Opale

Stéphane Lefebvre

Les Nouveaux Auteurs - Mars 2009

Tags :  Roman d'enquête Polamour Détective amateur Journaliste France Années 2000 Humoristique Plus de 400 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 18 mars 2009

Recommandé Robin Mésange est photographe pour l'Éclair Boulonnais, la feuille de chou locale. Alors qu'il s'apprête à couvrir l'événement du jour — le remariage d'un couple uni depuis soixante-dix ans — et patiente face à la mer, sous l'orage, il fixe sur la pellicule la chute d'un homme, tombé de la falaise proche.
Accident ? Suicide ? Le cap Blanc-Nez est réputé dans la région pour servir de tremplin aux derniers élans des désespérés. Robin prévient très vite les secours et délègue auprès d'un collègue son reportage marital.
C'est en transférant ses clichés, pris en rafale, sur son ordinateur qu'il aperçoit, en haut de la falaise, et alors que sous ses yeux un homme se rapproche petit à petit de sa mort, une tache jaune, mouvante, incongrue. Commence alors pour lui une longue enquête…

Robin Mésange est un personnage qui dès les premières pages du roman sait se rendre attachant. C'est un doux rêveur, comme un adolescent déguisé en adulte. Un adolescent qui se serait reconstitué une famille ; la sienne, de sang, s'étant éparpillée dans l'oubli : sa mère se déconnectant lentement des réalités dans une clinique privée sous les assauts d'Alzheimer :

Voilà près de quatre ans qu'elle y séjournait. Elle avait gravi les étages comme autant de promotions internes, les rez-de-chaussée étant réservé aux bleus, les simples dépressifs et ceux qui savent encore qu'ils sont malades. Elle siégeait tout en haut maintenant dans une chambre avec vue sur la forêt et de jolis grillages aux fenêtres qu'il l'obligeaient à prendre l'ascenseur.

Son père, photographe de renom, les ayant abandonnés tous les deux lorsque Robin n'avait que neuf ans pour parcourir le monde son appareil en bandoulière.
Dans la nouvelle famille de Robin, il y a Jib, son rédacteur en chef, sorte de Serge July de province qui aurait gardé intactes ses ambitions journalistiques, sa passion ; et Valentine, son ancienne nounou, sa voisine :

Valentine avait sa place dans mon arbre généalogique sans que je puisse pour autant mettre un nom dessus. Sa branche avait poussé doucement mais sûrement, quelque part entre la grand-mère, la mère, et la grande sœur.

Ainsi découvre-t-on dans la première partie du récit ce trentenaire célibataire, profondément humain, qui dissimule sa sensibilité derrière un humour tout en finesse, mais non moins ravageur.
Stéphane Lefebvre a l'art de la formule et sait ponctuer ses démonstrations de courtes phrases finales qui font mouche à chaque fois et déclenchent immanquablement le sourire, à la manière d'aphorismes légèrement délirants :

Aujourd'hui, le progrès se nichait jusqu'au petit coin. Les pissotières étaient devenues des forteresses métalliques ultra modernes qui transformaient, pour cinquante centimes, le quidam aux abois en Monsieur Spock, et le téléportaient quelques instants dans les chiottes de l'Enterprise (…)
La haute technologie a un gros défaut, elle rend les dames pipi alcooliques.

ou encore :

Elle me prenait manifestement pour quelqu'un d'autre. La laisser faire et, en dernier recours, rétablir la vérité. En me taisant, je ne mentais pas. Avec le stylo et le calepin, l'omission est l'un des principaux outils d'investigation du journaliste.

On en oublierait presque l'intrigue pour savourer la finesse de l'écriture. Un style sans emphase, d'une apparente simplicité, mais où l'on sent, lorsqu'on arrive à ralentir sa lecture, le travail méticuleux de l'orfèvre autour des mots, sa précision, son amour du travail bien fait.
Le ton est léger et l'atmosphère générale empreinte d'une grande humanité. Robin Mésange navigue les deux pieds sur terre mais la tête au pays de l'enfance, ses références sont télévisuelles (un véritable panégyrique de la télé des années soixante-dix, quatre-vingts, nous est proposé, avec même au final, une certaine philosophie de la chose…), son art est celui du trempage de Pepito dans le café, il tombe amoureux de toutes les filles qu'il croise…
Et puis, sans crier gare, dans cet océan de légèreté, c'est d'un coup le drame qui s'invite, une affaire sordide qui va quelque peu assombrir le ciel de Robin.

