Les Louchetracs

Jean Mariolle

Gallimard / Série Noire - 1968

Tags :  Polar social Crime organisé Truand Paris Années 1960 Populaire Argotique Moins de 250 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 1er janvier 2010

Max sort à peine de prison et n'a qu'une envie : retrouver sa belle. Puis sa voiture, et enfin ses amis et associés, Pierrot et Serge. Un an derrière les barreaux de la Santé, c'est long.
Max est un petit truand comme les autres. Comme ses potes, il vit avec sa "gagneuse", Mado, sa régulière comme qui dirait ; de même que Pierrot n'est jamais très loin de Monique. Seul Serge est marié avec Christiane ; ils ont même deux enfants.
Une fois dehors, les affaires reprennent, mais cette fois, celui qu'on appelle le Vieux — André Monvoisin — et qui fait figure de cerveau de la bande, vise le gros coup avant de tirer sa révérence. Une affaire qui pourrait mettre chacun à l'abri du besoin mais requiert une préparation minutieuse et la discrétion absolue…

Avec Les Louchetracs, on pénètre au cœur du petit Milieu des années soixante. Ceux-là n'ont jamais voulu rentrer dans le moule proposé par le modèle de société qui se construit sous leurs yeux, mais en matière de gangsters, ce sont aussi de petits pères tranquilles qui regardent cependant leurs congénères d'un œil un peu hautain :

— Ben, ce type est marié (…). C'est un cave. Mais un cave possédant une très bonne mentalité. N'étant pas ambitieux, sachant limiter ses désirs, il ne s'est jamais mouillé et a vécu de son salaire. De plus sa bergère le tient en laisse… Enfin, comme souvent, la peur du gendarme a fait le reste. En conclusion, ayant gratté toute sa vie, il s'aperçoit, à la veille de la retraite, qu'il est fauché comme les blés.
— Tel est le sort des caves (…)

Telle est la mentalité de la bande…

Reste que dans le cadre de la préparation de la grosse affaire, Pierrot le flambeur continue à perdre aux courses et, pour rembourser quelques dettes urgentes, monte un braquage minable en loucedé et finit par se faire serrer. La tuile. D'autant que les consignes du boss étaient claires et les perdreaux plutôt bien renseignés…
Baste !… Ce ne sont pas quelques obstacles qui empêcheront le Vieux et sa bande de mener à bien leur projet. Les préparatifs se poursuivent. Il sera bien temps de libérer Pierrot quand on aura besoin de lui…

Il est ici affaire de gangsters, de braquage, d'ingéniosité pour les uns et de bêtise pour les autres. Le monde du Milieu n'est pas si différent de celui dont il se défend. On suivra tout au long du roman, comme en fil rouge, la minutieuse mais mouvementée préparation du braquage d'une bijouterie parisienne, mais ce qui retient avant tout l'attention, c'est le portrait, de l'intérieur, de cette bande de bras cassés sympathiques qui constitue une approche de ce que pouvait être les malfrats des années soixante. De bonnes idées, mais pas toujours de jugeotte… Ou pas pour tout le monde…
L'attrait du roman réside également dans la langue fleurie de Jean Mariolle. On retrouve chez lui une partie de ce qui fait le bonheur de lire les romans d'Albert Simonin ; cette gouaille mâtinée d'argot parisien, cette science du bon mot qui sème, au travers du récit, quelques perles savoureuses :

Bébert la Caille est déjà en train de vider les caisses. Je colle un coup de pied au cul au Directeur. « Adopte ma position commune, bambin, j'ordonne. À plat ventre et les bras au dos. Ici pas de différence entre patron et employés. On est pour la suppression des classes. C'est du marxisme banditisme.

Au fond, ce qui rend ces truands si sympathiques, c'est peut-être bien le semblant de conscience politique dont ils font preuve, par instant, avec cet arrière goût libertaire qui leur sied si bien.
Une lecture en noir et blanc qui ravive des images du cinéma français des années soixante avec ses histoires de truands au grand cœur, avec des dialogues à la Audiard. Y a pas de mal à se faire du bien…


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Albert Simonin, sans aucun doute, qui avec la même verve, trace le portrait du Milieu parisien à travers ses romans.

Le début...

Les dix premières lignes...

Max franchit la porte de la prison de la Santé. Ses yeux se plissèrent. Trop de choses à regarder, comme ça, brusquement, d'un seul coup, après une pigette passée à la ratière. La liberté étalait ses rues, ses maisons, ses arbres, ses passants. Il fallait absorber ces visions par petites doses. Néanmoins, presque fatalement, le premier regard de Max accrocha le mannequin de service, le flic en uniforme avec sa mitrailleuse en bandoulière. Comme reprise de contact avec l'extérieur, c'était gratiné (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

« On ne devient pas indicateur de Police en cinq secondes. Le première réaction est de s'indigner, puis on réfléchit, on se dit que quinze ans de prison c'est un long voyage, que la liberté vaut bien quelques sacrifices d'amour propre, qu'on ne se dégoûtera finalement soi-même que durant le première semaine et qu'après on s'habituera. »

Braquages, sexe, cavale, Les Tontons Flingueurs, D.S., humour, Elmore Leonard, argot, fleg., place Vendôme, Ocean's Eleven, garde à vue, carrefour de l'Odeon, fourgue, prison de la Santé, années soixante…


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Jean Mariolle










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