Marin Ledun
Henua
Première édition : Gallimard / Série Noire - Février 2025
un avis personnel...
Publié le 08 juillet 2025
Marin Ledun nous avait habitués avec ses dernières productions (Leur Âme au Diable (2021) ou Free Queens (2023)) à des romans « dénonciateurs » aux intrigues foisonnantes et à la documentation luxuriante, des textes denses à l’urgence palpable.
Il revient sur le devant de la scène avec Henua qui, malgré le crime qu’il met en scène, dégage une infinie douceur.
Alors qu’il chasse la chèvre sauvage sur les hauteurs peu accessibles de l’île de Nuku Hiva, aux Marquises, un homme découvre le cadavre de Paiotoka O’Connor, une jeune femme qu’il connaît.
Le lieutenant Tepano Morel est alors dépêché de Tahiti pour enquêter. Il est accueilli par une jeune gendarme, Poerava Wong, qui est aussi une amie de la victime — le monde est petit aux Marquises — et qui l’épaulera sur place.
D’un côté un expatrié, demi-Marquisien par sa mère qui avait quitté les îles dans les années 70 pour s’installer définitivement en France ; de l’autre une autochtone attachée à sa culture, pour une enquête délicate…
(…) Sur une petite île comme Nuku Hiva, les frontières bien délimitées entre le bien et le mal deviennent poreuses. L’amour, la sexualité, le désir, la misère sexuelle, l’interdit, la tradition, l’argent, tout ça se mélange et s’emmêle parce qu’une île, c’est aussi une sorte de petite cage où les règles ne sont pas tout à fait les mêmes que sur le continent.
Et par manque de brise
Le temps s’immobilise
Aux Marquises
Territoire isolé au milieu de l’océan Pacifique, l’archipel des Marquises, rattaché à la France depuis le milieu du XIXe siècle, est connu des métropolitains pour avoir reçu la visite de deux illustres personnages : le peintre Paul Gauguin et le chanteur Jacques Brel. Pour le reste, l’ignorance ou l’indifférence règne. On imagine des îles paradisiaques perdues à l’autre bout du monde, hors d’atteinte pour le commun des mortels.
C’est là que Marin Ledun va planter sa plume pour dévoiler tranquillement l’envers du décor à travers le meurtre d’une jeune femme et démonter patiemment la carte postale. Henua est une ode aux Marquises, mais un chant qui ne se voile pas la face et montre une réalité beaucoup plus nuancée.
Il sera beaucoup question d’identité dans ce roman, d’identité culturelle et de recherche de racines, à travers le personnage de l’enquêteur Tepano Morel, expatrié involontaire de retour sur les terres de ses ancêtres et en quête d’ancrage ; à travers également sa collègue « locale », Poerava, fervente défenseuse des spécificités marquisiennes ; à travers enfin de la victime, Paiotoka O’Connor, dont la vie sera explorée, disséquée, pour expliquer les raisons de sa mort, révélant ainsi les aspects méconnus de la vie de ces lointains îliens.
Malgré les paysages et les panoramas à couper le souffle, on oublie assez vite le côté paradisiaque pour découvrir la précarité qui accompagne les natifs. Petits boulots, pauvreté, quand face à eux se prélassent quelques touristes fortunés et aveugles, friands d’une culture qu’ils dénaturent.
Les Marquises ont subi la colonisation, leurs habitants ont failli disparaître face aux assauts des colons et de leurs maladies, leur culture ancestrale a été combattue, niée, avant d’être détournée, leur faune et leur flore braconnées, mais les Marquisiens sont toujours là, avec leurs qualités et leurs défauts, leur hospitalité, et Marin Ledun, au terme d’une enquête fouillée, documentée, le montre admirablement. En douceur…
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Le polar polynésien n’est pas une affaire très répandue. J’ai souvenir de Patrice Guirao qui s’en est fait une spécialité avec son détective privé Al Dorsey, mais j’en suis resté à la lecture de son premier roman et loin d’être séduit.
les dix premières lignes...
