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Valerio Evangelisti

Anthracite

Couverture

Première édition : Rivages / Thriller - Septembre 2004

Tags : Roman noir Quidam Etats Unis Historique (avant 1930) Plus de 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 23 mars 2008

L’œuvre de l’auteur italien Valerio Evangelisti démontre, s’il est encore utile de le faire, que les frontières entre les genres très codifiés que sont le roman policier, la science-fiction et le fantastique, sont finalement très perméables. Le personnage récurrent de Pantera apporte une preuve supplémentaire de ce glissement, voire de ce mélange que n’auront pas manqué de remarquer par ailleurs, les lecteurs assidus de l’inquisiteur Eymerich, autre créature d’Evangelisti.
Pantera apparaît pour la première fois dans une nouvelle éponyme au sommaire du recueil Métal Hurlant. Nous y faisons connaissance du personnage, un métis afro-mexicain, qui est à la fois pistolero et palero, c’est-à-dire un magicien vaudou. Pantera est à peine plus sympathique que l’inquisiteur dominicain. Tout au plus, entre deux exécutions d’un rare sadisme, discerne-t-on chez lui un vague sentiment de compassion pour les victimes des diverses brutes et profiteurs qu’il côtoie. Chargé par les bourgeois d’une petite ville d’exorciser une horde sauvage d’outlaws fantômes qui les hantent, Pantera découvre les dessous glauques de cette cité du Far west. Puis, dans le roman Black Flag, on le retrouve en train de chasser Koger, un homme-loup, vers la fin de la guerre civile américaine. Trahi par ses employeurs, Pantera cherche refuge auprès d’une troupe d’irréguliers sudistes, commandée par les frères James et un anarcho-individualiste (d’où la couleur de la bannière qu’ils arborent). Mais, ce récit ne constitue qu’une des trois lignes temporelles d’un collage prenant pour thème la violence qui emmène également le lecteur immédiatement après le 11 septembre 2001 et vers l’an 3000. Ces deux textes font donc la part belle au fantastique et à la science-fiction. Et si Evangelisti aborde les zones d’ombre de l’Histoire des États-Unis, Pantera use davantage de la psychologie et de sortilèges vaudous que de son colt. Cependant, Anthracite, la nouvelle aventure de Pantera, s’affranchit très nettement de ces codes étrangers à l’univers du polar. Les sorts et gris-gris sont remisés en arrière-plan. Place à la description d’une lutte sociale et politique ; une lutte des classes, sournoise et sans merci. Un combat perdu d’avance…

