Renaud Marhic
Terminus Brocéliande
Première édition : Editions du Barbu - Novembre 2008
un avis personnel...
Publié le 15 mai 2007
Une chronique de Émeric Cloche.
Au départ, le projet de la collection Polar Grimoire — allier polar et merveilleux — me foutait la trouille, Marlowe au pays des merveilles, je me demandais bien ce que cela pourrait donner. C’était sans compter la perspicacité et le style de Renaud Marhic.
À peine le bouquin entamé on est pris par la narration à deux niveaux, le journal intime féerique, voyage initiatique, véritable descente aux enfers schizophréniques et freudiens de Christophe R. et l’enquête de Maël Mac’herig, criminologue sur le retour devenu privé. Le polar est bien là, le merveilleux aussi. On croisera, pèle mêle : le grand dieu Pan, Edgar Allan Poe, Yeats, Sax Rohmer, Haggard, Algernon Blackwood, Kipling, Aleister Crowley tous en rapport avec la mystérieuse Golden Dawn. On retrouvera aussi l’univers du jeu de rôle, déjà évoqué dans Schisme n’ Blues du même auteur.
L’histoire bien ficelée, bourrée de clins d’œil, est servie dans un style coupé au couteau, immédiatement identifiable. Chaque mot est pesé et interpelle le lecteur. Une fois le livre refermé on se dit que oui, la lecture de Terminus Brocéliande se fait à plusieurs niveaux et que Renaud Marhic vient de nous mettre en garde, avec justesse, encore une fois, contre certains charlatans qui se nourrissent d’âmes trop crédules.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Schisme n’Blues, Hermines et Idées Noires du même auteur dans la collection Granit Noir ! chez Terre de Brume ou Ankou, Lève-toi de Frédérick Houdaer chez les Editions du barbu dans la collection Polars&Grimoires.
les dix premières lignes...
La lune s’invita au vasistas et Maël Mac’Herig leva les yeux de sa lecture. La course de la blafarde parut l’inspirer un instant. Combien de circonvolutions avait-il accompli autour de ces obscures photocopies ? Sans autre résultat que ces vrais faux-semblants, ces perspectives en trompe-l’œil. Mac’herig, pourtant, voulait encore y croire : au PV de gendarmerie rugueux crissant entre ses doigts ne manquait que le juste éclairage. Chaque bouffissure de langage prête à livrer son message en ombre chinoise. Mac’hérig était de vieille école. Sans état d’âme, il en observait les stricts commandements : qu’importe le témoin ! Assermenté ou béotien. Toujours convenait-il d’en décrypter les émotions premières. De là restituer les faits dans la clarté de leur perception initiale. La solution tapie dans l’énoncé de la question… Toujours (...)
quatrième de couverture...
Christophe R., jeune thésard en anthropologie, est porté disparu. Ses vêtements ont été retrouvés lacérés en pleine forêt de Brocéliande, près de l'Hôtié de Viviane.
Derrière lui, le "disparu du Val sans retour" a laissé un étrange journal intime relatant ses incursions dans un monde magique, en quête de "Linoï", créature mi-femme, mi-fée... C'est ce journal que confie la mère du jeune homme au criminologue Maël Mac'herig.
À la recherche de Christophe R., Mac'herig va devoir décrypter un kaléidoscope trompeur où interfèrent amateurs de jeux de rôles, adeptes de musique gothique, ainsi qu'un inquiétant bouquiniste spécialisé en livres maudits... Il devra aussi découvrir ce qu'étaient venus faire à Brocéliande, en 1900, les écrivains gallo-irlandais Arthur Machen, William Butler Yeats, et Bram Stoker, réunis en grand secret près du tombeau de Merlin...
Au terme de ce thriller féerique, le lecteur aura en main tous les éléments nécessaires pour reconstituer le puzzle. Mais attention : à se confronter au monde de Christophe R., ne risque-t-on pas d'en devenir un personnage à part entière ?
bio express...
Renaud MarhicEn forme d'autoportrait glané sur le site de l'auteur :
Brest, 1965. Ce sera trop tard pour Woodstock — tant pis pour l’amour dans la boue. Un peu juste pour l’épingle à nourrice dans la joue — pourtant seyant. Vingt ans au cœur des "années frics"… Face au néant, je vis la tête en arrière. De facto, fruit des amours contre nature du flower power et du punk. Un peu décalé, sûrement. La suite à l’avenant. ("Me serais bien vu rock star. Ne sachant pas chanter, suis devenu journaliste". Longtemps, je raconterai ça. La dérision pour toute pudeur.) Je lis Philippe Djian. Éblouissement. Entrée en littérature. La nuit, je rédige mon premier roman, mes premières nouvelles. Jardinage et p’tit secret. Surtout ne pas importuner un éditeur avec ça. Réflexion sur l’écrit. (Elle durera quinze ans.) Le journalisme pour ersatz. Je rame à la radio. Galère en petite presse. Free lance tendance investigation.
1995 : affaire du Temple Solaire. Déjà cinquante-trois morts. Dix-sept adeptes de plus prennent un aller-simple pour Sirius. Je viens de cibler la secte dans un livre-enquête. Soulignant qu’elle n’a pas fini de nuire… Alors la cour des grands. Médias nationaux. Je pige à l’écrit, à l’audiovisuel. Au passage, je signe sept essais. Et me fixe en des publications choisies : Charlie Hebdo, Le Vrai Papier Journal… Fin du premier acte.
Spécialiste des sujets qui fâchent, je me fais tant d’amis… De la nature humaine goûtant plus qu’à mon tour l’intriguant panorama. Il est un éditeur pour s’en apercevoir. Et m’interroger. Aurais-je l’ambition de la fiction ? Cette fois, il n’est plus temps de cultiver son jardin. Ça s’appellera Hermines et Idées Noires (Terre de Brume, 2000). Roman noir politique. Néo-polar. Expérience du journaliste d’investigation alimentant la plume de l’écrivain. Enfin face à moi-même. D’abord, guetter sans trop y croire : la barre symbolique des deux milles exemplaires — franchie —, ces lecteurs qui ont lu — le font savoir —, et puis ces gens que je ne connais pas, qui parlent de moi. (Il y a cette fille — Élodie — de Jeunes à Paris. Ce critique de La Voix du Nord. Nathanaël Tribondeau et sa Mandragore Verte. Merci.) Enfin, réaliser : le deuxième acte a commencé.
"Le monde s’effritait selon des règles depuis longtemps découvertes. Et le journalisme, désormais, m’emmerdait. Alors je menais double vie. Tirant la gueule à l’investigation le jour, bandant à mort pour la littérature la nuit. En tant que gratte-papier, je désirais qu’on me foute la paix. En tant qu’écrivain, je voulais : que Tika soit ma muse — soit ne m’amuse pas, mais qu’elle soit là, près de moi ; que les Mickey 3D me rendent jaloux par la beauté de leurs textes — j’ai toujours envié les musiciens ; que James Ellroy jure — "la vie de ma mère !" — revenir un de ces quatre au style incisif et glacial de White Jazz. Tout ça n’était pas gagné."
Rien n'est perdu.
Je suis écrivain.
édition(s)...
AK Éditions / Polar Grimoire
Avril 2007
Editions du Barbu
Novembre 2008
Terre de Brume
Octobre 2011
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Hermines et Idées Noires
2000
L'Oreille de Denys
2008
Korrigans Connection
2010

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