George Pelecanos
Un Nommé Peter Karas
Première édition : Murder Inc. - Octobre 2000
un avis personnel...
Publié le 01 mai 2005
Grand Prix du roman noir au festival de Cognac 2001.
George P. Pelecanos est attaché à Washington, ça n'est rien de le dire. Il
suffit pour s'en convaincre de constater qu'il situe là l'immense
majorité des intrigues de ses romans ; il a même construit une trilogie
directement consacrée à sa ville natale et à son évolution entre les
années 70 et 90.
Un Nommé Peter Karas se rattache à cet ensemble et pourrait même en constituer le quatrième (ou premier) volet puisqu'il décrit la Washington des années 30/40 en reprenant comme personnages principaux les ancêtres de ceux rencontrés quelques années plus tard. Mais peut-être serait-il plus judicieux de
penser que la fameuse trilogie n'est que le prolongement de ce roman
puisque paru au États-Unis en 1992 alors que King Suckerman n'apparaîtrait qu'en 1997.
1933. Peter Karas le grec et Joe Recevo l'italien sont deux garnements vivant
dans un quartier pauvre de Washington. La dépression a frappé
l'Amérique et les premiers à en pâtir ont bien sûr été les plus
défavorisés. Heureusement, comme souvent, la solidarité des plus
démunis domine le quartier, et c'est une solide amitié qui lie les deux
gamins, habitués de la rue.
1944. Les deux gamins sont devenus grands et combattent ensemble, comme tous les fils d'immigrés que compte le pays, dans les rangs des Marines aux
Philippines.
1946. Retour aux États-Unis, retour au quartier. Peter et Joe sont devenus les deux encaisseurs d'un usurier : M. Burke. Mais Peter est un petit truand au grand cœur, ce qui ne convient pas du tout à son employeur qui décide de la rappeler méchamment à l'ordre. Estropié, il devient cuisinier chez un ami grec,
Nick Stephanos, qui est bientôt lui-même confronté à un racket...
Et l'histoire se poursuit, avec même l'apparition d'un serial killer qui
s'en prend aux prostituées. Mais là n'est pas l'essentiel de ce roman
noir qui se dévore avec avidité. C'est plutôt la description de la vie
de ce quartier de Washington au sortir de la guerre et des moyens
trouvés par certains pour s'en sortir. On pense bien sûr au film de
Sergio Leone, Il était une fois en Amérique et à ce fameux
rêve américain, brisé, de tous ces immigrants de seconde génération,
grecs, italiens, ou autres. On y découvre bien évidemment également la
cause désespérée des noirs. Voilà un portrait foisonnant d'une époque
révolue où l'honneur, l'amitié et la loyauté, valeurs chères à
l'auteur, avaient encore une signification. Et il n'est pas étonnant
que le dernier volet consacré à Washington dans les années 90, Funky Guns, le plus désabusé, le plus sombre, fasse référence à ces deux grand-pères Karas et Stephanos. Une excellente lecture !..
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Afin de compléter le tableau de Washington dressé par George P. Pelecanos, je ne peux que vous conseiller de poursuivre votre lecture par les trois romans qui constituent la trilogie évoquée plus haut : King Suckerman (les années 70), Suave Comme l'Éternité (les années 80) et enfin Funky Guns (les années 90).
les dix premières lignes...
Peter Karas rêvait. Il rêvait de son lit encastrable et d'une assiette de haricots me salina, préparés par sa mère. Il sentait l'odeur de la nourriture riche, il voyait la sauce marron autour des pois, des tomates confites et des céleris vert clair, comme s'il était installé devant la vieille table, au coin de la 5ème et de H Street. Il rêvait de sirènes et de Jimmy
Boyle. Boyle dans son uniforme bleu, penché au-dessus de lui, l'air
inquiet. Il observait la lune blanche, il voyait des lumières la
colorer, puis filer dans le ciel. Il rêvait qu'il avait relevé la tête
pour regarder sa jambe. Il rêvait que le pied tout au bout était
aplati, sans forme, broyé en une sorte d'amas enflé, et tordu de façon
bizarre. Entre les rêves surgissaient les ténèbres, et dans les
ténèbres jaillissaient des cris à vifs (...).
quatrième de couverture...
Pour Peter Karas, tuer n'est pas un problème. Mais trahir ses amis, sa famille ou ses compatriotes, ce n'est pas dans sa nature.
Karas a grandi et gagné ses galons de voyou dans la jungle urbaine de
Washington DC, dans les années 1930. Pour un gosse d'immigrés grecs,
comme pour son ami Joe, le rital, c'était ça ou la misère. Les paris
truqués, le racket, le crime organisé, ce sont les affaires courantes.
Mais quand un psychopathe commence à assassiner les prostituées du
quartier, plus question de suivre l'organisation. Dès lors, ses jours
sont comptés. Peter doit sauver sa peau. Il doit surtout retrouver en
lui l'homme d'honneur qui rêvait de conquérir dignement l'Amérique.
bio express...
George PelecanosGeorge P. Pelecanos est un pur produit de Washington DC, capitale des États-Unis et siège de la Maison Blanche. Il y est né, en 1957, de parents d'origine grecque, y a grandi, loin du fameux bureau ovale et plutôt du côté des quartiers noirs et ouvriers, y a appris la vie, et y réside aujourd'hui.
À dix-sept ans, un évènement inattendu va changer le cours de son existence : il blesse accidentellement un ami au visage avec une arme à feu. Celui-ci échappera de peu à la mort et Pelecanos prend alors conscience de la fragilité de la vie humaine et de la facilité avec laquelle le destin frappe parfois à la porte.
Il fait quelques études de cinéma à l'université de Maryland et enchaîne les petits boulots : d'abord dans le snack de son père, puis en tant que barman, cuistot, ou encore vendeur de chaussures. En 1981, retour au cinéma chez Circle Film, où il organise la distribution de films tels que The Killer de John Woo, ou Un Ange à ma Table de Jane Campion. La légende voudrait qu'il ait produit certains films des frères Coen, mais il semblerait bien que ce soit justement... une légende. C'est aussi l'époque où il se met à écrire, surtout la nuit.
En 1990, il tente l'aventure de l'édition avec un premier roman, A Firing Offense, qui sera d'abord refusé, puis finalement édité en 1992. Dès lors le succès arrive rapidement et il va enchaîner les romans, au rythme d'au moins un chaque année, et est considéré à juste titre comme une des références de la littérature noire américaine.
édition(s)...
Murder Inc.
Octobre 2000
Pocket
Septembre 2002
Seuil / Points Policier
Octobre 2011
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Le Chien qui Vendait des Chaussures
1997
King Suckerman
1999
Anacostia River Blues
1999
Suave comme l'Éternité
2000
Funky Guns
2001
Nick La Galère
2001
Blanc Comme Neige
2002
Tout se Paye
2003
Liquidation
2003
Soul Circus
2004
Hard Revolution
2005
Drama City
2007
Les Jardins de la Mort
2008
Un Jour en Mai
2009
Mauvais Fils
2011
Une Balade dans la Nuit
2013

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