’était eux qui m’avaient trouvé, et les gens qui les provoquaient avaient de la haine pour moi.
Nous ne sommes pas dans un roman rural, mais bien dans un roman noir. Dans un style superbe, le narrateur nous fait part de ses doutes, du lent délitement de ses certitudes.
Les convictions les plus profondément ancrées en soi sont-elles suffisantes pour résister à la tyrannie ?
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Il y a de l’uchronie dans ce roman alors, penchez-vous sur Robert Harris et son Fatherland, mais pour la qualité de l’écriture et de la description de l’inexorable marche du destin, il faudra peut-être chercher du côté des maîtres du roman noir dont Robin Cook est l’un des membres.
les dix premières lignes...
Je me réveille, la tête remplie d’un flot de chiffres que j’ai additionnés et soustraits toute la nuit dans mon sommeil. Depuis un moment, je perçois le zonzonnement intermittent des moustiques. Un papillon de nuit aux ailes noires, large de quatre centimètres, est plaqué en biais sur le mur, derrière la table de chevet, à moitié caché par elle.
Il y a cinq ans et dix-sept jours que nous vivons ici ; nous avons vu cinq fois se dérouler le cycle complet des saisons sur cette terre (...)
quatrième de couverture...
Richard Watt, journaliste anglais engagé, s’est exilé dans un village d’Italie pour fuir une Angleterre qui a sombré dans la dictature. En effet, le nouveau Premier ministre Jobling se refuse à organiser des élections à expiration de son mandat et réprime férocement toute opposition politique.
La présence de Watt à Roccamarittima ayant été signalée aux autorités anglaises par un couple britannique, le journaliste est extradé vers son pays d’origine, où il tombe entre les griffes de ses ennemis.
bio express...
Robin CookNé en 1931 en Angleterre une cuillère d'argent dans la bouche – grande bourgeoisie oblige – plus connu dans le monde anglo-saxon sous le pseudonyme de Raymond Derek étant donné le carambolage avec l'auteur américain de thrillers médicaux à la chaîne, Robin Cook, le vrai, a vite tourné le dos à ses origines après, tout de même, quelques années d'études au prestigieux collège d'Eton.
Dès les années cinquante, parti à la découverte du monde, on le retrouve au États-Unis, puis un peu plus tard en Espagne où il se fait trafiquant et est remarqué pour son anti-franquisme. Retour en Angleterre pour un peu de navigation mafieuse, puis c'est l'Italie où il devient viticulteur...
Au milieu des années soixante-dix il pose ses valises dans le sud de la France pour un moment de vie à la campagne ; il sera successivement agriculteur, bûcheron.
Il est publié pour la première fois en 1962 mais reste un auteur "confidentiel" et abandonne durant dix l'écriture. L'adaptation en 1985 par Jacques Deray de son roman Il est Mort les Yeux Ouverts (sous le titre On ne Meurt que Deux Fois) lui apporte notoriété et succès.
S'en suivront une nouvelle série de romans, jusqu'en 1994, année durant laquelle il décède d'un cancer.
édition(s)...
Rivages / Ecrits Noirs
Février 2003
Rivages / Noir
Septembre 2005
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Crème Anglaise
1966
Le Soleil qui s'Éteint
1982
On ne Meurt que Deux Fois (Il est Mort les Yeux Ouverts)
1983
Les Mois d'Avril Sont Meurtriers
1984
Comment Vivent les Morts
1986
Cauchemar dans la Rue
1988
J'Étais Dora Suarez
1990
Vices Privés, Vertus Publiques
1990
Bombe Surprise
1993
La Rue Obscène
1999

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