Jean Vautrin
Billy-Ze-Kick
Première édition : Gallimard / Série Noire - 1974
un avis personnel...
Publié le 19 janvier 2012
Après une première salve noire dans À Bulletins Rouge, largement oubliable, voici Vautrin dont on dit qu’il est un maître du néo-polar (mais qui ne le fût pas entre Manchette, Fajardie et A.D.G. dans les années soixante-dix) qui nous livre un roman qui à des faux airs de Zazie dans le Métro.
Pas de doute Herman le réalisateur est bel et bien devenu Vautrin, le romancier, Vautrin comme le personnage du Père Goriot de Balzac, « ce sacré gaillard ».
Billy-Ze-Kick est un personnage imaginaire partagé entre l’inspecteur Chapeau et sa fille Julie-Berthe (prononcer Zulie-Berthe dirait l’intéressée qui zozote) et sur le perron d’une église d’une ville nouvelle, entourée « d’achélèmes », une mariée se retrouve avec un trou de 22LR dans le buffet. Ça fait désordre sur une robe blanche immaculée, tout ce rouge.
À l’arrivée de Clovis (l’inspecteur Chapeau, mais qui préfère le doux prénom de Robert, plus conventionnel), ce dernier remarque que la mariée serre un bouquet de violette et un petit mot « truquée ma vieille » signé Billy-Ze-Kick. Le monde s’effondre : Billy-Ze-Kick ?
Mais bordel : qui peut connaître le personnage imaginaire des histoires enfantines de Julie-Berthe, où Chapeau arrête chaque soir le vilain Billy-Ze-Kick après ses méfaits ? Sa femme Juliette, celle qui se donne aux routiers pendant que Chapeau est au travail alors qu’il l’ignore ? Hippo-le-schizo, le fils de la voisine un peu trop barré ? Edouard, le « petit-ami » de Julie-Berthe, six ans ? Alcide Prébois, l’ex-horticulteur dont les « achélèmes » empêchent le soleil de percer jusqu’aux serres et qui décide de piéger son pavillon, avant de se faire sauter la carafe ? Reste aussi la mystérieuse voisine Peggy Spring, dont Chapeau ferait bien son quatre heure…
C’est sans compter aussi sur « Zulie-Berthe », la petite rousse malicieuse, qui est un peu en avance sur son âge et quelque peu « zobsédée » selon son propre aveu, et qui cause beaucoup à n’importe qui.
C’est assurément en tout cas un beau bordel, surtout que Chapeau est seul pendant que le commissaire Bellanger compte fleurette dans son Lot natal, et lorsque Bellanger voit Chapeau chaussé de ses nouvelles talonnettes agiter le message de Billy-Ze-Kick aux infos télé, il se dit que la campagne loin des « achélèmes » a du bon.
Pour Chapeau, sorti du rang, ce sera sans doute la gloire, les honneurs si l’affaire est résolue et peut-être qu’il finira commissaire, enfin s’il ne se plante pas…
Un Vautrin qui fera date, une charge contre les années soixante-dix, son urbanisme galopant et ses tours « achélèmes ». Ça sent les cuisines en formica, les coupés Matra et les sous-pulls en tergal. On y verra du Queneau, on y trouvera de la critique sociale, on y croisera un futur romancier populaire.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Raymond Queneau : Zazie dans le Métro.
Jean Vautrin : Bloody-Mary.
Billy-Ze-Kick a été adapté au cinéma en 1985 par Gérard Mordillat.
les dix premières lignes...
Il s’appelait Hippo-pour Hippolyte.
Il était schizo-pour schizophrène. Il avait vingt-sept ans. Peut-être trente. Difficile à évaluer. À cause d’un drôle de visage fait en cubes. Une organisation géométrique où deux yeux très rapprochés convergeaient vers un nez à n’en plus finir. Long, long. Et vachement pointu (…)
quatrième de couverture...
Julie-Berthe a sept ans et elle zozote. Son père, c'est l'inspecteur Clovis Chapeau, sa mère, la belle Juliette. Ils habitent la cité achélème, tout comme Hippo le schizo, Eugène le veuf et son fils Ed, la vieille concierge Mlle Achère, la Karapian, une hystérique chanteuse d'opéra, et Betty Spring, à la plastique troublante.
Dans cet univers de béton où les rapports humains sont aussi réduits que la végétation, Chapeau invente un héros pour meubler l'imagination débridée de sa fille : Billy-ze-Kick. Mais lorsqu'une femme est assassinée et que le crime est signé Billy, Chapeau comprend trop tard que la fiction est devenue réalité.
bio express...
Jean VautrinNé en 1933 en Meurthe et Moselle, Jean Herman, après des études secondaires à Auxerre, entre à l'IDHEC (Institut des Hautes Études Cinematographique) pour en sortir en 1955 et devenir lecteur de littérature pour l'université de Bombay tout en participant activement, par l'intermédiaire d'articles, aux fameux Cahiers du Cinéma. Homme aux multiples talents, il est également dessinateur humoristique, photographe, voire même traducteur pour, notamment, la version française d'un film de Satyajit Ray, Pathern Parnchali. Lors du passage de Roberto Rossellini en Inde – que lui annonce son ami François Truffaut – il profite de l'occasion pour devenir son assistant.
De retour en France, il travaillera également avec Jacques Rivette ou Vincente Minelli avant que la guerre d'Algérie ne le rattrape, comme tant d'autres, et lui fasse "découvrir" le cinéma des armées. Une fois démobilisé, il passe derrière la caméra, rencontre Raymond Queneau en l'adaptant au cinéma, puis réalise cinq longs métrages jusqu'en 1971, parmi lesquels Adieu l'Ami avec Alain Delon et Charles Bronson.
C'est en 1972 qu'il apparaît pour la première fois sous le pseudonyme de Jean Vautrin – un choix pas tout à fait anodin puisqu'il rappelle un des premiers personnages homosexuels de la littérature française dans Le Père Goriot de Balzac – en se lançant dans une autre forme d'écriture : le polar. À Bulletins Rouges paraît en 1973 dans la célèbre Série Noire ; suivront Billy Ze Kick, Bloody Mary et bien d'autres...
Parallèlement, il poursuit une carrière de scénariste-dialoguiste qui le verra travailler de nombreuses fois en compagnie, entre autres, de Michel Audiard : Le Grand Escogriffe, Flic ou Voyou, Le Guignolo, Garde à Vue, Canicule (d'après son propre roman).
Se rapprochant de la littérature blanche, il obtient en 1989 le prix Goncourt pour Un Grand Pas vers le Bon Dieu et en 1999 le prix Louis Guilloux pour l'ensemble de son œuvre à l'occasion de la parution de son roman Le Cri du Peuple qui sera plus tard adapté en bandes dessinées par Tardi.
Pour finir, il est le créateur, avec Dan Franck, du personnage de Boro, reporter photographe, qui renoue avec la grande tradition de la littérature d'aventure.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
1974
Mazarine
Septembre 1980
Carré Noir
Décembre 1974
Folio
Octobre 1985
Gallimard / Série Noire
1997
Folio Policier
1998
Folio Policier
Juillet 2006
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.



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