Maurice G. Dantec
Les Racines du Mal
Première édition : Gallimard / Série Noire - Avril 1995
un avis personnel...
Publié le 31 janvier 2006
Ambitieux, Dantec, avec ce roman ?.. Oui, assurément.
Version largement remaniée du premier manuscrit qu'il présenta en 1992 à Patrick Raynal, alors directeur de la Série Noire, Les Racines du Mal se présente comme le constat que fait l'auteur de la société qui l'entoure ; une forme de credo. On y navigue entre présent et avenir proche, entre polar et science-fiction, entre description d'un environnement et extrapolations sur son devenir.
Le première partie du roman nous entraine sur les traces d'Andreas Schaltzmann, tueur psychopathe et paranoïaque particulièrement "déconnecté" qui navigue dans sa folie meurtrière entre nazillons et extra-terrestres. Andreas tue, au hasard, sans discernement, ou plutôt pour se défendre, pour ne pas laisser les persécuteurs du monde s'emparer de son cerveau.
C'est d'ailleurs cette partie de son anatomie que nous fait visiter Dantec, avec une effroyable précision qui n'est pas sans rappeler le roman de James Ellroy, Un Tueur sur la Route, qui, de même, s'attachait aux basques d'un serial killer. Expérience édifiante !..
Mais ces cents premières pages ne sont qu'un "premier" commencement et le roman se lance alors sur de nouveaux rails. La narration se fait à la première personne dès lors que le tueur est arrêté et on découvre alors un jeune scientifique, Darquandier, spécialiste des sciences cognitives et inventeur de la neuromatrice, sorte d'intelligence artificielle mise au service des enquêteurs qui vont tenter de trouver un sens aux meurtres de Shaltzmann.
Darquandier triture sa machine et il apparaît bientôt que certains crimes ne "collent" pas avec les autres. Seulement tout le monde s'en fout. Le tueur est là, sous les verrous, et c'est bien suffisant.
Commence alors une traque qui fera apparaître un réseau de tueurs bien plus retors et pervers, une organisation "maléfique" aux relents millénariste, adepte de la cyber-sexo-criminalité...
Et il s'en passe encore, des vertes et des pas mûres !.. Sept-cent cinquante pages d'une densité exceptionnelle qui vous embarquent et ne vous lâchent plus. Une intrigue foisonnante, inventive, qui mêle adroitement le genre polar avec un soupçon d'anticipation, sur des bases scientifiques extrêmement solides et documentées.
Mais Dantec va plus loin et s'attache, derrière son récit, à montrer sa vision philosophique de l'Europe occidentale de cette fin de millénaire – une Europe selon lui en pleine déconfiture – et là, l'image est plutôt sombre... puisque d'une certaine manière, il tend à montrer que notre société tend à pousser ses plus grands esprits vers le Mal.
On n'est pas obligé d'adhérer, mais il faut bien reconnaître qu'il mène sa démonstration avec grand talent.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Si Les Racines du Mal s'aventure sur les sentiers de la science-fiction, prisée par l'auteur, La Sirène Rouge, son premier roman, ravira à coup sûr les purs et durs du polar.
les dix premières lignes...
Andreas Shaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.
Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut : cela faisait longtemps déjà que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place. Son cerveau était soumis à un tir de barrage de radiation destinées à le transformer, lui aussi, comme tous les autres, en un robot sans conscience au service de l'inhumaine machinerie.
Depuis des années, les nazis et les habitants de Vega s'étaient installés dans son quartier, et il était certain qu'ils ne s'en tenaient pas là (...).
quatrième de couverture...
"Andreas Shaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.
Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut : cela faisait longtemps déjà que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitués de Vega s'étaient installés dans son quartier."
Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle.
bio express...
Maurice G. DantecMaurice G. (pour Georges) Dantec est né à Grenoble en 1959. Son père, journaliste scientifique, et sa mère, couturière, sont tous deux attirés par l'idéologie communiste. En 1970, après le divorce de ses parents, il rejoint avec sa mère la "couronne rouge" de la banlieue parisienne et fait la connaissance d'un animateur du collège qu'il fréquente, un certain Jean-Bernard Pouy, qui lui fait approcher en connaisseur la "mauvaise" littérature américaine ou encore la science-fiction. De son côté, lecteur insatiable, il découvre Nietzsche à seize ans et en fait même une de ses références philosophiques.
En 1978 il abandonne ses études de lettres pour se lancer dans la musique, rock pour commencer, puis expérimentale à tendance punk par la suite, avec le groupe Artefact pour qui il joue des claviers et écrit des textes.
Il enchaîne en parallèle les "petits" boulots dans la publicité, le marketing ou la communication. Après un échec dans la création d'entreprise – il prend de plein fouet l'explosion boursière de la bulle Internet – il décide de se consacrer à l'écriture et de devenir "le plus grand écrivain de sa génération".
Poussé par Jean-Bernard Pouy, il présente un premier manuscrit à Patrick Raynal, impubliable mais bourré de promesses pressenties par le directeur de la Série Noire. Dantec se remet au travail et, quelques mois plus tard, revient avec La Sirène Rouge, immédiatement remarqué, qui remporte en 1993 le Trophée 813 du meilleur roman policier.
En 1995 paraît Les Racines du Mal qui confirme Dantec comme un des nouveaux maîtres du genre ; on invente même pour lui l'expression "cyber-polar". Il y réussit le mélange d'intrigue policière, de science-fiction, sur fond de considérations géopolitiques et d'interrogations sur son époque et son devenir. Du grand art.
En 1997, il quitte la France, devenue selon lui trop dangereuse et s'exile au Québec en compagnie de sa femme et de sa fille, pour les "protéger". Il s'éloigne résolument du polar, sans doute trop étriqué, puis laisse libre cours à sa paranoïa dans son journal, Le Théâtre des Opérations.
édition(s)...
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