Pierre Hanot
Les Clous du Fakir
Première édition : Fayard - Mars 2009
un avis personnel...
Publié le 29 mai 2009
Mais qui est cet Arnaud que le narrateur poignarde le jour de l'enterrement de sa mère ? Et qu'a-t-il fait à Julia, sa fille ? Le jour de l'enterrement… à moins que ça ne soit à sa sortie de prison, peut-être. Qu'a-t-il donc fait, cet Arnaud, pour mériter un tel sort ?
Julia est morte, et l'homme qui "parle" ici à la première personne — son père — est effondré. Cherchant à comprendre cette absente lointaine, il revient sur leur histoire commune, mais aussi et surtout sur sa propre histoire. Sur son enfance dans les années soixante, pour situer ; sur son histoire d'amour avec la mère de Julia, sur la naissance de sa fille, pour préciser. Une histoire comme toutes les autres : banale et unique.
Pierre Hanot met en scène un narrateur qui lui ressemble beaucoup. Comme lui, né en 1952 du côté de Metz ; comme lui poursuivant une carrière chaotique dans la musique. De là, il tisse une toile au centre de laquelle on trouve le cadavre de Julia, cette fille tant aimée et à la fois si délaissée.
Au fil des pages, le narrateur fait le tour de cette toile, de cette vie en marge. Il retrace des souvenirs, des tranches de vie qui montrent avec pudeur, mais aussi sans concession, la difficulté d'être un père convenable lorsque, dévoré par une passion, on est confronté au manque de moyens. Lorsque pour quelques jours de vacances, on en vient à devoir se faire dealer plutôt que travailleur. L'homme cherche dans son passé à (re)construire cet amour qu'il n'a pas su donner, mais aussi la motivation nécessaire à enfoncer cette lame de couteau dans le corps de celui qu'il rend responsable de la mort de sa fille, comme une explication finale à cette difficulté de vivre.
Pierre Hanot et/ou son narrateur font une sorte de bilan de carrière, et le résultat n'est pas forcément reluisant. Il est aussi terriblement banal. Dérangeant.
Né dans le conformisme, grandi dans la révolte, assommé parfois par différentes substances plus ou moins illicites, et puis, comme tout le monde, comme l'espèce entière, un enfant. La terrible responsabilité. Les mensonges qu'on se fait à soi-même.
Le roman de Pierre Hanot est d'une absolue lucidité sur l'égoïsme d'une vie, mais aussi plus généralement sur cette génération des années cinquante-soixante qui a cru que mordre la vie à pleines dents suffisait à la remplir. Les retours de flammes, comme les clous du fakir, sont de ceux dont on croit qu'ils ne font jamais mal. Avant de s'asseoir dessus.
On le savait, Pierre Hanot écrit avec les tripes, la plume au poing. Il le démontre encore ici dans ce roman d'amour perdu, particulièrement noir, et humain.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Si Les Clous du Fakir vous ont émus, sans doute retrouverez-vous avec une certaine forme de plaisir l'écriture "écorchée" de Pierre Hanot dans Les Hommes sont des Icebergs, son premier roman.
les dix premières lignes...
Je me suis approché, à dix centimètres. Le col de sa chemise empesée était blanc terne, avec des traces de sueur qui lui serraient la cravate. Noire évidemment, nouée sur sa pomme d'Adam, rasée va-vite. Il s'était coupé au Gillette, le salaud, et une entaille comme une étoile de mer lui faisait un astérisque au menton.
Je l'ai fixé dans les yeux, je l'ai transpercé, j'ai vu nos chagrins incomparables, je l'ai planté du regard.
Arnaud le salaud. Il était soulagé que je sois venu. Il était soulagé que je lui pardonne. Et puis sa mère était morte, ça absout de tout (…)
quatrième de couverture...
Un homme pleure. Star de la scène rock alternative, il a tenté de concilier passion et famille, mais « sex, drugs and… » n’est pas un mythe, et la scène et sa folie ont tout emporté.
Lorsque sa fille disparaît brutalement, ce père sombre dans un désir effréné de vengeance. Planter le monstre qui lui a pris son enfant, l’effacer, pour faire taire la douleur de n’avoir pas su la protéger.
Il fonce et s’enfonce dans cette pulsion contradictoire où plus rien, quoi qu’on en dise, n’est ni blanc ni noir. Car il faut survivre à la perte de l’autre, et en porter la culpabilité.
D’une écriture dense et musclée, au fil des souvenirs d’un père déchiré entre la rage d’aimer et celle de tuer, Pierre Hanot, chanteur guitariste, auteur remarqué de Rock’n Taules (Le Bord de l’eau) et de romans noirs, nous entraîne dans les méandres de l’âme humaine.
bio express...
Pierre HanotPierre Hanot est né en 1952 à Metz. C'est là qu'il contracte la polio qui lui laissera quelques séquelles. Adolescent, il découvre la musique anglaise — Animals, Them, Yardbirds — sans oublier la francophone : « Ronnie Bird pour le groove, Brel pour les paroles, Antoine pour les cheveux ».
En 1967, arrive la claque avec Hendrix, puis mai avec 68. Il écrit, dessine, colle, joue de la guitare... et finit professeur de français avant d'abandonner le métier en 1972 pour se consacrer à la musique, tout en alignant de nombreux petits boulots. Il invente alors le "blues hypnotique" et réveille les MJC par ses performances hallucinogènes.
En 1978, il crée le Parano Band, groupe de funk-rock psychotrope, et s'envole pour sept années de concerts. Le groupe sort un premier album en 1985 avant d'imploser l'année suivante.
Pierre Hanot se recentre alors sur ses activités de collage et de poésie mais une biture en compagnie de Dizzie Gillespie le fera remonter sur scène et être un des premiers à expérimenter la musique assistée par ordinateur tout en se produisant de nombreuses fois en milieu carcéral.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Les Hommes sont des Icebergs
2006
Serial Loser
2007
Aux Armes Défuntes
2012

vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !