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Renaud Marhic

Hermines et Idées Noires

Couverture

Première édition : Terre de Brume - Décembre 2000

Tags : Roman noir Roman d'enquête Discrimination Mystique Service secret Journaliste Original France Années 1990 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 15 mai 2007

Une chronique de Émeric Cloche.

Hermines et Idées Noires est un livre salvateur. Il rappelle la facilité avec laquelle on construit une identité culturelle teintée de nationalisme amenant tout droit à la "Fracture ethnique". Renaud Marhic se sert de son expérience de journaliste d’investigation. Et il en a à son actif des reportages sur les sectes de tout poil et les extrémistes de droite. Alors il se pose là, un instant, pour nous tirer dans une descente chez les charlatans de l’identité régionale. Mais si, vous les connaissez : ceux qui mélangent un peu d’ésotérisme, de symbolisme et se revendiquent des cultes morts, des dires invérifiables, des histoires raccommodées à la sauce spectacle pour peindre le monde et brailler mon pays est le plus beau des pays :

Je pouvais siroter tranquillement ma bénédictine. Sa logorrhée était parfaitement claire. À l’évocation de tel ou tel mot-clé, la banque de données de ces fantasmes dégueulait tout et plus.

Ils se servent de toutes les ficelles pour décrocher argent et pouvoir :

Je n’ai jamais bien compris le rapport entre hindouisme et druidisme, ai-je enchaîné. À ce que l’on m’a dit, l’Archidruide se serait laissé convaincre par Mikaelof que tout là-bas, sur les rives de l’Indus, se retrouverait des traces du culte druidique primordial. Une belle foutaise ! Ecoute ça : les indo-européens ancêtres des Celtes, ceux-ci ayant perpétué un culte asiatique à travers la religion druidique… L’Archidruide, lui, se régale de ce genre de tuyau crevé. Tu comprends, il y voit l’occasion de se hisser au dessus de la concurrence en tant que seul et unique héritier de la Grande Tradition. Si demain tu lui apportes le testament de Panoramix, il est encore foutu d’y croire. Comme dirait Mat, il a tellement soif de filiations ésotériques qu’il risque la cuite spirituelle.

Pour nous accompagner dans ses méandres nauséabonds (où on croisera, pèle mêle, les Ouvriers de Dieu, des motards fascisants, un grand druide, les services du contre espionnage français, un flic de la SRPJ, Le Rassemblement Pour le Pays Breton…) on suivra Saint Just, journaliste, (anti) héros Rock’n’Roll de ceux que le roman noir sait si bien engendrer. On ne s’étonnera pas, au fil des pages, de se régaler les oreilles avec La Souris Déglinguée, Noir Désir, les Sex Pistols ou encore Gérard Manset le poète rock. Les métaphores :

La veille, j’avais laissé sonner le téléphone comme on laisse le chat pisser sur l’abat-jour. Par dépit. Parce qu’il est trop tard et qu’il va falloir se salir les mains ou faire avec l’odeur.

Et le style vif et nerveux de Renaud Marhic ne gâchent rien à l’affaire.

Le dos appuyé à l’unique cabine téléphonique de Kermachin, le nez planté aux cieux, j’attendais les étoiles. Pour l’heure, je devais me contenter des hirondelles et des martinets dont le dernier ballet annonçait le début de la nuit. Il me tardait. A-t-on déjà vu une étoile vous bombarder de sa fiente ?



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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Terminus Brocéliande ou Schisme n’Blues du même auteur.

les dix premières lignes...

« Le siècle est en train de passer, mon con ! »
J’ai horreur qu’il me parle comme ça. Pourtant, je sais qu’il a raison. Pour le siècle bien sûr. Pas facile d’imaginer qu’il est flic. Avec sa dégaine de rocker, on lui donnerait l’anarchie sans confession.
La veille, j’avais laissé sonner le téléphone comme on laisse le chat pisser sur l’abat-jour. Par dépit. Parce qu’il est trop tard et qu’il va falloir se salir les mains ou faire avec l’odeur. À la treizième sonnerie le calme était revenu. J’avais apprécié l’attention. Détournant mon regard de l’écran du téléviseur, je m’étais dirigé vers la chaîne et y avais enfourné le 666/667 Fan Club de Noir Désir. Pure dérision. Le son n’avait pas réussi à chasser l’image. J’en avais ma claque. J’étais sorti (...)

quatrième de couverture...

