Brigitte Aubert
Transfixions
Première édition : Seuil Policiers - Octobre 1998
un avis personnel...
Publié le 31 mars 2005
Une des marques de fabrique de Brigitte Aubert, c'est sa capacité à se renouveler de roman en roman. Dans celui-ci, le sixième de sa carrière, elle nous plonge dans l'univers d'un transsexuel.
La vie de Bo' ressemble presque à un calvaire : du haut de ses vingt-huit ans, dont les trois dernières passés en prison, il navigue à vue, sans boulot, sans argent, et la seule lueur blafarde devant ses yeux s'appelle Johnny Belmonte. C'est son amour, le sel de son existence, même si celui-ci n'en a rien à foutre de Bo', et qu'il préfère les "vraies" filles. D'ailleurs, ça n'est pas plus mal ainsi, et Bo' nourrit son masochisme des brimades et humiliations reçues de Johnny. L'ambiance est glauque et l'avenir sombre pour Bo', voire inexistant...
Lorsque des prostituées de sa connaissance commencent à être assassinées à coup de fendoir, subissant les pires mutilations, et que son nom apparaît lors de l'enquête, il finit par relever la tête, et en amateur efféminé, va mener la sienne, pour se protéger.
Brigitte Aubert aime bien le thème de l'horreur, les meurtres à l'arme blanche et l'hémoglobine qui coule à flot, et elle ne boude pas son plaisir dans ce roman très sombre, très violent, tout juste aéré par la tendresse qu'on ressent pour le travesti Bo'. Le monde des transsexuels est évoqué à travers ce personnage fragile, sans illusion, et l'image choisie pour illustrer la couverture de ce roman en dit long sur le tragique de la situation. L'intrigue est comme toujours habilement menée, et le dénouement n'apparaît que dans les toutes dernières pages (encore une marque de fabrique...). On suit les balbutiements de Bo' dans la peau d'un enquêteur, ses égarements, ses erreurs, dans un récit ponctué de nombreux dialogues à l'efficacité avérée. Une descente aux enfers dans le monde de l'underground, pour public averti...
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Le film de Francis Girod, Mauvais Genres, adapté du roman de Brigitte Aubert, et qui valut à Robinson Stévenin le César du meilleur espoir masculin en 2002 pour son interprétation de Bo'.
Brigitte Aubert est une figure à part dans la littérature policière française. Impossible de la rattacher à une catégorie plutôt qu'à une autre. Mais si son style vous attire, essayez un autre de ses romans, comme Éloge de la Phobie, une "farce" à l'humour ravageur.
les dix premières lignes...
- Johnny, je peux venir avec toi ?
- Casse-toi.
- S'il te plaît, s'il te plaît !
Il soupire et me regarde comme si j'étais une merde. J'ai envie de caresser ses joues pas rasées et je sais que, si j'avance la main vers lui, il va me frapper.
- Johnny ! Juste une heure ou deux, tu me largues quand tu veux.
- Putain ! Bo' ! T'as rien d'autre à foutre ?!
Il ouvre la portière en soupirant. Je me coule sur le siège, je m'accroche à la poignée, je cale mes baskets surcompensées contre le tableau de bord pendant qu'il démarre en faisant crisser les pneus de la Toyota. Je respire l'odeur de sa bagnole, l'odeur de Johnny - aftershave, clopes, cuir, cheeseburger, métal (...).
quatrième de couverture...
La "transfixion" est "un procédé d'amputation qui consiste (...) à couper les chairs du dedans en dehors". Et c'est bien cette opération que semble désirer Bo', le narrateur de ce récit, qui raconte ses amours travesties, cruelles et masochistes, avec le beau Johnny Belmonte, une espèce de voyou qu'il adore littéralement. Ancien danseur de cabaret, tout juste sorti de prison où il a été envoyé pour meurtre, Bo' a été recueilli par Linda, une amie juive, qui ne voit pas d'un très bon œil sa liaison avec Johnny.
Lorsque Bo' passe au commissariat pour y voir Derek, son contrôleur, Mossa, un jeune inspecteur noir de la Brigade des Mœurs, lui apprend que Derek vient de se suicider au gaz, et qu'il doit se rendre à une identification. On a en effet retrouvé le cadavre d'une prostituée, tuée avec un fendoir pour trancher les cous de poulets, arme qui a servi à couper en morceaux une autre prostituée deux mois auparavant . Tout le milieu est en émoi et Bo' ne se sent pas tranquille, surtout que Bull, une brute épaisse qui traîne souvent avec Belmonte, l'a menacé de "l'avoir" et que les meurtres continuent avec celui de Marlène, un travesti découvert le thorax ouvert et la langue arrachée. La police piétine et Bo' ne réagit pas, jusqu'au jour où il découvre que Johnny, alias M. Garnier, travaille à l'Ambassador, un palace où il est simple larbin. Étonné, Bo' se demande enfin qui est vraiment cet amant qui le traite si mal...
bio express...
Brigitte AubertBrigitte Aubert est née en 1956 à Cannes où ses parents exploitaient le cinéma L'Olympia. Elle obtient une maîtrise de droit du travail à la faculté de Nice, mais se tourne, dès 1977, vers l'exploitation cinématographique et travaille à la programmation de films d'art et essai. À partir de 1982, elle devient scénariste/dialoguiste et productrice pour une maison de courts métrages. Mais le démon de l'écriture, qui l'a touchée à l'âge de dix ans, montre à nouveau ses crocs...
En 1984, elle est primée à un concours de nouvelles, et son texte Nuits Noires fait partie de ceux publiés dans le recueil Les Contes des Neuf et une Nuits. Elle publie son premier roman, Les Quatre Fils du Docteur March, en 1992 et a produit depuis une quinzaine de romans. Elle obtient le Grand Prix de Littérature Policière en 1997 pour La Mort des Bois.
Parallèlement aux romans policiers, elle écrit également des livres pour la jeunesse avec sa complice Gisèle Cavali.
"J'écris sur des thèmes qui ne me concernent en rien. Je ne suis pas visiteuse de prisons et je n'ai jamais vu de ma vie un criminel. Si c'était le cas, je crois que je perdrais mon insouciance et que je me mettrais à raisonner en termes de responsabilité. Je mets en scène des hallucinations plutôt que des idées ou des expériences, voilà mon secret (...) J'aimerais, par exemple, comprendre la tendresse qu'éprouve le meurtrier pour sa victime. On explore toujours le meurtre dans ce qu'il a de plus sinistre (...) J'ai toujours écrit de purs divertissements."
(propos recueillis par Catherine Argand pour le magazine Lire en mars 1997).
édition(s)...
Seuil Policiers
Octobre 1998
Seuil / Points Policier
Juin 1999
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
La Mort des Bois
1996
La Mort des Neiges
2000
Eloge de la Phobie
2000

vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !