George Pelecanos
Blanc Comme Neige
Première édition : Editions de l'Olivier - Mai 2002
un avis personnel...
Publié le 01 mai 2005
Derek Strange est un privé aux tempes grisonnantes, noir, qui officie à
Washington DC. Ancien flic, il traite de petites affaires de divorces,
de recouvrements d'impayés, d'arnaques à l'assurance, en compagnie de
son associé Ron Lattimer ; rien de bien affriolant. Jusqu'au jour où
une vieille dame vient le voir et lui confie pour mission de
réhabiliter la mémoire de son fils, Chris Wilson, abattu par la police
en pleine rue. Chris Wilson était flic, lui aussi, noir, lui aussi, et
a été descendu par une patrouille de police alors qu'il interpellait un
jeune blanc branché qui pissait dans la rue. Mais à Washington, un
black armé qui menace un blanc est un danger en puissance, et quand
Terry Quinn et son équipier passent par là, ils hurlent vite fait les
sommations d'usage et tirent.
Terry Quinn sera blanchi de toute accusation après l'enquête des Affaires Internes mais il démissionnera de la police pour devenir vendeur dans une librairie. Derek Strange va le trouver et, après un premier contact difficile, ils vont s'associer pour mener à bien cette entreprise de réhabilitation.
George P. Pelecanos abandonne ses personnages d'immigrés grecs issus des
quartiers pauvres de Washington pour aborder de front le problème du
racisme aux États-Unis en général et dans la police en particulier. Il
utilise pour cela un binôme noir/blanc et alterne les points de vue. On
reste dans la peinture sociale chère à l'auteur qui se révèle ici, si
ça n'était déjà fait, comme un des maîtres incontournables du roman
noir américain. Strange et son expérience désabusée, qui a connu
l'espoir apporté par la lutte pour les droits civiques des années
60/70, espoir bafoué par les violences accumulées depuis, par
l'Amérique à deux vitesses, par les quartiers noirs inondés de
mauvaises drogues par des ploucs blancs dégénérés. Quinn, l'irlandais
pure souche, au racisme "culturel", conditionné, qui se rassure en
sortant avec une magnifique métisse noire-portoricaine. Rien n'est
simple. Tout est gris.
Pelecanos livre un roman sombre, distille son blues comme la musique qui imprègne ses récits. Mais, avec une sensibilité qui lui est propre, et parce qu'au fond il aime les gens, il aime cette ville, il nous livre aussi une galerie de personnages attachants et nous rappelle aux valeurs qu'il défend et que sont l'amitié, la fidélité et la tolérance. À ne manquer sous aucun
prétexte !..
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Cette nouvelle équipe qui apparaît ici pour la première fois chez Pelecanos devient vite récurrente. Vous pouvez les retrouver dans Tout se Paye ou dans Soul Circus.
les dix premières lignes...
Ce qui inquiétait Derek Strange, tandis qu'il regardait Jimmy Simmons
assis en face de lui, son gros bide débordant de la chaise, c'était
l'idée que Simmons allait attraper des objets sur son bureau et les
balancer à travers la pièce. À moins qu'il ne se mette à brailler comme
un bébé. Strange ne savait pas laquelle de ces deux éventualités lui
déplaisait le plus. sur son bureau, il y avait des objets auxquels il
tenait - des cadeaux offerts par des dames, d'autres que des clients
lui avaient faits en témoignage de leur gratitude, et quelques
souvenirs des Redskins qui dataient des années soixante. Mais pour lui,
voir un homme pleurer était plus insupportable que tout (...).
quatrième de couverture...
Derek Strange est noir. C'est un ancien flic, reconverti en détective privé.
En général, il s'occupe des cas d'infidélité, des questions de divorce
ou de recouvrement d'argent, rarement, voire jamais, d'affaires
criminelles.
Terry Quinn était un policier blanc. "Était", parce qu'il a dû quitter la police après avoir abattu Chris Wilson, un policier noir qui, alors qu'il était en civil, l'avait menacé de son arme. Aujourd'hui Quinn travaille dans une librairie.
La mère de Wilson, persuadée d'une bavure raciste, veut réhabiliter la
mémoire de son fils et demande à Strange de reprendre l'enquête. Ce
dernier accepte, mais il est bientôt convaincu de la bonne foi de
Quinn. Il fait de lui son équipier. Pour tenter de comprendre pourquoi
Wilson a trouvé la mort, ils plongent alors tous les deux dans les
bas-fonds de Washington. Un véritable enfer de la déchéance, où se
croisent trafiquants de drogue, rabatteurs, tueurs à gages, policiers
ripoux, dealers et junkies, et tous les exclus de la société américaine.
De strip-teases douteux en bars louches, Strange et Quinn vont remonter
une piste qui va les conduire à deux malfrats blancs : les Boone, père
et fils (...).
bio express...
George PelecanosGeorge P. Pelecanos est un pur produit de Washington DC, capitale des États-Unis et siège de la Maison Blanche. Il y est né, en 1957, de parents d'origine grecque, y a grandi, loin du fameux bureau ovale et plutôt du côté des quartiers noirs et ouvriers, y a appris la vie, et y réside aujourd'hui.
À dix-sept ans, un évènement inattendu va changer le cours de son existence : il blesse accidentellement un ami au visage avec une arme à feu. Celui-ci échappera de peu à la mort et Pelecanos prend alors conscience de la fragilité de la vie humaine et de la facilité avec laquelle le destin frappe parfois à la porte.
Il fait quelques études de cinéma à l'université de Maryland et enchaîne les petits boulots : d'abord dans le snack de son père, puis en tant que barman, cuistot, ou encore vendeur de chaussures. En 1981, retour au cinéma chez Circle Film, où il organise la distribution de films tels que The Killer de John Woo, ou Un Ange à ma Table de Jane Campion. La légende voudrait qu'il ait produit certains films des frères Coen, mais il semblerait bien que ce soit justement... une légende. C'est aussi l'époque où il se met à écrire, surtout la nuit.
En 1990, il tente l'aventure de l'édition avec un premier roman, A Firing Offense, qui sera d'abord refusé, puis finalement édité en 1992. Dès lors le succès arrive rapidement et il va enchaîner les romans, au rythme d'au moins un chaque année, et est considéré à juste titre comme une des références de la littérature noire américaine.
édition(s)...
Editions de l'Olivier
Mai 2002
Seuil / Points Policier
Mai 2003
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Le Chien qui Vendait des Chaussures
1997
King Suckerman
1999
Anacostia River Blues
1999
Suave comme l'Éternité
2000
Un Nommé Peter Karas
2000
Funky Guns
2001
Nick La Galère
2001
Tout se Paye
2003
Liquidation
2003
Soul Circus
2004
Hard Revolution
2005
Drama City
2007
Les Jardins de la Mort
2008
Un Jour en Mai
2009
Mauvais Fils
2011
Une Balade dans la Nuit
2013

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