“Saint-Just” est journaliste. Il a ses têtes : le fascisme, les sectes, le néolibéralisme… Ses passions aussi : l’alcool et les femmes. S’il s’adonne à la première sans retenue, la seconde lui donne bien du fil à retordre.
Avec Mat, le flic qui couperait son manteau en deux pour les idéaux de 1789, Saint-Just se lance sur la piste de l’opération "Fracture Ethnique". Au sein d’une Europe en proie au déchirements nationalistes, la Bretagne apparaît comme une cible de choix pour les inquiétants Ouvriers de Dieu. Dans une atmosphère fin de siècle propice à toutes les manipulations s’engage alors un jeu de poker menteur à hauts risques d’où les services de contre-espionnage ne sont pas absents.
Où l’on découvre une officine secrète au service de la diplomatie vaticane, des barbouzes équivoques, quelques druides qui s’agitent sur la lande, de puissants réseaux d’influence et une bande de bikers en folie…
Et puis il y a Sando, le tenancier de boîte de nuit bien décidé à ne pas se laisser empailloter ; Laurie, la blonde légère ; Raymond, l’inquiet spirituel ; Syles, l’énigmatique et Tika, la fille aux yeux de feu.

Il n’y a pas de héros dans ce polar réaliste où l’adrénaline l’emporte toujours sur l’ennui, un air de rock’n’roll en prime. Plutôt, on y croise des êtres humains, avec leurs convictions et leurs contradictions, plongés au cœur d’une réalité qui les dépasse. Au risque de s’y noyer…

bio express...

Renaud Marhic Renaud MarhicEn forme d'autoportrait glané sur le site de l'auteur :
Brest, 1965. Ce sera trop tard pour Woodstock — tant pis pour l’amour dans la boue. Un peu juste pour l’épingle à nourrice dans la joue — pourtant seyant. Vingt ans au cœur des "années frics"… Face au néant, je vis la tête en arrière. De facto, fruit des amours contre nature du flower power et du punk. Un peu décalé, sûrement. La suite à l’avenant. ("Me serais bien vu rock star. Ne sachant pas chanter, suis devenu journaliste". Longtemps, je raconterai ça. La dérision pour toute pudeur.) Je lis Philippe Djian. Éblouissement. Entrée en littérature. La nuit, je rédige mon premier roman, mes premières nouvelles. Jardinage et p’tit secret. Surtout ne pas importuner un éditeur avec ça. Réflexion sur l’écrit. (Elle durera quinze ans.) Le journalisme pour ersatz. Je rame à la radio. Galère en petite presse. Free lance tendance investigation.

1995 : affaire du Temple Solaire. Déjà cinquante-trois morts. Dix-sept adeptes de plus prennent un aller-simple pour Sirius. Je viens de cibler la secte dans un livre-enquête. Soulignant qu’elle n’a pas fini de nuire… Alors la cour des grands. Médias nationaux. Je pige à l’écrit, à l’audiovisuel. Au passage, je signe sept essais. Et me fixe en des publications choisies : Charlie Hebdo, Le Vrai Papier Journal… Fin du premier acte.

Spécialiste des sujets qui fâchent, je me fais tant d’amis… De la nature humaine goûtant plus qu’à mon tour l’intriguant panorama. Il est un éditeur pour s’en apercevoir. Et m’interroger. Aurais-je l’ambition de la fiction ? Cette fois, il n’est plus temps de cultiver son jardin. Ça s’appellera Hermines et Idées Noires (Terre de Brume, 2000). Roman noir politique. Néo-polar. Expérience du journaliste d’investigation alimentant la plume de l’écrivain. Enfin face à moi-même. D’abord, guetter sans trop y croire : la barre symbolique des deux milles exemplaires — franchie —, ces lecteurs qui ont lu — le font savoir —, et puis ces gens que je ne connais pas, qui parlent de moi. (Il y a cette fille — Élodie — de Jeunes à Paris. Ce critique de La Voix du Nord. Nathanaël Tribondeau et sa Mandragore Verte. Merci.) Enfin, réaliser : le deuxième acte a commencé.

"Le monde s’effritait selon des règles depuis longtemps découvertes. Et le journalisme, désormais, m’emmerdait. Alors je menais double vie. Tirant la gueule à l’investigation le jour, bandant à mort pour la littérature la nuit. En tant que gratte-papier, je désirais qu’on me foute la paix. En tant qu’écrivain, je voulais : que Tika soit ma muse — soit ne m’amuse pas, mais qu’elle soit là, près de moi ; que les Mickey 3D me rendent jaloux par la beauté de leurs textes — j’ai toujours envié les musiciens ; que James Ellroy jure — "la vie de ma mère !" — revenir un de ces quatre au style incisif et glacial de White Jazz. Tout ça n’était pas gagné."

Rien n'est perdu.

Je suis écrivain.

édition(s)...

Terre de Brume - Décembre 2000 Terre de Brume
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