Stéphane Lefebvre, s'il a pris le temps de délimiter l'espace autour de son personnage, n'oublie jamais qu'il a une intrigue à tenir et mine de rien, au fil des pages, il a commencé à tisser une toile solide qui va montrer toute son efficacité dans la seconde partie du roman. Il sera difficile de décrocher, vous êtes prévenus.
Les photos du début, cette fameuse tache jaune, l'amèneront à se lancer dans une enquête où la dure réalité reprendra ses droits et où l'humour de Robin sera mis à rude épreuve. On appréciera cependant jusqu'au bout la cohérence du personnage, sa sensibilité, voire sa naïveté. Opale, bien que construit autour d'une affaire plutôt abjecte (non, non, n'insistez pas, je ne vous dirai pas de quoi il s'agit), reste tout au long de ses six cent vingt-neuf pages un havre de fraîcheur revigorante. La maîtrise du scénario, de ses ressorts, est savamment orchestrée par des rebondissements qui n'ont rien d'artificiel et l'on ressent comme une frustration de voir s'approcher trop vite l'ultime point final et de devoir laisser Robin continuer seul sa route.
On peut toutefois espérer qu'il glissera encore à l'oreille de son créateur quelques-unes de ses aventures, et qu'on aura encore l'immense plaisir de le croiser, lui ou l'un de ses congénères. Ces rencontres-là, dans « un monde où Blanche-Neige était blonde et flashait sur Simplet » font un bien fou.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Opale est un premier roman et a reçu le premier Prix du Polar VSD, décerné par un jury de cent cinquante lecteurs présidé par Frédéric Beigbeder. Il est rassurant de constater que dans un concours intitulé « devenez le prochain thriller de l'été » ce soit tout, sauf un thriller (sous-entendu à la mode déferlante anglo-sanguinolo-saxonne) qui ait été plébiscité par le public.
Un résultat à méditer chez certains éditeurs…
Pour vous donner envie, vous pouvez lire le premier chapitre de ce roman sur le site de l'éditeur.

Stéphane Lefebvre cite parmi ses influences, celle de Daniel Pennac. On trouvera d'ailleurs chez Benjamin Malaussène quelques similitudes avec le personnage de Robin Mésange.

Le début...

Les dix premières lignes...

C'était un peu comme des couleurs trop liquides sur la palette d'un peintre parkinsonien.
Ou un caméléon qui aurait découvert par hasard la masturbation.
Difficile à dire.
C'était le vent, en tout cas, qui décidait des mélanges au gré des nuages et des trouées qu'il faisait défiler devant le soleil.
Le mouvement qu'il imprimait aux vagues émeraude de la mer du Nord se prolongeait jusque dans les terres. Les oyats se balançaient sous ses caresses ; la moquette épaisse d'argousiers, d'aubépines et de sureaux ondulait ; une herbe légère frissonnait plus loin, dans les prés. Ensemble, ils avaient entamé une étrange sarabande rythmée par la clarté et les bourrasques. Une ola naturelle de verts qui se confondaient et se dissolvaient à l'ombre, pour se repousser dans un réflexe et s'intensifier dans leur coin quand les rayons les frappaient.
La Côte d'Opale s'amusait avec ses contrastes (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Robin Mésange travaille dans un petit journal de la Côte d'Opale. Il y écrit des articles de proximité sans grand intérêt, mais qui suffisent à financer sa passion pour la photographie et sa propension à la flemmardise.
Tous bascule, littéralement, lorsqu'il saisit la chute d'un désespéré du haut du cap Blanc-Nez. Les images à sensation se transforment en véritable scoop. Faux suicide ? Vrai meurtre ?
Le rêveur professionnel qu'il est se mue, malgré lui, en enquêteur.
Il ne sait pas encore qu'il va devenir tour à tour témoin, suspect, complice… au péril de sa vie, et se trouver mêlé à une affaire bien plus sordide que les spectacles de bienfaisance et concours canins auxquels il était jusqu'alors habitué.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Stéphane Lefebvre










Edition(s)...

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