Nuku Hiva, Marquises nord, 12 octobre 2023
Le colosse évolue à flanc de montagne, un fusil et un sac en bandoulière. Son torse massif est trempé de sueur. Il porte un tee-shirt Shell rouge vif qui lui colle à la peau, un treillis militaire et des baskets usées jusqu’à la corde. D’épais tatouages aux motifs complexes courent sur ses mains et ses avant-bras, réapparaissent dans le cou et lui mangent le visage en de larges plaques noires rectangulaires qui disparaissent sous une casquette Hinano délavée, n’épargnant que le blanc de ses yeux et la grimace de sa bouche, tordue par l’effort.
Il n’est pas pressé. Il sait qu’il lui reste encore une longue marche avant d’atteindre Terre rouge et le plateau qui domine la vallée de Hakaui où il espère dénicher les chèvres sauvages qu’il vient chasser.
quatrième de couverture...
Henua. La terre natale, la terre-mère.
Henua Ènana, la Terre des Hommes, véritable nom de l’archipel des Marquises, où est retrouvé le corps de Paiotoka O’Connor, une jeune mère respectée, éprise de liberté, aimant passionnément Nuku Hiva, son île.
Le lieutenant de gendarmerie Tepano Morel — né d’un père métropolitain et d’une mère marquisienne — est dépêché depuis Tahiti pour enquêter, secondé sur place par Poerava Wong. Si ses investigations lui révèlent progressivement l’envers du paradis marquisien, elles lui permettent également de renouer avec ses racines et la mémoire de sa mère, personnalité connue de beaucoup sur l’île.
Jonglant avec les fantômes de son passé et sa quête de vérité, le lieutenant découvre un pays rongé par les conséquences de la colonisation et hanté par le spectre des essais nucléaires français, où le silence est d’or et où les secrets sont bien gardés…
bio express...
Marin LedunEn forme d'autoportrait :
Je suis né le 7 mai 1975 à Aubenas (Ardèche). Famille nombreuse, beaucoup d'amour, le soleil d'Ardèche. Puis en 1993, les études, Grenoble, un DEUG de Sciences économiques, puis licence, maîtrise, thèse de doctorat en sciences humaines et sociales sur le thème des nouvelles technologies dans la vie politique (le vote électronique) et leur lot de marchandisation et de marketisation des activités humaines.
Autant d'années de découverte d'essayiste, théoriciens divers et variés tels qu'Elias, Bourdieu, Castoriadis, Foucault, Deleuze, Adorno, Althusser, De Gaulejac, Barthes, etc. Beaucoup de sport, beaucoup de musique (guitare), une grosse activité militante et la découverte merveilleuse de la paternité.
En 2000, un poste de chercheur dans un gros centre de Recherche & Développement dans l'agglomération grenobloise, autour de la thématique du contrôle social et des nouvelles technologies, cette fois-ci plus centrée sur la communication organisationnelle et la sociologie du travail. Avant de partir vers d'autres projets. Un projet de vie à peu près cohérent, jusque-là, et une famille en or, toujours là pour me soutenir.
Présentation de l'éditeur :
Né en 1975 en Ardèche, ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales sur l’industrialisation des rapports sociaux, le contrôle social et les technologies de l’information et de la communication, Marin Ledun vit à Grenoble.
Citoyen engagé dans le mouvement social radical, déjà auteur de nombreux articles et ouvrages de recherche, marathonien, peintre et guitariste, Modus Operandi est son premier roman.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Modus Operandi
2007
Marketing Viral
2008
Le Cinquième Clandestin
2009
Un Singe en Isère
2010
La Guerre des Vanités
2010
Zone Est
2011
Fractale
2011
Les Visages Écrasés
2011
Dans le Ventre des Mères
2012
No More Natalie
2013

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