La première question qui vient à l’esprit lorsque l’on lit Anthracite, c’est de savoir si ce roman peut se lire indépendamment des aventures précédentes de Pantera. À vrai dire si les allusions à Black Flag ne manquent pas, elles ne constituent aucunement une gêne à la compréhension de l’intrigue. On retrouve évidemment la thématique majeure de l’auteur ; cette violence inhérente à l’espèce humaine qui conduit les hommes à s’entredéchirer au lieu de s’unir, faisant par la même le bonheur de ceux qui les exploitent.
Ici ce thème est juste transposé dans un univers qui emprunte au meilleur du western spaghetti – visionnez Django et consorts pour vous faire une idée de l’ambiance – tout en faisant clairement référence au roman noir. L’argument initial laisse penser que le sujet du roman va se focaliser exclusivement sur l’épisode sanglant des Molly Maguires. En effet, Pantera est engagé, à l’instigation d’une ancienne amie prostituée, par les Molly afin de démasquer et d’abattre le traître qui se cache en leur sein. Rapidement, il s’avère que le propos de Valerio Evangelisti dépasse ce cadre très restreint. En fait, l’auteur nous convie à reconsidérer le rêve américain. Il nous ouvre les yeux sur les forces sociales et politiques antagonistes qui ont façonné les États-Unis. À l’instar de l’historien états-unien Howard Zinn (dont je recommande vivement la lecture de son Une Histoire Populaire des États-Unis de 1492 à nos Jours) mais avec un pessimisme cynique, il nous invite à une relecture de l’Histoire états-unienne dépouillée de ces artifices mythiques. Car si les États-Unis sont une nation, ils sont également une narration, figée sur le celluloïd des pellicules cinématographiques (visionnez Griffith pour vous en convaincre). Car si les États-Unis ont une Histoire, ils sont surtout une multitude d’histoires, devenues plus ou moins légendaires. Vous connaissez sans doute la réplique : « lorsque la légende devient un fait établi, on imprime la légende ». Aussi le regard de Valerio Evangelisti est-il formateur. Il incite à remettre en perspective nos représentations sur les États-Unis à la lumière d’autres sources. C’est une expérience enrichissante, à la condition de supporter l’artifice de la magie qui permet à Pantera de se retrouver au cœur de l’affrontement social et politique, des deux côtés à la fois, et ceci sans coup férir. Il faut également faire abstraction d’une intrigue très ample qui à force de multiplier les détours et les divers points de vue, a tendance à égarer le lecteur et à ralentir sévèrement le rythme. Fort heureusement, Valerio Evangelisti retombe sur ses pieds avec un dénouement implacable. Celui imprimé par les vainqueurs mais pas sur le papier.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Les autres titres de l’auteur. Que ce soit le cycle de l’inquisiteur Nicolas Eymerich ou Black Flag, l’épisode précédent des aventures de Pantera. Par contre, si vous êtes réfractaire à la science-fiction et au fantastique, Nous ne Sommes Rien Soyons Tout !, paraît une suggestion à suivre. Sans oublier évidemment Deadwood de Pete Dexter, une autre vision démythifiée du Far West.

les dix premières lignes...

Le train traversait une lande brûlée et grisâtre. Pantera interrompit sa contemplation du paysage. Il lança un coup d’œil à Molly, assise en face de lui. Elle dormait la bouche ouverte, sa tête encadrée de longs cheveux roux dodelinant sur le côté. Lorsqu’elle s’abandonnait ainsi, son visage terne et recouvert de taches de rousseur paraissait presque beau. Aucune femme bien élevée n’aurait laissé ainsi ses cheveux défaits. Mais bien plus qu’un rappel de son passé de prostituée, cette coiffure indiquait que leur voyage n’avait pas été de tout repos (…)

quatrième de couverture...

1875. La guerre de sécession terminée, les jeunes États-Unis sont désormais un territoire à conquérir pour les puissants conglomérats de l’industrie du rail, du charbon et de l’acier. Entrée au service des Molly Maguires, une organisation secrète qui opère au sein des mineurs irlandais de Pennsylvanie, le mercenaire Pantera, mexicain et prêtre vaudou, se retrouve au cœur d’un puzzle complexe dans un décor cauchemardesque, ravagé par le charbon, la maladie et la corruption. Ici, les conflits sociaux ne sont que façade, masquant des forces souterraines qui se livrent une lutte sans pitié, dont l’enjeu est la domination de l’Amérique pour les siècles à venir.

bio express...

Valerio Evangelisti Valerio EvangelistiPiochée sur Wikipedia :
Valerio Evangelisti est un écrivain italien né en 1952 à Bologne. Il est diplômé de sciences politiques à l'université de Bologne où il se spécialise en histoire moderne et contemporaine. Il publie des livres et des essais historiques, puis il se consacre à la littérature fantastique.
Son premier roman Eymerich l'Inquisiteur obtient le Prix Urania en Italie. Neuf autres romans du cycle Eymerich ont suivi, et lui valent en 1998 le Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix Tour Eiffel de science-fiction en 1999. Il publie ensuite trois romans du cycle du Métal Hurlant et les trois volumes du Roman de Nostradamus par lesquels il s'est fait connaître en France.
Il est aussi correspondant du Monde Diplomatique, président de l'Archive Historique de la Nouvelle Gauche "Marco Pezzi" de Bologne.

édition(s)...

Rivages / Thriller - Septembre 2004 Rivages / Thriller
Septembre 2004
Rivages / Noir - Janvier 2008 Rivages / Noir
Janvier 2008

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La Coulée de FeuLa Coulée de Feu
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