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Thierry Marignac

À Quai

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Première édition : Rivages / Noir - Mars 2006

Tags : Polar social Polar maritime Trafic Quidam Original Europe Années 2000 Moins de 250 pages

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un avis personnel...

Publié le 28 mars 2009

Une chronique de Émeric Cloche.

— Vous avez évoqué des tripots, des pressions exercées sur tout le monde, dit l’Occidental pour rentrer dans le vif du sujet. Ça intéresse mes chefs, je fais ce qu’on me demande, je suis interprète, dit l’Occidental pour expliquer qu’il n’y était pour rien, mais même à ses oreilles ça sonnait faux.

L’Occidental est traducteur pour la « machine » Europe, le cul coincé entre deux chaises, d’un côté l’Europe administrative et de l’autre les demandeurs d’asile en situation « forcément » irrégulière, entassés comme des bêtes sur le « Bibby Kalmar » : Biélorusse, Chinois, Ukrainien, Rom, Moldave… Promiscuité, alcool, jeux, un genre de cour des miracles.

L’écriture de Marignac a un côté balzacien — la classe, ça — dans la manière de lier les sentiments à l’Histoire :

Mais il avait subi, sur son coin de terre gelé, trop de coups et d’épreuves pour aimer le sang. Le respect que le paysan sans terre nourrissait pour les seigneurs de la guerre tel que le Moldave était fait de crainte, et s’il prétendait parfois l’envier, c’était toujours avec une pointe de répugnance pour la férocité du caïd.

On pense aussi à Simenon, pas tant dans le style que dans la façon de cerner les gens et les enjeux entre les personnes, comme par exemple dans le détail des mouvements qui en dit long :

« L’Occidental avait prononcé ces paroles avec suffisamment d’autorité pour que Pelletier s’écarte, mais en prenant son temps, comme si sa grande carcasse charnue était lourde à traîner.

On pense encore à Simenon qui disait — grosso modo — qu’il ne savait pas inventer d’histoire alors qu’il faisait avec celles qu’il croisait dans sa vie. Et à travers le roman policier — devenu « roman noir » sur le pommier de Boileau et Narcejac parce que ce qui importe ici ce n’est pas tant qui est le criminel, mais comment on en arrive là — le témoignage de ce qui se passe aux frontières de l’Europe.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

La « trilogie africaine » de Simenon : Le Coup de Lune, Le Blanc à Lunettes et 45° à l'Ombre qui se déroule aussi sur un bateau.

les dix premières lignes...

Environs de Hambourg, octobre 1995

À bord du Bibby-Kalmar, la vie est suspendue entre le ciel plombé et les eaux mornes du fleuve Elbe, large comme un bras de mer. Les arêtes du métal stérile de cette boîte grise grossièrement assemblée se découpent à peine sur l’horizon immédiat des installations portuaires. Massif, le cube domine de plusieurs étages les flots crasseux qui le bercent au bout d’un ponton de ciment brut, où s’alignent les camions de livraison, le matin. À l’intérieur, devant la passerelle, des gardes en uniformes bleu foncé jouent aux cartes. Dans les coursives on a tendu des fils à linge. Les femmes crient quand une rafale de vent plaque un vêtement mouillé contre leurs corps qu’on devine ; tout à coup, une grande gifle humide qui dévoile leurs secrets. À l’aube, les visages se pressent aux carreaux des hublots rectangulaires dès que le ronflement des moteurs se rapproche (…)

quatrième de couverture...

Arrimé à une jetée interdite au public, non loin de Hambourg, le Bibby-Kalmar domine les flots crasseux de l’Elbe. À son bord, quatre cents réfugiés, tous demandeurs d’asile en situation irrégulière. En attendant le règlement des procédures, les différents groupes ethniques s’affrontent, notamment autour de la table de jeu du "Moldave", l’un des caïds du racket qui prospère dans ce centre de rétention flottant. Des dettes impayées, une partie qui tourne mal, et voici qu’un Ukrainien est agressé et laissé pour mort. Zoran, ancien étudiant enrôlé de force dans l’armée yougoslave, est soupçonné. Dans l’attente hypothétique que la victime sorte du coma, la tension monte à bord du navire. Sous l’œil désabusé d’un trio de commissaires "mandatés par l’euro conscience", on assiste à l’affrontement des laissés-pour-compte de la mondialisation, des clandestins du miracle économique.

bio express...

Thierry Marignac Thierry MarignacIl le dit lui-même sur son blog :
Thierry Marignac, né en 1958, a traduit de l'Américain plus de quarante romans, parmi lesquels Un Fils de l'Amérique (Somebody in Boots) de Nelson Algren pour les éditions du Rocher, L'Homme de Fer (Ironside) de Jim Thompson pour les éditions Rivages, Toxico (User) de Bruce Benderson pour les éditions Rivages, Basketball Diaries de Jim Carroll pour les éditions 10/18, Hotel des Actes Irrévocables (Hotel of the Irrevocable Acts) de Carl Watson pour les éditions Gallimard, etc...

édition(s)...

Rivages / Noir - Mars 2006 Rivages / Noir
Mars 2006

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2009

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